Andres Serrano à Bruxelles – Images et sémantique

La rétrospective proposée par les Musées royaux des Beaux-Arts consacrée à l’artiste photographe américain Andres Serrano demande à être vue. Que l’on apprécie ou pas certaines de ses thématiques, que l’on soit heurté, dérangé, fasciné, elle constitue une véritable perspective métaphysique et charnelle sur l’histoire de l’Occident. Comment voit-on la mort, comment regarde-t-on la sexualité, la pornographie, les sans-abris, la religion catholique et toute forme clanique, la vieillesse et même… Donald Trump ?

Se plonger cœur et sensibilité à l’avant dans les images réelles ou mises en scène par l’artiste permet, afin de trouver refuge dans une distance intellectuelle, d’analyser les différences de perception de ces thématiques sur trois décennies essentielles. Depuis le célèbre Piss Christ de 1995 plusieurs fois malmené par des ultra-conservateurs, depuis la série History of Sex qui fut vandalisée en Suède – une patrie pourtant assez libérale – en 2007, on aurait pu s’attendre à une réflexion menée par une ouverture d’esprit. Car l’ambition d’Andres Serrano, élevé dans la religion catholique, d’origine cubaine, qui vécut toute sa vie à New York, n’est absolument pas de choquer pour choquer, mais de poser les questions et de travailler sur la double sémantique d’une image. Certaines sont mensongères, d’autres ont pour but de vous faire admirer ce qui est en réalité abject, elles enjoignent à dépasser le premier degré.

Une mise en abîme essentielle

Dans notre société envahie d’images, nous pourrions perdre notre faculté de ne pas accepter sans un regard critique tout ce que l’on nous montre. Si habitués que nous sommes à voir la mort exposée dans les médias, pourquoi sommes-nous si bouleversés par les photos prises à la morgue par Andres Serrano ? Est-ce le contraste entre l’esthétisme de ces visages de pierre, cette bouche sensuelle qui surplombe ce cou décharné et recousu, la position du drap qui recouvre le visage, hommage intemporel aux tableaux religieux ? Ici, l’artiste célèbre les grands maîtres de l’histoire de l’art comme Mantegna (1431-1506), par exemple (supposition de notre part). Ailleurs, sa déclinaison, blanche, rouge et jaune – lait, sang et urine – fait d’emblée penser à Mondrian (1872-1944).

Cette femme de bientôt 80 ans, posant nue, une cigarette entre les doigts, belle pourtant, magnifique, qui depuis sa jeunesse pose comme modèle pour les artistes : n’est-elle pas une ode à la femme à travers tous ses âges ? Ce couple dénudé face à face, peau contre peau, qui nous regarde : qui sont ces gens ? Des inconnus. Ils se sont rencontrés une heure avant le shooting. Andres Serrano travaille sur le pouvoir de l’image qui nous vend un idéal falsifié. (…)

Dans le cadre d’un partenariat engagé avec notre consœur belge Muriel de Crayencour, créatrice d’un site d’actualité artistique en Belgique, nous vous proposons d’un clic de poursuivre la lecture de cet article sur Mu-inthecity.com.

XXVI-1, Andres Serrano, 2015.
XXVI-1, Andres Serrano, 2015.

Semen & Blood III, Andres Serrano, 1990.
Semen & Blood III, Andres Serrano, 1990.

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