Centre Pompidou – Les acquisitions récentes à l’honneur

Les visiteurs sont accueillis par le somptueux «  Manteau  » (Sasa, 2004) d’El Anatsui. Exposé à la Biennale de Venise 2007, il avait fait sensation et offert une reconnaissance internationale à l’artiste ghanéen installé au Nigeria. L’œuvre, toute de capsules de bouteilles cabossées, pliées, et soigneusement reliées par du fil de cuivre, est monumentale. Cette «  tapisserie  », qui évoque à la fois le tissage par la matière et la peinture par la composition et les couleurs, subjugue d’emblée. Une mère parle de Klimt à ses enfants. De Vienne à Nsukka, un chatoiement en partage. Au portillon d’entrée, un surveillant confirme  : «  Bien entendu, vous pouvez prendre des photos, toutes ces œuvres sont à vous, à nous tous  !  » Une façon amusante et sympathique de rendre le lieu accueillant et familier. Depuis le début avril, le Centre Pompidou propose un nouvel accrochage de ses collections contemporaines, qui se déploie sur tout le niveau 4 du musée. Près de 600 pièces de 200 créateurs retracent l’histoire de l’art des années 1960 à nos jours. «  Cette présentation renoue avec un parcours chronologique et s’appuie sur quelques-unes des grandes figures de l’art des cinquante dernières années. Le visiteur croisera dès le début de son parcours les œuvres de Joseph Beuys, Cy Twombly, Anthony Caro, Joan Mitchell, Louise Bourgeois, Simon Hantaï, Andy Warhol… Les grands courants d’un art contemporain désormais “ historique” y seront naturellement présents… Architecture, design, photographie, médias de l’image en mouvement… C’est à une traversée – où l’abondance des œuvres n’aura de pair que la diversité des artistes et des tendances – que le Musée invite le visiteur  », explique Alfred Pacquement, son directeur.

Distribués à partir d’une allée centrale, différents espaces sont dévolus à la découverte tantôt de mouvements artistiques (Minimalisme, Arte Povera, Supports-Surfaces, Fluxus…), tantôt de thématiques (design, architecture, photographie…). Tout est fait pour le confort du public et pour une bonne compréhension des œuvres exposées. Citons en vrac quelques pièces de l’artère principale  : Peinture 14 mai 1968 de Pierres Soulages, Achilles Mourning the Death of Patroclus de Cy Twombly (1962), Bâche kaki de Claude Viallat (1981), Peinture homéopathique n° 26 de Fabrice Hyber (2008), 100 Years Ago de Peter Doig (2001), Pirogenético, pirogenético de Jimmie Durham (2009), Orion le classique, Orion l’indien de Gérard Garouste (1981).

Fabrice Hyber courtesy Musée national d'art moderne
Peinture homéopathique n° 26, Fabrice Hyber, 2008

Parmi les 34 espaces proposés, celui intitulé «  Expérimentations italiennes  » ne manquera pas d’arrêter toute déambulation. Dans la société italienne des années 1960-1970 en pleine mutation, une jeune génération d’artistes, marqués par les propositions de Piero Manzoni ou de Lucio Fontana, cherche à trouver de nouveaux modes de production individuels ou collectifs, libérés des hiérarchies et non encore guidés par le marché de l’art. C’est dans ce contexte que sous le nom d’Arte Povera, le critique d’art Germano Celant réunit en 1967 de jeunes artistes, dont Alighiero e Boetti, Luciano Fabro, Mario Merz, Giulio Paolini et Michelangelo Pistoletto. Dépassant néanmoins, le cadre strict de l’Arte Povera, le centre Pompidou a décidé de présenter certaines recherches expérimentales menées à cette époque en Italie : autour de la surface picturale, avec les œuvres de Castellani, Alighiero e Boetti, Pistoletto ou Paolini  ; autour de l’enregistrement analogique, avec les photographies d’Ugo Mulas ainsi qu’avec les films de Paolo Gioli  ; et enfin, autour des formes avec les travaux de Merz, Accardi, Zorio ou Paladino.

Tout au bout de l’allée à droite, ne pas manquer dans l’espace «  Cartographies du son  », A=P=P=A=R=I=T=I=O=N (2008) deCerith Wyn Evans. Pour cette installation sonore, dont le titre est emprunté au poète Stéphane Mallarmé, l’artiste anglais s’est associé à Throbbing Gristle, groupe de musique expérimentale et bruitiste. L’œuvre réactualise la forme du mobile, sculpture ouverte telle qu’inventée par Calder. En se déplaçant entre les haut-parleurs circulaires à la surface plane et miroitante, suspendus au plafond par de longs fils, le visiteur transforme l’installation en un concert, sorte de polyphonie électrique sans cesse renouvelée. Une expérience que goûtent tout spécialement les plus jeunes.

A signaler également, le nombre important d’œuvres présentées pour la première fois au musée. Il s’agit d’acquisitions récentes de l’institution. Parmi elles, l’énigmatique photo retravaillée à l’ordinateur, PCF, Paris (2003) de l’Allemand Andreas Gursky, le cheval recouvert d’un manteau bleu et blanc (Sans-titre, 2007) du Danois Troels Wörsel et le spectaculaire Giant Triple Mushroom (2010) de Carsten Höller. Ce monumental champignon trône au bout de l’allée centrale comme le maître de céans à sa table  !

Il serait dommage de quitter le Centre sans profiter de Réinstallations, exposition consacrée aux installations de François Morellet. A n’en pas douter l’une des plus belles et des plus passionnantes de l’année.

Mario Merz, Mimmo Paladino et Carla Accardi courtesy Musée national d'art moderne
Igloo di Giap (1968), Elmo (1998) @et Triplice tenda ( 1979-1971), Mario Merz, Mimmo Paladino @et Carla Accardi, Année

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