null – Sarcelles, les 400 coups de la gravure

La ville de Sarcelles, forte de sa XIVe Biennale internationale de la gravure et des images nouvelles, se joue des stéréotypes et s’enflamme de clichés avec près de 400 œuvres. Cette année, le Canada est à l’honneur. Depuis près de 30 ans, Pierre Soulages ou Antonio Seguí ont participé à ce salon de l’estampe. Avec La joie de vivre du coloriste québécois Richard Lacroix et son invitation à la rêverie exotique, on songe à Malcolm de Chazal et aux luxuriances de l’île Maurice. Poisson volant à l’écaille turquoise ou piques de l’arbre du voyageur ouvertes telles des corolles bleutées, qu’importe, l’essentiel ce sont les couleurs. C’est tout le miracle de l’estampe, gravure sur bois, aquatinte, pointe sèche, eau-forte, mezzotinte et burin. Certaines de ces techniques expérimentales gardent même leur secret comme celle de Rina Riva avec Segni e Superfici, dont les compositions abstraites se dévoilent pourtant et superbement dans des carrées aux couleurs pâles. Alors, Le bonheur sur l’autre rive serait celui de la gravure  ? Jean-Pierre Tanguy frotte une allumette incandescente d’un rouge dérobé à une affiche du dessinateur de mode René Gruau. Seule l’estampe sait rendre les multiples inédits. Sous les strates des supports choisis par les artistes, on découvre les signes atypiques que le Turinois Ricardo Licata, président d’honneur, a calligraphiés en inventant une écriture sans alphabet. Pour une gravure sans cesse renaissante, la Biennale n’oublie pas les images nouvelles, même très récentes. L’Image 2009/09 de Jan Pamula, est un délire dont Vasarely ne renierait pas le psychédélisme impressionniste. Mais surtout, brute telle une fresque équestre des premiers hommes, le portugais Julio Pomar a éternisé l’Espera de toiros em Vila Franca de Xira (L’attente des Taureaux à Vila Franca de Xira). La gravure souffle ce petit supplément d’âme que Diderot remarquait dans Les Salons «  (…), la couleur d’un morceau de peinture passe. La réputation d’un grand peintre ne s’étend souvent parmi ses contemporains et ne se transmet à la postérité que par les qualités que la gravure peut conserver.  » C’est que la Biennale de Sarcelles s’attache, justement, avec constance, à la postérité des artistes.

Julio Pomar
Espera de toiros em Vila Franca de Xira, gravure sur métal, Julio Pomar, 2009

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