Miguel Chevalier à Paris – Le Vortex et l’infini

Vue de l'exposition Vortex Miguel Chevalier, 2015.

Plus qu’une petite semaine pour découvrir Vortex  ! Pour sa première exposition personnelle à la galerie Lélia Mordoch (Paris), Miguel Chevalier présente ses plus récentes recherches autour du flux. Les habitués seront surpris de découvrir autant de pièces « en dur » – deux seulement sont numériques et génératives – qui enrichissent néanmoins avec élégance et bonne humeur une œuvre toute en lumière, mouvement et énergie.

« Nous sommes à la galerie Lélia Mordoch, qui a travaillé avec nombre d’artistes de l’art cinétique, de ceux qui utilisent la lumière comme matière. C’est probablement cette préoccupation qui l’a incité à s’intéresser à mon travail, à y trouver des filiations, des passerelles, une continuité avec leurs œuvres. Il y d’ailleurs une pièce de Morellet et une de Soto installées dans le bureau, autant de clins d’œil à ces artistes qui ont préfiguré le monde digital. » Souriant et détendu, Miguel Chevalier s’adonne avec patience aux sollicitations des uns et des autres. « L’expo s’intitule Vortex, forme et symbole de l’univers des flux qui nous environnent. Nous avons tous un portable, vivons entourés de wifi… Tout cela est impalpable, mais ces énergies qui gravitent autour de chacun sont bien réelles. » Suspendues dans l’espace, posées sur des socles ou accrochées au mur, les œuvres rendent hommage à des géométries nées dans un univers numérique et génératif. « Ces nouvelles pièces sont issues de mes recherches relatives à la manière de matérialiser le virtuel, notamment à l’aide de l’impression 3D et de la découpe laser. Elles sont nées des mouvements d’algorithmes que l’on a figés et matérialisés. Il y a un effet “coquillage”, mais aussi comme un nœud de Moebius qui s’enroule sur lui-même tout en se déployant à l’infini. » Un double vortex arbore une couleur orange très punchy !

Miguel Chevalier

Miguel Chevalier : le livre

La galerie Lélia Mordoch vient d’éditer un nouvel ouvrage sur le travail de Miguel Chevalier. « Nous avons conçu un livre qui dépasse la barrière chromatique pour arriver à la source de l’image digitale, à son essence », explique Demian Conrad fondateur du studio de création éponyme auquel a été confiée la réalisation de l’ouvrage conçu comme un hommage au pixel, considéré comme le point d’origine de toute œuvre numérique. Les images en noir et blanc, soulignées par des vernis UV, nous propulsent dans la matrice du travail de Miguel Chevalier et nous font découvrir les formes de son répertoire (arborescences fractales, formes géométriques, mouvements organiques, etc.). Une clé USB, élégamment associée au papier, abrite L’imaginaire des mondes virtuels 2012-2015 – Miguel Chevalier du réalisateur Claude Mossessian. Ce film de 46 min témoigne de quatre années d’expositions à travers le monde. De Mexico à Shanghai, de Céret à Casablanca, le spectateur est immergé dans l’univers artistique de Miguel Chevalier et appréhende ses thèmes de prédilection. A noter les très éclairantes interventions de la philosophe et spécialiste en art contemporain, Christine Buci-Glucksmann.

 

Miguel Chevalier, éditions Lélia Mordoch, Paris, 96 pages, incluant, sur une clé USB, le film L’imaginaire des mondes virtuels 2012-2015 – Miguel Chevalier réalisé par Claude Mossessian. Prix : 50 euros. Disponible à la galerie Lélia Mordoch, à Paris.

Miguel Chevalier

Miguel Chevalier courtesy Galerie Lélia Mordoch

Plus loin, une autre sculpture filaire d’un vert fluo s’enroule sur elle-même. Toutes ces formes, que la main ne saurait faire naître, nous font pénétrer dans un univers de tourbillons et de flux. La vie n’est que mouvement. « Certes les énergies sont figées, mais les futuristes n’ont-ils pas parlé du monde de la machine, du déplacement, de la vitesse à travers des œuvres fixes ? » Au mur, une petite pièce holographique – un vortex en couleur – et deux œuvres génératives inédites, Vortex 1 et 2. Des flux colorés jaillissent, se déploient sous forme de courbes et dessinent d’étonnants vortex. « Dynamiques et poétiques, ces deux créations sont l’image métaphorique des autoroutes de l’information composées de milliards de données qui trament notre environnement et circulent en continu à une vitesse toujours plus rapide », explique la galerie. Smartphone en main, un visiteur lit sur son écran : Logiciel – Potentiel – Exponentiel – Référentiel – Immatériel – Sériel – Superficiel – Essentiel – Relationnel – Computationnel – Matriciel – Réel – Permutationnel – Pixel ! Ce haïku des temps contemporains apparaît une fois le QR code accroché au mur scanné. « Comme un petit poème, cette juxtaposition de mots est à lire rapidement. Ces derniers ont été choisis en fonction de leur rythme. Ils font sens avec ce que je fais. Ceux qui n’ont pas de lecteur de QR code se croient devant un tableau abstrait, mais ce n’est pas que cela », poursuit l’artiste. Miguel Chevalier aime à offrir au regard ce qui est invisible et à la compréhension ce qui est caché. L’exposition Vortex est à appréhender comme une installation totale où les œuvres digitales auraient vu s’échapper de leurs écrans certaines formes pour envahir la galerie, « un peu comme une calligraphie dans l’espace ».

Miguel Chevalier courtesy Galerie Lélia Mordoc

 

Un autre regard sur la ville

Miguel Chevalier, Editions Lélia Mordoch

Depuis les années 1990, Miguel Chevalier développe une réflexion sur la ville. L’exposition Méta-Territoires 2015, proposée actuellement par la galerie Fernand Léger à Ivry-sur-Seine, s’inscrit dans cette démarche. Elle explore le thème des transformations urbanistiques à travers deux installations numériques et une série de sculptures réalisées grâce aux techniques de découpe laser et de l’impression 3D. Sensible au développement de l’espace urbain poussé par la mondialisation, l’artiste repense les villes à l’aune des flux de circulation et des échanges en temps réel. Avec Méta-cités, il fait se télescoper les époques et nous invite à pénétrer dans une ville où la nature disparaît au profit d’un urbanisme galopant. Cette cité virtuelle dévoile un immense enchevêtrement de réseaux en perpétuelle progression. Créée spécifiquement pour l’exposition, Méta-Ivry traite, quant à elle, de la mutation de la ville d’Ivry-sur-Seine. L’installation utilise des images et des vidéos réalisées dans les rues d’Ivry qui se superposent à des éléments d’architectures imaginaires en 3D. Cette nouvelle approche de l’urbanisme invite à penser les projets d’aménagement en fonction de la géographie et de l’histoire d’un lieu, tout en intégrant la nécessité d’une vision contemporaine de la ville. Entre utopies urbaines et cyberespace, les œuvres digitales de Miguel Chevalier installent le visiteur à l’aplomb du futur.

 

Méta-Territoires 2015, jusqu’au 19 décembre, à la galerie Fernand Léger, 93, avenue G.-Gosnat,  94200 Ivry-sur-Seine. Tél : 01 49 60 25 49. http://fernandleger.ivry94.fr

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