Art & Sciences – David Guez – A l’intersection, le rêve

Pour accompagner la sortie du nouvel e-mag d’ArtsHebdo|Médias consacré à la relation entre l’art et la science, nous publions tout au long de la semaine des entretiens avec des personnalités du monde de l’art et des scientifiques.

« L’obsolescence des médias est une question vieille comme le monde. Cependant, elle est devenue primordiale avec l’avènement du numérique. Le rôle de l’artiste est de mettre en exergue ces problématiques et, éventuellement, de “jouer” avec ces questions de disparition, de traces, de perte de mémoire intime et collective ». David Guez interroge toutes ces notions et revendique un « art ouvert à tous ». La série Etalon Kilo Octet et sa dernière production La Stèle Binaire sont à découvrir ce week-endà Show Off, à Paris. Si vous souhaitez rencontrer l’artiste, sachez qu’il sera le 15 novembre, aux Laboratoires d’Aubervilliers pour la présentation de ses dernières recherches concernant les processus de stockage du code binaire hors contexte technologique.

ArtsHebdo|Médias. – A quel moment la science devient une préoccupation pour l’artiste ?

David Guez. – Je ne pense pas qu’il y ait un moment en particulier dans l’évolution de l’artiste qui l’incline à diriger ses pensées vers la science. Mais il est certain que notre époque le pousse à s’intéresser à des sujets en relation avec elle. Sur des questions fondamentales, comme notre place dans l’univers, notre évolution, ou encore notre rapport à l’image, la science avance et ouvre des perspectives inédites qui invitent l’artiste à y plonger avec curiosité et sans délai. D’un point de vue plus général, je pense que l’artiste s’intéresse à toutes les grandes questions qu’elles soient scientifiques, philosophiques, sociologiques, politiques, sociétales… et qu’il décide à un moment donné de diriger sa pratique vers une ou plusieurs questions en particulier.

L’art du XXIe siècle est-il un art scientifique ?

L’art a souvent le nez dans les préoccupations de son époque ; le XXIe siècle est résolument celui qui a vu l’émergence de la science comme explication de tous les phénomènes. Je crois que cette dernière a permis une sorte de libération de l’art. Cependant, je ne crois pas qu’il soit devenu scientifique : il y a tout même d’énormes différences. Chacun possède sa propre écriture mais des passages s’ouvrent fréquemment entre eux et sont souvent riches de conséquences.

Qu’ont en commun les artistes et les scientifiques ?

Une curiosité inédite, une grande envie de répondre à des questions qui n’ont pas encore de réponses convenues, une remise en cause des systèmes établis, une capacité à imaginer des univers qui poussent les limites des sens et des émotions, une capacité indéniable à être les récepteurs et les vecteurs de l’époque dans laquelle ils évoluent. La différence entre art et science se situe dans les limites entre l’imaginaire, la fiction, le réel et la preuve. Je crois que le vrai point en commun, c’est que les deux domaines font rêver.

Comment la science a-t-elle enrichi votre pratique d’artiste ?

Par défaut, j’ai commencé par faire de la science puis de l’art. Mais globalement, mes lectures sont scientifiques et mes sujets touchent des domaines que la science explorent de son coté (le temps, la mémoire…). J’ai plus de liberté qu’un scientifique, mais moins de pouvoir d’action sur le réel. Je ne prouverai sans doute jamais rien par des équations mais disons que mes hypothèses de travail et ma façon d’organiser une réflexion sont assez scientifiques. Je crois beaucoup aux projets artistiques qui « changent » le réel. Je suis donc dans la notion de résultat, de cause et d’effet ainsi que de reproductibilité.

David Guez

GALERIE

Contact
Crédits photos