Le CIAC de Carros – Dialogue insolite au cœur du château

Perché sur son nid d’aigle telle une vigie défiant les siècles, le Centre international d’art contemporain de Carros (CIAC) surplombe le Var, cours d’eau et frontière naturelle qui séparait jadis la France du comté de Nice. Abrité dans le château du village, une des plus vieilles citadelles de Provence, il vient de rouvrir ses portes après une large campagne de réhabilitation de l’aile ouest du bâtiment. Sa superficie désormais doublée, il développe quelque 1 000 m2 de surface, et dispose, outre les nouveaux espaces d’exposition, d’ateliers d’arts plastiques réservés aux enfants, de structures pouvant accueillir des artistes en résidence et d’un centre de documentation accessible à tous. Les habitués de ces fières murailles ne peuvent qu’applaudir à cette alliance entre le patrimoine architectural et l’art d’aujourd’hui. Notons que l’enthousiasme de l’équipe dirigeante, avec Frédérik Brandi comme chef de file, n’y est pas étranger.
Ciac
,
L’exposition inaugurale De fond en comble réunit deux artistes qui, invités à résider dans les murs durant l’année 2007, se virent confier, avant que ne débutent les travaux, le soin d’effectuer un travail de création et de mémoire sur ces lieux chargés d’histoire. Max Charvolen dont les recherches, à la fin des années 1960, sont proches des préoccupations du mouvement Supports Surfaces, s’intéresse aux matériaux et aux pratiques plastiques liés à la perception et à la construction de l’espace. Doté d’une double formation de peintre et d’architecte, dans une mise en œuvre inédite de la peinture, l’artiste, contrairement au sculpteur qui de l’esquisse fera naître le volume, part de celui-ci et procède à sa mise en aplat. Privilégiant les univers de transition, de passage ou de rupture, portes et escaliers, là où le corps est sollicité, la toile est encollée pour recouvrir les murs, les huisseries ou les volées de marches en une sorte de moulage. Par la suite, interviennent la mise en couleur et l’arrachement de cette peau picturale qui, découpée et étalée, offre alors une représentation originale et poétique de l’espace ainsi cartographié. Onze pièces monumentales se déploient en regard des clichés réalisés par Suzanne Hetzel qui, à travers le récit de quelques habitants voisins, invités à poser dans certaines pièces avant restauration, propose une histoire du château. Si l’objet est un sujet récurrent dans ses photographies, ce n’est ni pour sa textualité ou sa forme et encore moins pour sa valeur symbolique, mais parce que ce dernier est lié à un geste d’homme. Le cadrage l’isole de son contexte spatial, l’associant ainsi à la main qui lui a donné sa place. L’image, ici, révèle dans une atmosphère subtile, l’intimité de cet hôte de pierre et d’histoire.
Photo CF
,

GALERIE

Contact
Crédits photos