Richard Deacon – Le vide apprivoisé

Richard Deacon, photo Sue Ormerod

«  J’ai toujours été fasciné par la matérialité des objets, ainsi que par l’action des outils sur le matériau.  » L’artiste gallois Richard Deacon aime d’ailleurs se définir davantage comme un «  fabricateur  » que comme un sculpteur. La facture, les différentes phases de création sont en effet tout aussi importantes à ses yeux que la pièce achevée.

Il est encore étudiant lorsqu’il se livre, dans les années soixante-dix, à des performances grâce auxquelles il offre à l’instrument comme à la matière leur juste place, et fait «  la démonstration d’un processus d’engagement vis-à-vis des matériaux.  » Par la suite, il laissera délibérément apparentes les différentes étapes de l’élaboration d’une sculpture, ne cachant rien des actions de pliage, de torsion, mais aussi de jonction, d’agrégation  : boulons, rivets, colles et cerclages font partie intégrante de l’œuvre. Insatiable curieux et irréductible touche-à-tout, il maîtrise tout aussi bien le travail du métal, du bois, de la céramique et de la résine que celui du cuir, du textile, du papier, du verre ou du plastique. Depuis plusieurs années, lui qui «  ne sculpte ni ne modèle, mais fabrique  », compte parmi les plus marquants des inventeurs contemporains de formes. 

Richard Deacon, photo Hans Ole Madsen courtesy Ottesen Galleri
North-Fruit, céramique vernie, 80 x 107 x 93 cm, Richard Deacon, 2007

Souvent à résonance biomorphique, ses sculptures viennent, chacune à sa manière, exprimer un fragment de la complexité du monde. Qu’elles se déploient suivant de longues et sinueuses courbes ou qu’elles se présentent sous un aspect plus compact et ramassé, elles s’approprient chaque fois avec aisance et élégance l’espace qui les accueille, invitant sans détour le spectateur à se jouer avec elles des notions d’échelle et ouvrir le dialogue entre l’espace du dedans et celui qui l’entoure.

Comme beaucoup des titres que l’artiste a l’habitude d’associer à ses travaux, celui de l’exposition – The Missing Part (la part manquante) – laisse passer un écho poétique qui prête à diverses interprétations. Il fait à la fois référence à un groupe d’œuvres des années soixante-dix et à toutes celles qui restent à venir, mais il souligne également l’idée selon laquelle sa «  sculpture  » s’organise autour du vide, élément fondamental de sa réflexion. Une quarantaine de pièces de toutes formes et dimensions illustrent ici quatre décennies de recherche et de création de l’artiste britannique. Elles sont accompagnées par plus de 120 dessins, gravures et photographies, témoins d’une œuvre vive et foisonnante dont il s’agit de la toute première rétrospective.

Richard Deacon, photo Andrew Whittuck
Kind of Blue A, céramique vernie, 149 x 102 x 80 cm, Richard Deacon, 2001

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