David Nash à Chaumont-sur-Loire – Expression naturelle

A la fois muse et média, la nature est à ses yeux comme notre «  enveloppe externe  ». Depuis plus de quarante ans, David Nash entretient avec elle un dialogue dense et harmonieux qu’illustrent sculptures, dessins, estampes et installations de Land Art. L’artiste britannique compte parmi les invités d’honneur de la saison artistique 2013 du Domaine de Chaumont-sur-Loire. Deux œuvres réalisées in situ – l’une en séquoia, l’autre en bois brûlé – sont à découvrir dans le parc, tandis qu’un ensemble de dessins et d’œuvres sculptées, abrité dans les appartements princiers du château, offre une vision plus élargie de son univers singulier.

«  Je débute généralement une sculpture avec une idée en tête, mais, souvent, celle-ci évolue en fonction de ce que le bois exprime et suggère.  » Ce lien complice avec la matière en particulier, et la nature en général, David Nash l’a noué dès sa plus tendre enfance, marquée par de longues heures passées à jouer en extérieur avec son frère aîné, Chris. «  C’était un grand frère merveilleux, qui non seulement débordait d’imagination pour créer toutes sortes de jeux, mais me laissait y participer, malgré nos six ans d’écart.  » Le premier est né à l’aube de la Seconde Guerre mondiale, le second à l’issu du conflit, en novembre 1945. La famille est installée dans le Surrey, au sud de Londres  ; le père travaille dans une compagnie d’assurance basée dans la capitale britannique, la mère est secrétaire. Toutes les vacances ont pour cadre Blaenau Ffestiniog, bourgade bucolique du Pays de Galles, et se déroulent au rythme de «  longues marches dans les collines et les forêts, de séances d’exploration des carrières d’ardoise environnantes ou de construction de barrages en travers des ruisseaux  ». D’aussi loin qu’il s’en souvienne, David Nash a toujours aimé fabriquer à l’aide de ses dix doigts  : «  Je ramassais tout ce qui traînait à droite à gauche et j’en faisais immanquablement quelque chose  !  »

Dès l’âge de 14 ans, il est bien décidé à embrasser un avenir artistique et fait part de ses projets à ses parents. Malgré leur inquiétude, ceux-ci le soutiendront dans cette voie. A 18 ans, il rejoint l’Université d’art de Kingston, puis celle de Brighton, entre 1964 et 1967, avant de terminer son cursus sur les bancs de la prestigieuse Ecole d’art de Chelsea, à Londres. David Nash en sort l’année de ses 25 ans. Les débuts sont difficiles, la reconnaissance des galeries est loin d’être immédiate. Le jeune homme gagne essentiellement sa vie «  en alternant résidences d’artiste et sessions d’enseignement.  » Bientôt, il décide de s’éloigner de la ville pour s’installer sur les terres galloises de son enfance, où il vit et travaille toujours. «  Je ne voulais pas rester dans le Surrey conservateur. J’avais envie de vivre entouré de montagnes et de ne dépendre que des seuls exigences du climat du Pays de Galles  !  » Deux œuvres créées sur place dans les années 1970 symbolisent aujourd’hui encore cette proximité et l’interaction – qui lui sont simplement évidentes – avec l’environnement : «  Nous faisons tous partie de la nature, elle est notre réalité.  » La première, Ash Dome, occupe dans sa vie une place particulière. Elle est constituée d’un ensemble de frênes plantés en cercle et contraints durant leur croissance afin que leurs branchages se rejoignent et s’entremêlent de manière à former une coupole. « Ash Dome a été conçu comme un acte de foi dans le futur, comme une sculpture pour le XXIe siècle, confiait David Nash en décembre 2001 au magazine américain Sculpture. A l’époque, la Guerre froide et le risque nucléaire inhérent pesaient sur la marche du monde, l’économie allait mal et le chômage était au plus haut en Grande-Bretagne. Déjà, nous détruisions la planète  ; et nous continuons, d’ailleurs, par avidité. Je ne savais pas précisément dans quoi je me lançais en commençant à travailler sur Ash Dome, mais le geste de planter quelque chose pour le XXIe siècle – c’était ma première œuvre de ce type – était en tout cas une manière de m’engager sur le long terme. » L’artiste suit et continue d’influer sur l’évolution de ce travail singulier depuis plus de 35 ans.

David Nash, photo BBC
David Nash à Kew@(Grande-Bretagne)@en juin 2012
David Nash, photo S. Deman courtesy galerie Lelong
Vue d’exposition au château@de Chaumont-sur-Loire, David Nash, 2013
Wooden Boulder (Rocher de Bois), initié en 1978, est l’illustration d’une autre forme de dialogue avec le milieu naturel. Taillée au sommet d’une colline à même le tronc d’un vieux chêne déraciné, la pièce devait initialement rejoindre son atelier. «  J’ai commencé à la faire rouler sur la pente, mais elle s’est retrouvée coincée dans un torrent à mi-chemin. D’abord contrarié, je décidai finalement de la laisser vivre sa vie.  » Ce qu’elle fit pendant près de 30 ans, glissant et roulant doucement à travers le paysage au gré des crues et des courants – «  Je lui ai parfois donné un coup de pouce, comme lorsqu’elle était bloquée sous un pont.  » – avant de finir sa course dans le large estuaire de la rivière Dwyryd, en 2002. Soumise aux caprices des marées et du temps, elle va et vient en bord de mer jusqu’à disparaître sous le sable au bout de quelques mois. «  Je pensais alors qu’elle avait rejoint l’océan, et cette idée me plaisait.  » Près de six ans plus tard, Wooden Boulder réapparaît pourtant, brièvement, avant de vraisemblablement être avalée par les flots pour de bon. «  Pour moi, elle n’a pas disparu, elle est simplement autre part.  »

Le dessin, compagnon de toujours

Lorsqu’il travaille le bois, David Nash utilise essentiellement une hache et une tronçonneuse  ; un chalumeau, également, qui lui sert à carboniser certaines de ses installations. Carré, cercle et triangle sont les formes géométriques universelles qu’il explore inlassablement, n’oubliant jamais de prendre en compte, ni le caractère intrinsèque du matériau utilisé – provenant en général d’arbres trouvés sur les lieux de ses interventions –, ni l’environnement destiné à accueillir une œuvre. Les deux pièces réalisées in situ pour le Domaine de Chaumont-sur-Loire obéissent elles aussi à ces principes  : Thirteen Reds est une sculpture monumentale dont les différents morceaux ont été taillés dans des troncs rose de séquoias. Son emplacement, sur la pelouse non loin de l’entrée du château, lui offre «  plusieurs arrière-plans, selon l’endroit d’où on la regarde, composés alternativement de cèdres, de tilleuls étêtés, du château ou de la Loire  ». Tel un vestige d’une bataille d’autrefois, catapulté au pied du pont-levis, Tumble Block est un gros cube d’un seul tenant en bois brûlé. Empruntant à la majesté du monument, il surplombe le fleuve magnifiquement. Le rouge pour l’un, le noir pour l’autre, sont deux teintes caractéristiques des travaux de l’artiste britannique. On les retrouve également dans ses dessins, pastels et fusains, qui l’accompagnent «  depuis toujours, en tant que discipline autonome  ». Plusieurs d’entre eux sont exposés dans les appartements princiers du château de Chaumont, aux côtés d’une dizaine de sculptures et installations. L’ensemble offre une rare occasion de pénétrer si avant dans l’univers poétique et puissant de David Nash.

David Nash, photo S. Deman courtesy galerie Lelong
Vue d’exposition au château@de Chaumont-sur-Loire, David Nash, 2013

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