Jardin du Palais-Royal – Echos de Shanghai

Wang Du photo MLD

En ce début de matinée, le Parisien file sans regarder. Occupé à surfer sur son téléphone ou le nez plongé dans son quotidien, il prend des risques. C’est que depuis quelques jours un Petit Poucet bien inspiré est venu semer dans le jardin du Palais-Royal d’insolites chausse-trapes. Près du bassin, comme jetés là par une main céleste et rageuse, des journaux (New York Times, Al-Aswat et Komsomolskaya) surdimensionnés et froissés en acier blanc attirent les élèves d’une classe en goguette pour la journée. Papier, crayon en main, ils notent le nom de l’artiste : Wang Du. Et celui de l’œuvre : Les Modes. Il y a du questionnaire dans l’air. Leur institutrice s’approche et ensemble ils lisent sur le cartel fixé au sol : « L’artiste s’interroge sur les implications de la mondialisation dans la circulation de l’information et de sa réception. » Quelques secondes de perplexité et hop ! l’essaim joyeux s’envole vers une autre curiosité.

Six artistes chinois travaillant en France (Huang Yong Ping, Shen Yuan, Yan Pei Ming, Wang Du, Yang Jiechang et Chen Zen) ont ainsi été invités par Solange Auzias de Turenne et Ami Barak, les deux commissaires, à exposer jusqu’au 27 juin dans ce havre de paix parisien à deux pas de la Comédie Française. Soutenu par le ministère de la Culture et le Comité du Palais-Royal, Le Jardin emprunté s’inscrit dans une action menée depuis plusieurs années autour de la sculpture dans le jardin du Palais-Royal. Cette nouvelle édition est à la fois un hommage et un écho à l’Exposition universelle de Shanghai.

Au-delà de l’allée d’arbres apparaît un curieux attelage signé Huang Yong Ping. Si là, comme dans nombre de ses œuvres, il emprunte au règne animal pour tenir un discours critique sur les sociétés contemporaines, c’est au cœur de la culture chinoise qu’il puise son inspiration : un buffle empaillé installé dans un chariot évoque la traditionnelle monture de Lao-Tseu et par-là même son enseignement qui recommandait d’atteindre la compréhension du monde sans franchir la porte de son foyer. Pour preuve cet Immigrant Sans Papiers (titre qui laisse songeur) reçoit tant de visites qu’il n’a nul besoin de bouger pour que le monde vienne à lui !

Wang Du photo MLD
Les Modes, Wang Du

Quelques pas séparent le sympathique bovidé du Jardin Mémorable de Chen Zen. Composé de cinq plaques de bronze en relief posées sur des pieds, il est dédié à la contemplation du fabuleux jardin impérial chinois du Yuanmingyuan qui abritait la flore et les paysages typiques de chaque région de la Chine et qui fut détruit par les troupes franco-anglaises en 1860. Ne subsistent de cet immense parc inscrit dans la mémoire collective chinoise que quelques dessins datant du 18e siècle et conservés à la Bibliothèque nationale de France dont l’artiste s’est inspiré.

Huang Yong Ping photo MLD

Après cette plongée dans la Chine éternelle, c’est l’actualité de cette dernière qui surgit d’un… rocher ! Cette pierre en partie évidée et sculptée à l’intérieur évoque le désastre écologique provoqué par la construction du barrage des Trois Gorges sur le cours du Yangtsé, le plus long fleuve du pays. Empruntant à l’art chinois du paysage et aidé par le vent qui y dépose feuilles et autres brindilles ainsi que par la pluie qui le remplit, Shen Yuan a sculpté dans ce Ventre de Pierre un paysage dévasté. Yang Jiechang propose, quant à lui, Eurasia. A partir de cette contraction d’Europe et d’Asie, l’artiste fait naître un territoire imaginaire, une utopie, qu’il matérialise grâce à un ballon et des drapeaux cloués au sol. Si l’idée est séduisante la réalisation laisse perplexe. Peut-être que l’artiste symbolise par cette œuvre que l’on peut fouler aux pieds la difficulté des idées à se concrétiser…

Si l’on compte bien, il nous manque une œuvre. Cette fois, c’est le nez en l’air qu’il nous faut avoir pour découvrir l’installation de Yan Pei-Ming. Fichés au-dessus du coffrage en bois qui couvre les travaux du bout du jardin, des drapeaux arborent des visages de très jeunes chinois. Pirate’s Flag se veut un regard tourné vers l’avenir. Encore faut-il qu’Eole reste bien éveillé !

Shen Yuan photo MLD
Ventre de Pierre, Shen Yuan

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