Aux Musées de Sens – Marie Morel s’envole

Peindre est pour Marie Morel une nécessité, c’est aussi sa manière de «  s’engager  ». Dans son exposition actuelle, intitulée Questions sur le monde et présentée à l’Orangerie des Musées de Sens, dans l’Yonne, l’artiste se penche sur des enjeux actuels ou des événements ayant marqué – parfois tragiquement – l’histoire de nos sociétés. Sont ainsi abordés pêle-mêle les thèmes de l’écologie, des femmes, du bien et du mal, ou encore celui de la Shoah. Inscrites sur les toiles, des réflexions et interrogations, directes et concises, viennent appuyer un discours pictural et soutenir une œuvre qui s’impose comme une intime recherche. A l’occasion de cette nouvelle exposition, nous mettons en ligne le portrait de Marie Morel écrit pour Cimaise (287).

Un petit village pelotonné autour de sa mairie, son école et son église. Marie Morel vit là, à plus de 1 000 mètres d’altitude. « J’ai besoin de ce retranchement pour travailler », explique-t-elle. Sur ses toiles, une multitude de fenêtres s’ouvrent sur une âme, une succession de plans-séquences qui, chacun, racontent une histoire. Le personnage principal est très souvent une femme. « Physiquement, les femmes m’émerveillent plus que les hommes. Tout simplement. »

Pendant un temps, les oiseaux sont venus occuper l’espace. « J’avais besoin de sortir de ces tableaux très cloisonnés, de prendre mon envol en quelque sorte. Mais c’est facile, apaisant de faire des oiseaux. Alors, durant un moment, je me suis imposé de n’en faire aucun. »

Il y a dans la création de Marie Morel comme une urgence. « J’ai besoin de peindre, je suis née comme ça. J’ai passé mon enfance dans une maison où tout était marqué par l’écriture et la peinture. » Son père, Robert Morel, était éditeur, sa mère, peintre. Une ascendance qui explique peut-être la présence très marquante de l’écriture dans les tableaux de l’artiste.

« J’aime l’amour, donc je le peins »

« J’écrivais énormément quand j’étais enfant. Etrangement, ça s’est arrêté d’un coup et la peinture a pris le dessus. » Une envie qui l’oblige à une rigueur qu’elle qualifie de « démentielle  ». « C’est quelquefois infernal. Mais je ne peux pas faire autrement. Je me lève et je travaille, parfois jusqu’à deux ou trois heures du matin. Je suis exigeante et très disciplinée. » Pour preuve, sur le mur une liste de titres : les prochains tableaux attendent de voir le jour. En cours, Les Fantasmes secrets de la nuit : 400 vignettes, 400 scènes érotiques qui plus tard formeront une toile de cinq mètres. « J’aime l’amour, donc je le peins. Je milite aussi contre la haine, le manque de respect, la destruction de la nature… Je m’engage en peignant. »

D’où lui vient l’inspiration ? « Chaque oeuvre est une recherche très intime sur ce que je ressens et ce que je sens chez les autres. Tout démarre sur une vibration intérieure. Et le tableau s’impose sans que je m’explique pourquoi. » Est-ce si important de comprendre ? Marie Morel a renoncé à éclaircir le mystère de la nécessité créatrice qui l’habite. Elle se contente de la vivre, tout simplement, armée de la tranquille assurance de ceux qui accomplissent leur destin.

Marie Morel, Cl. Pierre Morel
Questions sur le monde (détail), Marie Morel, 2011

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