Kees de Goede – Les métaphores de l’art

Kees de Goede, photo NBlaya

« L’œuvre d’art se doit d’être généreuse, elle doit donner quelque chose et être aussi évidente que la pluie qui tombe ou le soleil qui brille. » Telle est la conviction qui étreint Kees de Goede et guide sa démarche depuis déjà plus de 30 ans. Qu’il s’appuie sur le dessin, la peinture, la photographie, ou encore le collage, la sculpture et l’installation, la variété de ses champs d’expression et de ses modes opératoires font du plasticien néerlandais un artiste fascinant, hors norme et inclassable. Partageant son temps entre son pays natal et l’Aveyron, il bénéficie actuellement d’une exposition monographique dans le Lot voisin, à Cajarc, qui propose un bel éclairage d’une œuvre pluridisciplinaire, surprenante et captivante.

« J’ai beaucoup regardé les œuvres de Donatello, de Masaccio, dit-il. Chacune de leurs œuvres est une découverte pour eux-mêmes. Ce sont, comme Klein plus tard, des artistes très riches que j’admire pour leur curiosité, pour le renouvellement constant de leur regard sur le monde. » Forte de sa richesse et de son foisonnement, l’histoire de l’art vient comme baliser son cheminement personnel, alimenter son questionnement, inlassable, du monde, de l’univers et de la place qui est la sienne en tant qu’individu. Bâtissant une œuvre à l’écriture et au langage particuliers, l’artiste s’interroge également, avec une constance rare, sur le rapport et l’adéquation du support et du sens de l’œuvre. Kees de Goede déclare être « fasciné par l’interaction entre l’organique et la matière ». De fait, chacune de ses créations picturales débute par un travail d’assemblage, de fabrication, au cours duquel il élabore un cadre à partir de tiges de bambou ou de branches d’arbres, qui viendra par la suite pleinement participer à l’inspiration guidant la main et le tracé sur la toile. La quinzaine de tableaux, tous de forme oblongue, ici présentée au regard, offre autant de « projections mentales  », de témoignages abstraits de l’imaginaire singulier du peintre.

L’exposition propose aussi, pour la première fois dans son ensemble, la série de journaux peints, Astral Drawings, initiée en 2001. Collectionnant des pages de quotidiens depuis le début des années 1980, au fil de ses déplacements et au gré des événements l’ayant interpellé, titillé ou bouleversé, l’artiste s’approprie contenu et contenant. Sur ces extraits choisis, il vient dessiner et apposer ses couleurs, par touches ou larges aplats, tissant des liens intimes avec la sphère publique et la mémoire collective, livrant ainsi sa propre lecture de la marche du monde ; une manière d’exalter l’événement le plus futile ou le plus dévastateur, l’actualité la plus éphémère comme un moment d’extrême tension et de les immortaliser le temps d’une œuvre.

Deux installations complètent et illustrent par ailleurs la quête du plasticien. La première, Dilemma, met notamment en scène des chandeliers en forme de pains et des bouteilles de vin, objets symboliques du quotidien et métaphores d’une certaine consommation de l’art, « mais qui ont ici identité d’œuvres d’art », souligne Kees de Goede. « Avec Dilemma, je dis que la seule façon de vivre est de prendre des décisions et de vivre le moment présent. Cette installation est une question ouverte sur le statut de l’œuvre d’art. » Paume, enfin, vient structurer l’espace de ses quelques murs bruts et tout de parpaings vêtus, disposés selon le parcours unique suivi par les lignes de la main de l’artiste, outil fondamental et originel auquel est subordonné chacun de ses actes artistiques.

Kees de Goede, photo NBlaya
Astral Drawings, Kees de Goede

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