De la Lorraine au Lot – A l’assaut des châteaux

Joy de Rohan Chabot

 

Au fil des siècles, le territoire français s’est peuplé d’une multitude de châteaux. Aujourd’hui classés monuments historiques, ils attirent les visiteurs pour leur histoire singulière mais aussi, et de plus en plus souvent, pour le dialogue noué avec notre époque à travers des propositions d’art contemporain. En voici quelques exemples, collectés partout dans l’Hexagone.

Une cabane-fusée au château de Malbrouck

Le château de Malbrouck, en Moselle, propose un parcours original et surprenant qui devrait faire l’unanimité. L’exposition transporte en effet le visiteur dans l’univers des jeux et des jouets du Moyen Age à nos jours. Plus de 400 pièces ont été patiemment collectées auprès des institutions et collectionneurs privés. Poupées, oursons, voitures à pédales, jeux d’échecs ou jeux vidéo stimulent l’imaginaire des enfants et proposent aux adultes un petit voyage en nostalgie… Le jouet a bien sûr également inspiré les artistes. On retrouve ainsi au fil de l’exposition des œuvres de Cindy Sherman, Ron Arad ou encore Jasper Morrison pour ne citer qu’eux. Une cabane-fusée de 8 mètres de hauteur est même exposée dans la cour  ! Elle a été conçue par l’architecte Camille Tourneux d’après l’œuvre Jean de la Lune du dessinateur Tomi Ungerer.

L’art des jeux et des jouets, jusqu’au 14 décembre au château de Malbrouck, à Manderen.

Camille Tourneux
L’Astronef, Camille Tourneux, 2014

Procession de pantins à Vascœuil

Le château de Vascœuil invite Pierre Dessons. Le peintre et sculpteur français a construit au fil du temps un monde faussement candide, peuplé de pantins désarticulés. Ses compositions se jouent de la perspective et de la profondeur de champ pour que la vie quotidienne en soit transfigurée. Seul l’humour de l’artiste allège la sensation d’étrangeté qui règne sur ses tableaux. Avec le temps, Pierre Dessons s’est aussi fait sculpteur pour que ses personnages acquièrent une autre dimension. L’exposition au château de Vascœuil présente les créations des vingt dernières années.

Jeux de cache-cache, jusqu’au 26 octobre au château de Vascoeuil.

Pierre Dessons
Joyeux retour de pêche, Pierre Dessons

En sourire, s’il vous plaît  !

«  Cheese, please !  »  : cette injonction bien connue invite à sourire et c’est justement l’ambition de l’exposition d’été du château d’Oiron. Les œuvres, prêtées par les Frac Centre, Pays de la Loire et Poitou-Charentes, ont en commun d’introduire un peu de légèreté et de distance dans ce monde impitoyable. Si l’art contemporain a la réputation d’être – trop  ? – sérieux, cette exposition, conçue comme une suite de calembours visuels, propose avec élégance de l’envisager sous un autre angle. A ne pas manquer également  : la collection permanente du château constituée au fil des ans et du passage de 21 artistes, invités tour à tour à investir les différentes pièces du château pour y créer. Wim Delvoye s’est par exemple chargé du vaisselier, Christian Boltanski réinterprétant, quant à lui, la traditionnelle galerie des portraits.

Cheese, please  !, jusqu’au 28 septembre au château d’Oiron.

Carsten Höller, photo Richard Porteau, Collection Frac Poitou-Charentes
Komm Kleines, Kriegst was Feines, Carsten Höller, 1991
Du street art chez Van Gogh

Il y a une vingtaine d’années, Arnaud Rabier – alias Nowart – découvre que l’usine en friche qui lui sert d’atelier, à Clichy, a été peinte par Van Gogh. L’artiste de street art va dès lors commencer à s’exprimer sur les pas du maître hollandais et multiplier les «  clins d’œil  » à celui qu’il appelle son «  âme sœur  ». Aujourd’hui, Nowart entame une nouvelle étape de cette intimité créatrice. Il expose tout l’été au château d’Auvers-sur-Oise une quarantaine d’œuvres réalisées en grande partie pour l’occasion. Couleurs flamboyantes et matière vibrante  : cette manifestation démontre la complicité évidente entre les deux artistes, par-delà le temps.

De l’Impressionnisme au Street art, jusqu’au 21 septembre au château d’Auvers-sur-Oise.

Nowart
L’église d’Auvers, Nowart
Perspectives et horizons au château de Poncé

Les dépendances du château de Poncé, dans la Sarthe, accueillent une exposition qui poursuit un cycle commencé à la galerie Vieille du Temple à Paris en octobre dernier. Dix artistes se confrontent à la frontalité du paysage, des paysages redressés où l’horizon et la perspective semblent abolis. Arthur Aillaud, Guy de Malherbe et Marc Desgrandchamps, peintres figuratifs, se sont approprié la question de la planéité de la toile. Plus abstrait, le travail de Per Kirkeby est marqué par sa formation de géologue. Les photographies de Lucien Hervé sont pour leur part caractérisées par le regard qu’il porte sur l’intégration d’éléments d’architecture dans le paysage. L’exposition propose également de découvrir le travail de trois jeunes photographes  : Sarah Le Guern, Jérôme Bryon et Illés Sarkantyu. Vincent Bioulès et Pierre Buraglio font également partie des artistes invités.

Frontalité, approches du paysage, jusqu’au 21 septembre au château de Poncé.

Marc Desgrandchamps, courtesy galerie Zürcher
Sans titre, huile sur toile (200 x 140 cm), Marc Desgrandchamps, 2008
Le devoir de mémoire d’Elisabeth Walcker

Chaque été, le château de Lacapelle-Marival, dans le Lot, déploie une vaste exposition collective de peinture et de sculpture dans quinze de ses salles. Une quarantaine d’artistes y sont réunis en 2014, avec un focus plus particulier sur le travail de la peintre Suzanna Pejoska. Parmi eux, Elisabeth Walcker s’est attachée pour l’occasion à une histoire locale  : celle de deux maisons du hameau des Cazettes et, à travers elles, de deux familles. Echanges de souvenirs colportés de génération en génération, découverte de photographies d’époque, recherche documentaire ont permis à l’artiste de retrouver l’ambiance de ce petit bout de France dans la première moitié du XXe siècle. Des panneaux racontent les labours, les moissons, le travail de la vigne, la culture du tabac… C’est tout un monde qui renaît sous les yeux du visiteur. Plus loin une «  galerie  » de portraits rappelle l’élégance des femmes, de leurs superbes chapeaux, et l’allure des hommes aux bacchantes imposantes. Ce travail de «  reportage  » à rebours dans le temps incite à une lecture particulière. Chaque dessin agit comme une chronique de gestes oubliés. Il étale devant nos yeux la réalité d’antan et met en exergue les bouleversements considérables survenus en l’espace d’une vie seulement. Elisabeth Walcker nous offre de nous souvenir. Elle parle d’un «  devoir de mémoire  ».

Jusqu’au 31 août au château de Lacapelle-Marival.

Elisabeth Walcker
Extrait de la série Photos de famille, Elisabeth Walcker
Les toiles foisonnantes d’Armand Jalut

En résidence à Los Angeles, Armand Jalut a été interpellé par les affiches publicitaires de la marque de vêtements American Apparel – connue pour les jeunes femmes dénudées qu’elle fait poser pour ses campagnes –, dont le siège se trouve dans la ville. L’artiste est parvenu à visiter l’usine qui fabrique ces vêtements. S’il n’y a pas découvert de corps nus, il en est cependant ressorti frappé par les images de machine à coudre. Ces modèles mécaniques, qui trônent au cœur de la toile, se télescopent avec des composants organiques et alimentaires. Une fois encore, Armand Jalut se singularise par une iconographie surprenante et familière. A cet ensemble de toiles récentes, présentées au château de Taurines, dans l’Aveyron, il a ajouté une bande-son. Celle-ci a été composée et produite dans un dialogue entre l’artiste et le compositeur Nicolas Dubosc.

The Secretary Blouse, jusqu’au 19 octobre au château de Taurines.

Armand Jalut, courtesy Michel Rein
CLASS VG2751, huile sur toile (200 x 130 cm), Armand Jalut, 2013
Quand la couleur prend le pouvoir

Tous les ans, le château du Grand Jardin, situé à Joinville dans la Haute-Marne, s’ouvre à la création contemporaine. Après les œuvres du graffeur Hetaone (à voir jusqu’au 30 juin), carte blanche a été donnée à Elsa Tomkowiak. L’artiste entretient un rapport passionnel avec la couleur qu’elle déploie en une exubérante palette. Elle a été invitée à poser son regard sur le domaine et à y renvoyer sa propre lecture des volumes qui s’y organisent. Dans une énergie hors du commun, les aplats explosent sur tout le site et éclaboussent les différents espaces disponibles. Jardins, parterres et plan d’eau sont revisités. Peinture, sculpture et installation  : tous les médiums sont convoqués pour restructurer l’espace. La couleur prend le pouvoir.

Jusqu’au 14 septembre au château du Grand Jardin, à Joinville.

Elsa Tomkowiak
Sculpture flottante présentée@en juillet 2010 lors du festival Imaginez@Maintenant à Amiens, Elsa Tomkowiak
Haroué célèbre la poésie des papillons

Joy de Rohan Chabot est réputée dans le milieu des arts décoratifs pour ses créations uniques qui célèbrent la nature. Pour la première fois, elle a voulu donner une autre dimension à son art avec sa première installation éphémère  : L’Envolée. Quelque 120 papillons en acier et à motifs, entièrement réalisés à la main, de toutes tailles et de différentes nuances de bleu, envahissent la façade du château d’Haroué, les arbres et le parc tout entier. A travers cette installation, l’artiste entend rendre hommage au papillon, symbole de l’été et espèce menacée. <i>L’Envolée</i> se poursuit à l’intérieur de la bâtisse historique où les papillons côtoient des tapisseries de haute lice réalisées par Martine Lapassade.

L’Envolée, jusqu’au 31 septembre au château d’Haroué.

Joy de Rohan Chabot
LEnvolée (détail), Joy de Rohan Chabot, 2014
La vie de château de Philippe Cognée et François Sarhan

Le Domaine national de Chambord, dans le Loir-et-Cher, poursuit son développement en programmant chaque année plusieurs expositions d’art contemporain. Deux artistes sont à l’honneur cet été. D’une part, le peintre Philippe Cognée, né à Nantes à la fin des années 1970, présente une soixantaine d’œuvres au deuxième étage du château. Des toiles dévoilant des architectures urbaines, créées à partir d’images extraites de Google Earth, ont été associées à une galerie de portraits et de paysages sur le thème de la consommation de masse. Celui qui obtint le prix de Rome en 1991 expose ici des pièces étonnantes, résultats d’une technique originale de glacis. D’autre part, François Sarhan investit la salle du conseil, la galerie Marion Schuster et le donjon  ; ses créations sont le fruit de trois mois d’une résidence intense étalée entre la fin de l’année 2013 et le printemps dernier. Installation, vidéo, collages et textes composent un ensemble d’œuvres burlesques, qui prolonge l’Encyclopédie du professeur Glaçon – projet développé par l’artiste à l’Abbaye de Noirlac en 2012 – et renouvelle l’image figée de ce haut lieu du patrimoine français. X. R.

Jusqu’au 31 août au Domaine national de Chambord.

François Sarhan
Extrait du travail réalisé@par François Sarhan en résidence@au Domaine départemental@de Chambord, 2014
La quête métaphorique d’APG

APG  : derrière ce sigle se cache Artists Prospecting Group, qui réunit quatre artistes travaillant ensemble depuis 2006. Ce collectif a mené une exploration minutieuse du domaine du château Grand Boise  : les surfaces définies au préalable ayant été examinées à l’aide de matériel de détection de métaux. Le but était de collecter le maximum d’objets se trouvant dans les sols et de les répertorier dans une édition sous la forme d’un catalogue  ; la publication étant composée d’images de chaque objet, fragment et rebut récoltés ainsi que des cartes géographiques et coordonnées GPS ayant orienté les recherches durant le séjour. Elle est mise à la disposition du public dans un édicule construit sur le domaine.

Jusqu’au 31 octobre au château Grand Boise, à Trets.

Artists Prospecting Group
Lunette à la croisée des chemins, Artists Prospecting Group, 2014
Une première pour Kent Monkman

Pour sa première exposition dans une institution muséale européenne, le Canadien Kent Monkman est l’invité du Musée d’art contemporain de Rochechouart. D’origine indienne Cree – la plus importante nation amérindienne du Canada –, l’artiste se réapproprie l’histoire coloniale pour poser avec humour et poésie la question de la différence. Il utilise un double fictif, Miss Chief Eagle Testickle, «  diva outrageuse  » qu’il met en scène dans ses œuvres. «  J’ai créé Miss Chief pour représenter une personne du troisième genre. Je l’ai installée dans des paysages du XIXe siècle non seulement pour changer les regards, mais pour modifier l’équilibre des pouvoirs  », explique l’artiste. L’exposition comprend une dizaine de peintures, photographies et estampes, ainsi que des vidéos et des installations.

L’artiste en chasseur, jusqu’au 21 septembre au Musée départemental d’art contemporain de Rochechouart.

Kent Monkman
Luis Vuitton Quiver, Kent Monkman
Lumière sur le processus créatif

Au château de Sainte-Colombe, en Côte-d’Or, l’association Arcade propose de mettre en lumière le grand mystère du processus créatif. En juin, Marie-Hélène Guelton a exposé ses recherches personnelles sur la teinture à réserve par ligature, une technique ancestrale revisitée dans une démarche contemporaine  ; Manon Gignoux a ensuite pris le relais pour présenter, jusqu’à fin juillet, son travail de plasticienne. Celui-ci s’articule depuis toujours autour du vêtement, empreint de l’absence-présence des corps. Parallèlement au design textile, l’exposition De A à Z, du projet à l’objet explore, jusqu’au 12 octobre, le design d’objet, de mobilier ainsi que le design graphique. Le bureau de création visuelle We-We expose par ailleurs au mois d’août ses créations dans les domaines de l’édition et de la communication. Enfin, ne manquez pas l’occasion de parcourir Piazza San Marco, œuvre signée Bertrand Lavier qui a rejoint les jardins du château à l’été 2012.

Sarha Duquesne, courtesy Eternum
Set de couverts JOE pour classe affaires, exposition De A à Z, du projet à l’objet, Sarha Duquesne
L’occitan en partage

Monument historique, le château de Saint-Auvent, situé en Haute-Vienne, accueille depuis 18 ans des rencontres d’art contemporain. La thématique de ces rendez-vous a toujours été de démontrer l’universalité de la création artistique. Par-delà le temps, les traditions et, surtout, les frontières, les artistes se reconnaissent et se comprennent. Les invités étrangers ont eu la part belle au cours des sessions précédentes, mais l’année 2014 est particulière. Les participants ont tous en commun de parler une même langue «  étrangère  »  : l’occitan. Peintres, sculpteurs, photographes  : 24 artistes ont répondu à l’appel, venus du Limousin, de Provence ou de la région Midi-Pyrénées  ; leurs œuvres expriment les liens qui les unit à cette culture presque millénaire.

Regards sur l’art contemporain occitan, jusqu’au 24 août au château de Saint-Auvent.

Retrouvez cet article et quelque 300 événements estivaux d’art contemporain, sélectionnés par notre rédaction en France et en Europe, dans le numéro spécial Eté 2014 de l’e-magazine pour tablettes numériques ArtsHebdo|Médias. Téléchargez à cet effet gratuitement notre application sur l’Appstore ou sur Google Play.

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