Simone Perrotte à Paris – La nature stylisée

Tout en explorant inlassablement de nouvelles pistes formelles et techniques, la céramiste Simone Perrotte poursuit la déclinaison d’un bestiaire merveilleux en noir et blanc, dont les animaux aux formes arrondies saturent sans vergogne l’espace. Vases, assiettes et autres théières accueillent poissons, pieuvres, singes ou grenouilles, un univers animalier familier tout droit échappé d’un conte pour enfants. A l’occasion de l’exposition de ses travaux – ceux qui l’ont fait connaître, comme le fruit de ses récentes recherches – à la galerie Quincampoix, à Paris, nous mettons en ligne l’article actualisé écrit pour Cimaise (293).

Dynamique, naturelle et sympathique, Simone Perrotte reçoit dans une pièce lumineuse, remplie de vases, assiettes, coupelles et théières illustrant son thème de prédilection : le monde animalier. Formée à l’Ecole nationale des arts appliqués Olivier de Serres, Simone Perrotte complètera ensuite aussitôt sa formation à la Maison de la céramique de Mulhouse. « J’ai passé trois années à Paris sans avoir quasiment touché la terre. J’étais très déçue. Mulhouse a été le véritable tremplin de ma carrière. J’y ai travaillé notamment avec la potière Helena Klug et le tourneur Augusto Tozzola. »

Inspirée par les encyclopédies animalières anglaises du XIXe siècle, et plus directement par l’observation de la nature, elle aime aussi fréquenter les musées : « Quand je suis à Paris, j’aime aller au Louvre pour dessiner les animaux stylisés des céramiques antiques  ; au Muséum national d’Histoire naturelle aussi. » De ces promenades studieuses naissent rats, grenouilles, poissons, éléphants ou insectes à la surface des céramiques. Une fois travaillée la pâte de porcelaine, de Limoges notamment, prend des formes simples, rondes, planes ou légèrement évasées qui laissent une place importante au décor. Ces espaces vierges, à l’instar de la toile blanche, s’offrent alors à l’imagination de l’artiste  ; les pièces blanches lissées et poncées attendent l’application d’un jet d’engobe noir. Puis, fruit d’un geste simple, le contour des sujets apparaît et est travaillé avec une pointe en métal de graveur sur pierre. Chaque légère entaille dans la porcelaine fait naître un trait blanc. Spontanéité et imaginaire s’allient alors en une subtile calligraphie.A la recherche d’un nouvel animal

L’idée de ces créations en noir et blanc lui est venue un jour de cafard, où, précisément, elle broyait du noir ! « J’ai commencé à faire des taches sur des pièces. Le résultat était assez laid, alors, j’ai entrepris de gratter le noir et un mouton à cinq pattes est apparu ! Le hasard s’était fait imaginatif ! D’autres monstres ont suivi, puis peu à peu ont laissé la place aux animaux. » Difficile d’imaginer aujourd’hui d’où le bestiaire aimable et sensible de Simone Perrotte est sorti. A la recherche d’un nouvel animal à croquer, d’une nature sauvage à découvrir, la céramiste a entrepris de nombreux voyages et travaillé en Suède, en Autriche, en Corée ou encore au Japon. Elle vient par ailleurs d’obtenir un Master de Céramique au Royal College of Art de Londres, concluant deux années de recherche qui lui ont permis d’élargir le champ de sa création. Son univers se déploie ainsi également sur papier ou sur textile, notamment grâce à la sérigraphie, et adopte des formes inédites. S’inspirant des dons de camouflage qui caractérisent la nature, certaines de ses nouvelles pièces se fondent littéralement dans le décor pour jouer un tour espiègle au regardeur. Et ce dernier de relever le défi avec enthousiasme !

Simone Perrotte, photo Sylvain Deleu
Pièce de céramique, Simone Perrotte

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