Festival Némo – En immersion

HeeWon Lee, photo MLD

Némo fête sa 16e édition  ! Le festival, organisé par Arcadi Ile-de-France, vient dresser un panorama international de la création numérique  : musiques exploratoires, performance audiovisuelle, installations interactives et immersives. Installé dans plusieurs lieux – Le Centquatre à Paris, L’avant Seine à Colombes, Le Cube à Issy-les-Moulineaux, Les 26 couleurs à Saint-Fargeau, la Maison des arts de Créteil, la Maison du peuple à Clichy-la-Garenne, le Théâtre Louis Aragon à Tremblay-en-France, la Maison populaire de Montreuil et Visages du monde à Cergy-le-Haut –, il déploie sa programmation jusqu’au 15 décembre.

Le samedi au Centquatre, c’est l’effervescence. Envahi par des danseurs de tout poil, l’établissement parisien bruisse de pas esquissés, de musiques étourdissantes, de courses de poussettes et de conversations échangées. Incroyable havre d’énergie au cœur d’un quartier endormi. A l’écart de cette ruche, se tient Trouble Makers : Sensation Versus Digital. L’exposition s’adresse à l’ensemble de nos sens. Il ne s’agit pas seulement d’y aller voir, mais de se préparer à ressentir. C’est à l’abri de la verrière, dans l’une des cours, que Michel et André Décosterd ont parqué Cycloïd-E. Au centre d’un périmètre de sécurité, le spectaculaire objet interactif déploie son unique «  bras  » en tubes métalliques articulés. Equipé de sources sonores et d’instruments de mesure, il réagit à son environnement et au comportement des visiteurs. Agissant à l’intérieur d’un cercle, la machine cherche le contact. Elle déplie son unique tentacule à la recherche de celui ou de celle qui s’approche. Un instant, l’embouchure de la dernière tubulure, tel un œil de cyclope, se fixe sur vous avant de reprendre sa rotation perpétuelle et débridée. Impressionnant. A quelques mètres de là, des plaques de verre se dressent, matérialisant les rayons du cercle dans lequel elles s’inscrivent. Ce projet évoque l’histoire d’un chant codé que des esclaves se transmettaient oralement et qui leur permettait de s’échapper de la plantation où ils étaient exploités. Leur évasion est ici illustrée par une tension sonore qui trouve son paroxysme lors de l’éclatement de l’une ou l’autre des feuilles de verre. Un dispositif programmé pour aller jusqu’à sa totale destruction. Follow de drinkin’ gou’d est une installation signée Damien Marchal.

Michel et André Décosterd, photo Quentin Chevrier pour  Arcadi Île-de-France
Cycloïd-E, Michel et André Décosterd
La visite se poursuit dans des espaces organisés au bout, ainsi que de part et d’autre, de la cour. Isotropie de l’Ellipse Tore, de Julien Clauss, est une sculpture monumentale. Le visiteur, invité à y pénétrer, peut s’installer sur un rebord imaginé à cet effet et s’adosser à la paroi de bois. Le son en provenance du plafond file jusqu’au sol pour remonter à l’aide d’une foultitude de petits haut-parleurs, répartis en ligne à l’extérieur de la structure. Cette composition sonore minimale circule à la fois dans l’espace, dans l’œuvre et dans les corps. Puis le silence s’installe. Epatant  ! Juste à côté, le mur de son, de lumière et de vapeur d’Anke Eckardt fascine. Pour le franchir, peu d’effort mais un bruit de verre qui se brise. Comme absorbé dans un espace temps différent, votre partenaire de découverte devient un instant inaccessible, passé en quelque sorte de l’autre côté d’un miroir. Ensuite, il vous faudra tous enfiler des surchaussures jetables, de même manière qu’à l’hôpital, pour avoir la chance de danser avec les oiseaux. Avec la série Infinity, HeeWon Lee explore les cycles de la nature sous ses différentes formes. Son nouveau projet, Infinity III, est une installation vidéo immersive, projetée au sol et au mur, qui met en scène des nuées d’oiseaux migrateurs. Le visiteur se trouve emporté dans un mouvement sans fin – en réalité une vidéo de 10 minutes passée en boucle. Evoluant en plein ciel, il laisse décoller son esprit pour un voyage à la fois contemplatif et saisissant. Il vole. « Les oiseaux migrateurs sont pour moi le symbole du cycle souverain et absolu de la vie. Avec Infinity III, je souhaite emmener le spectateur dans une expérience spatio-temporelle déstabilisante, voire bouleversante, à l’image de ce que la nature porte de vertigineux », explique l’artiste.

La porte d’à côté mène tout droit à Tropique, une autre installation de lumière, de son et de brume. Etienne Rey propose un jeu de faisceaux dynamiques qui redessinent l’espace et se laissent perturber par l’évolution du public. Sur le mur du fond, les raies lumineuses buttent en des traits glissant et s’agitant comme autant d’organismes dans une boîte de Petri. Personne ou presque ne les regarde. Plus que deux pièces à découvrir. Standing Wave mérite une mention spéciale. Des lignes de lumière projetées sur des surfaces en relief interagissent avec vous. Elles s’étirent en ondes fluides et élastiques, s’écartent, s’agitent, se calment sans jamais perdre le fil du dialogue que vous établissez. Cette matière lumineuse et irréelle respire et s’adapte. Vous jouez avec elle ou l’inverse. Enthousiasmant projet développé par Annica Cuppetelli et Cristobal Mendoza, un duo d’artistes de Détroit, aux Etats-Unis. La dernière installation s’intitule Zee. L’Autrichien Kurt Hentschläger sait faire monter la pression. Dans la file d’attente, personne ne lâcherait sa place, même pour une bouillotte et un bon bouillon chaud. La réputation de l’installation l’a précédée. Plongé dans un brouillard d’une densité inhabituelle, non sans avoir au préalable signé une décharge, le visiteur est bombardé de son et de lumière stroboscopique jusqu’à laisser poindre comme des hallucinations visuelles. C’est Zee sensation  !

Retrouvez l’ensemble de la programmation du festival Némo en cliquant ici.

Julien Clauss, photo MLD
Isotropie de l’Ellipse Tore, Julien Clauss

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