Mickael Kenna – New York au septième ciel

Quand Mickael Kenna croque Manhattan avec son Hasselblad, on entend le saxophone de Robert De Niro accompagner la voix jazzy de Lizza Minelli. Sous le titre évocateur de New York New York, les photographies qu’expose pour la première fois en France la galerie Camera Obscura, sont autant de partitions visuelles en noir et blanc que la musique du film de Martin Scorsese évoque à merveille. Contemplant le Flatiron Building posé sur la neige comme un livre blanc entrouvert, l’Empire State Building décoré d’une précieuse médaille de brume, ou la brillante Cinquième Avenue dansant dans son fourreau de rubis, on a envie de fredonner « I want to be a part of it »… Et d’accompagner l’artiste anglais installé depuis vingt ans aux Etats-Unis et qui, depuis le début des années 70, revient flâner régulièrement dans la Babylone moderne. Nuit et jour, chaussures de sport et petites lunettes rondes, ce passionné de solitude reste des heures à converser avec le béton, le verre et l’acier, avant de saisir dans l’architecture de la ville toutes les beautés du monde que la nature fait d’habitude vibrer. Romantique, l’empreinte de la mégalopole s’imprime dans ses paysages de gratte-ciel où les arbres, l’hiver, se confondent avec les poteaux de signalisation. Poétique, le géant du Land Art va même jusqu’à baptiser Mary Poppins over Midtown, la photographie qu’illustre la présente exposition. Au sous-sol de la galerie, on s’éloigne du lyrisme étasunien de l’artiste voyageur pour une promenade intime aux quatre coins du monde. France, République tchèque, Chine, Inde, Brésil, Géorgie et Japon offrent un aperçu de sa passion de toujours pour les paysages naturels : lever de lune qui strie la nuit des îles Chansey tel le sillon d’argent d’une étoile filante ; branchages s’inscrivant comme des lettres sur un parchemin dans la neige des campagnes nippones ; vol d’oies sauvages abandonnant à la surface blanche du ciel les sombres nuages de Tbilissi. Des images apaisées d’une rare beauté. Par le jeu subtil des ambiances, des contrastes et des perspectives, Michael Kenna substitue le graphisme de la cité au figuratif des monts et des champs, stylisant l’image jusqu’à l’épure. « Je suis plus près du haiku que de Joyce », rappelle le photographe adepte des petits tirages raffinés (20 x 20 cm), qui revendique sa filiation avec Bill Brandt et ses affinités avec Kertész et Stieglitz, auxquels il rend hommage par quelques clins d’œil. Abondance de beauté ne nuisant pas, la BNF à qui Mickael Kenna vient de faire don de cent images, offre au public jusqu’au 24 janvier une rétrospective de son œuvre (210 photos). Un duo de deux expositions à ne rater sous aucun prétexte.

Mickael Kenna
Flatiron Building, Study 2, New York New York, USA, Mickael Kenna, 2003

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