« Intranquillités » à Charleroi – La Wallonie à l’heure marocaine

Bruxelles et la Région wallonne s’apprêtent à accueillir, cinq mois durant, une saison artistique et citoyenne dédiée à la culture marocaine et axée autour d’un regard croisé entre le Maroc contemporain et la diaspora. Dans le cadre de cette manifestation intitulée DABA Maroc*, qui réunit quelque 150 artistes, le B.P.S.22, espace de création contemporaine de Charleroi, présente Intranquillités, une exposition rassemblant les œuvres du photographe Charif Benhelima et des plasticiens Mohamed El Baz et mounir fatmi.

Emprunté au poète portugais Fernando Pessoa, le titre de l’exposition pourrait évoquer un état d’inquiétude, une forme d’agitation, voire d’insécurité. Les Intranquillités invoquées par les organisateurs sont plutôt un appel à rester vigilant, les sens et l’esprit en alerte dans un monde en plein emballement. Chacun à sa manière, Charif Benhelima, Mohamed El Baz et mounir fatmi travaillent la remise en question des acceptations aveugles et des validations non fondées devenues l’apanage de nos sociétés contemporaines.

Né à Bruxelles et vivant à Anvers, le premier poursuit à travers la photographie, et plus particulièrement l’utilisation du Polaroïd, une véritable quête identitaire. Explorant ses propres origines comme les caractéristiques communes à tout «  étranger  », Charif Benhelima active tour à tour les notions de mémoire, d’effacement, de temps, d’espace ou de perception, invitant le spectateur à analyser, non pas seulement ce qu’il voit, mais ce qu’il devine et perçoit intuitivement. Pour sa part, Mohamed El Baz travaille entre Lille et Casablanca. Son identité double – l’artiste est né au Maroc – l’a très tôt incité à s’interroger sur les questions de frontières, d’appartenance, et sur tout ce qui participe à élever des barrières entre les hommes. Depuis une vingtaine d’années, il a entrepris de développer une sorte d’œuvre d’art «  totale  », chaque nouveau projet en assurant un peu plus la cohérence tout en proposant une vision donnée du monde et des « espaces de possibles ».

A Paris ou à Tanger, mounir fatmi a fait le choix d’aller à l’encontre de l’ordre établi en commençant par son nom et son prénom, dont il ôte les majuscules. S’inscrivant dans un processus de déconstruction des certitudes, il a érigé la remise en question constante de sa démarche. Ses cibles privilégiées sont le pouvoir et les extrémismes de toutes sortes. L’art, l’architecture, la religion et les traditions, mais aussi la politique, le langage et les médias sont parmi les thèmes explorés par son esprit critique. Au bout de la réflexion du plasticien  : des vidéos, installations, peintures ou sculptures qui mettent en exergue les ambiguïtés, les doutes et les désirs de la société contemporaine et proposent d’envisager le monde sous un angle inédit.

La curiosité, ici outil d’émancipation, la parole libre et l’exploration d’origines métissées sont les moteurs de cette exposition de groupe dont les propositions, si elles peuvent être déstabilisantes, sont dénuées de faux-semblants. Toutes participent à des démarches qui souhaitent éveiller les consciences et participer à l’émergence d’une société globale plus égalitaire.* «  Daba  » signifie «  maintenant  » en arabe.

Mohamed El Baz
Rien d’autre n’a eu lieu, peinture murale, photographies, bois, verre, Mohamed El Baz

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