Un été dans la capitale – Magique Paris

En été, Paris souffle un peu. Les terrasses s’épanouissent et les touristes ravis font le tour des monuments de la ville à l’air libre, juchés sur des bus à impériale. Paris, l’été, c’est moins de précipitation, moins d’attente et tout autant de propositions culturelles et artistiques que le reste de l’année. Voici donc venu le moment propice pour se jeter à corps perdu dans toutes les institutions consacrées à l’art contemporain. Pour tous ceux qui, habituellement, ne prennent pas le temps, voici un aperçu de la programmation estivale et exceptionnelle de la capitale.

Mueck ou l’obsession du vrai

La notoriété de l’Australien Ron Mueck – qui vit à Londres – ne cesse de croître. Sa dernière exposition à Mexico, en 2011, a attiré plus de 400 000 visiteurs. Ses monumentales œuvres hyperréalistes sont désormais présentes dans de nombreuses collections et musées du monde entier. A la Fondation Cartier, l’artiste dévoile, outre six œuvres récentes, trois sculptures réalisées spécialement pour l’occasion : deux adolescents dans la rue (Young Couple, 2013), une mère avec son bébé (Woman with Shopping, 2013) et un couple sur la plage (Couple Under an Umbrella, 2013). La précision des gestes, l’exactitude de la reconstitution des chairs, la souplesse de l’épiderme témoignent de «  l’obsession du vrai  » qui habite l’artiste. Les sources de ses étranges – et souvent gigantesques – créatures sont diverses  : images médiatiques, bandes dessinées, histoire de l’art, souvenirs, légendes… Ainsi, pour concevoir Youth (2009), représentant un jeune homme blessé à la poitrine, Ron Mueck dit avoir été influencé par un tableau du Caravage, L’Incrédulité de saint Thomas, dans lequel le saint touche du doigt la blessure du Christ. Après le succès de2005 à la Fondation Cartier, cette nouvelle exposition est la plus complète et la plus actuelle de la production de l’artiste. A noter qu’à l’issue de cet événement, In Bed (2005), la sculpture la plus monumentale de Ron Mueck (six mètres de longueur) représentant une femme dans un lit, entrera dans la collection de la Fondation Cartier.

Jusqu’au 27 octobre.

Questions d’image à Beaubourg

C’est la réponse de Paris à New York à un demi-siècle de distance. En 1970, le MoMA organisait l’exposition Photography into Sculpture (jusqu’au 5 août) pour mettre en évidence les liens entre les deux disciplines. Cet été, le Centre Pompidou s’interroge sur L’Image dans la sculpture. Comment la définir aujourd’hui ? Quels rapports entretient-elle avec les autres médiums  ? L’un des deux commisaires, l’artiste Navid Nuur, Iranien résidant à La Haye, est né six ans après l’exposition de New York. En collaboration avec Christine Macel, conservatrice au Mnam, il a conçu l’événement en s’inspirant librement des travaux sur l’iconologie de l’historien de l’art William John T. Mitchell, pionner des visual studies, pour qui l’image est «  une entité immatérielle, une apparence fantomatique, fantasmagorique mise à jour sur un support matériel  »L’Image dans la sculpture emprunte aussi à l’approche anthropologique d’un autre historien de l’art, l’Allemand Hans Belting qui inscrit l’image dans une relation au corps. Les œuvres de trois artistes invités – basés à Berlin et tous trentenaires – complètent le paysage imaginaire balisé par les piliers en mousse florale de Navid Nuur  : le mobilier hybridé d’images trouvées de la Danoise Nina Beier, les toiles de tente animées de vidéos performatives du Grec Yorgos Sapountzis et les télévisions «  naufragées  » du Néo-Zélandais Simon Denny. Au même moment, la Galerie des enfants du Centre Pompidou accueille Ta-Da  ! (jusqu’au 23 septembre), une exposition conçue également par David Nuur. Celle-ci réunit une vingtaine d’œuvres – baptisées «  interimodules  » – qui permettent au jeune public de vivre des expériences créatives.

Si Murano m’était conté

Vous voulez découvrir les secrets des maîtres verriers italiens  ? Le Musée Maillol vous révèle ce savoir-faire unique au monde, préservé depuis sept siècles. L’institution de la rue de Grenelle réunit quelque 200 chefs-d’œuvre des plus grands souffleurs vénitiens, de la Renaissance à nos jours. Techniques d’élaboration, couleur de la pâte de verre, évolution stylistique… En partenariat avec le musée du verre de Murano, le meilleur de l’art verrier transalpin est présenté, de la coupe nuptiale décorée d’émaux raffinés et miroirs audacieux de la Renaissance, à l’Art nouveau et aux objets du design. Sur les traces de Man Ray, Lucio Fontana, Jean Arp ou César, d’éminents artistes contemporains comme Jan Fabre et Jean-Michel Othoniel continuent de travailler avec les «  magiciens  » de Murano. Provenant des plus grands musées italiens et européens, mais aussi de collections privées, les chefs-d’œuvre présentés évoquent les splendeurs dont les premiers clients ont été les grandes familles et les cours européennes de la Renaissance, dont les Médicis. Côté jeunes artistes contemporains, une sélection de pièces récemment sorties des ateliers de Murano, a été également réunie  ; en fait partie l’intrigante installation de l’Espagnol Javier Pérez, où des corbeaux naturalisés semblent s’acharner sur un lustre de Murano brisé au sol.

Jusqu’au 28 juillet.

Nina Beier, photo Anders Sune Berg, courtesy Laura Bartlett gallery
The Demonstrators (Broken Rope), Nina Beier, 2011
Javier Pérez, photo Francesco Allegretto
Carrona, Javier Pérez, 2011
«  Mikado  » géant à La Villette

Hauteur : 21 mètres, soit deux fois la hauteur des folies pourpres de Bernard Tschumi. Poids  : entre 2 et 3 tonnes. Signes particuliers  : deux balcons aménagés pour permettre au public de visiter l’œuvre, le premier à 4 mètres (pour 70 personnes) et un second à 12 mètres (pour 19 personnes). La Collective Folie du Japonais Tadashi Kawamata est non seulement la première tour que l’artiste conçoit à Paris, mais également la plus haute qu’il ait jamais créée. Deux bonnes raisons d’aller flâner au Parc de la Villette cet été. Entamée mi-avril, la construction et la métamorphose de cette structure éphémère s’échelonnera jusqu’au 21 août. Principe  : le «  mikado  » géant, construit en bois – le matériau fétiche de Kawamata qui apprécie son côté éthique –, évoluera en fonction des propositions émises lors de 58 workshops, qui fonctionneront comme autant de réunions de chantier… Nombre de participants attendus – des étudiants, des lycéens, des habitants du quartier : près de 900  ! Pour Tadashi Kawamata, qui enseigne aux Beaux-Arts de Paris, l’essentiel réside en effet dans cette démarche participative, ainsi que dans le caractère éphémère de cette Collective Folie. Toujours «  inachevée  », l’installation sera en évolution jusqu’à sa disparition programmée. Une fois l’installation démontée, le bois sera donné à Emmaüs-Développement, basé en Gironde, pour contribuer à la mise en œuvre de logements sociaux.

Jusqu’au 25 août.

Design de vie

Les designers les plus avant-gardistes ont un terrain de prédilection : le vivant. Ils dupliquent ou extrapolent des mécanismes naturels pour innover et inventer. Ils font «  pousser  » des maisons, domestiquent des bactéries, coachent la nature, quand ils ne la piratent pas purement et simplement. Chercheuse et designer elle-même, la commissaire Carole Collet, qui enseigne au Central Saint Martins College of Arts and Design de Londres propose, à l’Espace Fondation EDF, un parcours passionnant dans l’univers de ces nouveaux alchimistes du vivant. De la nature plagiée, avec par exemple la nacre artificielle d’Emile De Visscher (Pearling, 2013) ou les textiles intelligents d’Elaine Ng Yan Ling (Techno Naturology, 2010), à la création domestiquée avec le cyber-jardin d’Ecologic Studio (Hortus.Paris  : The Machinic Harvest, 2013) ou l’imprimante d’algues présentée en exclusivité mondiale par Marin Sawa (Algaerium Bio-printer, 2013). Autres découvertes stupéfiantes proposées aux visiteurs  : des objets générés par des insectes, des champignons ou des bactéries, la dentelle-racine de Carole Collet (Biolace, 2010-12), les cellules bio-processeurs de David Benjamin (Bio Computation, 2013), le drone-méduse de Vincent Fournier (Robotic Jellyfish Drone, 2012), les chaussures de sport en peau synthétique de Shamees Aden (Amoeba Shoe, 2012) et les dessins vivants de Christian Kerrigan (When I Feel Like Nature May Give Up, 2013). Ebouriffant  !

Jusqu’au 1er septembre.

Tadashi Kawamata
Collective Folie, Tadashi Kawamata, 2013

Accès libre au 104

Trois œuvres d’artistes contemporains sont en accès libre cet été dans l’institution culturelle municipale du XIXe arrondissement, le Centquatre, espace de création, d’expérimentation et d’innovation. Le Labyrinthe (1969-2010) de Michelangelo Pistoletto est un espace fait de déplacement, de confusion et de peur, composé de carton ondulé. «  Une route sinueuse et imprévisible qui nous amène jusqu’à un espace de révélation, de connaissance  », explique l’artiste italien. Le miroir qui se situe à l’une des extrémités de l’œuvre en est la clé. Il représente «  la réflexion de la méditation  ». Notre image s’y reflète «  purifiée de toute difformité qui aurait pu se loger en notre âme  ». C’est lui qui permet de trouver la sortie du fameux labyrinthe… Pascale Marthine Tayou présente Mur ouvert  : «  Un mur, mais avec des ouvertures  », précise avec malice l’artiste en parlant de son œuvre constituée de câbles et d’enseignes lumineuses en néon ou électroluminescentes. Ce plasticien camerounais autodidacte est inspiré par le thème du voyage, sous toutes ses formes. Un voyage propice aux rencontres au-delà des différences, sources de richesse et de croissance pour l’humanité. Enfin, Connexions, d’Anne-Flore Cabanis, propose un parcours d’installations d’élastiques tendus qui créent des volumes dont la légèreté s’offre en contrepoint à l’architecture des lieux. Par un jeu de perspectives et de torsions, les élastiques convergent puis se dispersent, d’autres suivent un trajet parallèle jusqu’à rebondir sur une même surface et reprendre leur course. Les structures ouvrent la voie à la circulation des regards tout en invitant le spectateur à s’immiscer dans l’espace qu’elles dessinent.

Jusqu’au 4 août.

EcologicStudio, courtesy Espace Fondation EDF
Hortus.Paris : The Machinic Harvest, EcologicStudio, 2013
Pascale Marthine Tayou, photo Alain Eludut, courtesy galleria Continua
Mur ouvert (détail), Pascale Marthine Tayou

Icones et pharaons

Cette exposition proposée par l’Institut du Monde arabe est née de la volonté des deux commissaires, Sam Bardaouil et Till Fellrath, d’interroger et de contester les méthodes de présentation des œuvres d’art. Elle invite le public à réfléchir à la décontextualisation que subissent les objets déplacés à travers le temps et l’espace. Dans ce but, de nombreux va-et-vient entre culture ancienne et contemporaine sont proposés  : de Ptolémée à Giacometti, de Van Dongen aux polychromies égyptiennes, avec un détour par Gilbert & George. Le Théorème de Néfertiti pourrait se formuler ainsi  : tout objet offert au regard (dans un musée, une galerie, etc.) voit son statut changer et devient objet d’art, voire icône… L’urinoir de Marcel Duchamp n’est pas loin. Le parcours proposé au visiteur de l’exposition comporte trois parties consacrées à l’artiste, au musée, puis au public. Centrée sur l’Egypte, la manifestation présente des pièces des époques pharaonique, copte, islamique et de nombreuses œuvres modernes réalisées notamment par Daumier, Klee, Arman, Modigliani. A noter  : la présence de nombreux artistes contemporains comme Ghada Amer, Gilbert & George, Iman Issa, Emily Jacir, William Kentridge, Little Varsovie (Balint Havas et Andras Galik), Maha Maamoun, Vik Muniz, Youssef Nabil et Ai Weiwei.

Jusqu’au 8 septembre.

Vik Muniz
Tupperware Sarcophagus, Object (Relicario), Vik Muniz, 2010
Vive les vacances  !

Evoquant la puissance du rêve et du désir, la liberté et la créativité, l’écrivain Camille Laurens a utilisé cette belle expression  : « …comme un enfant qui voudrait faire tenir la mer dans un verre ». La compagnie de danse Vendaval en a fait le titre d’un récent ballet. Et les artistes – Gaëlle Le Guillou, Isabelle Pons, Eric Hibelot, Paty Vilo, Virginie Rochetti et Anne-Valérie Dupond (du groupe Fiber Art Fever) – qui animent cette exposition en font également leur leitmotiv. Puisque tout va mal, contre la morosité ambiante, ils hissent haut le pavillon de l’insouciance, de la joie et… des vacances. Bonne humeur de rigueur, donc. Ici, à la galerie Collection des Ateliers d’art de France, flotte l’esprit des boutiques de stations balnéaires ! Tandis que Gaëlle Le Guillou exhibe sa Gisante en Fleurs (2012) en faïence émaillée, Isabelle Pons expose une série de Souvenirs du Pôle Emploi, sous forme de figurines dédiées à la sainte patronne de cette institution, Notre Dame du Pôle Emploi. Le céramiste Eric Hibelot propose des bouquets champêtres en céramique… dont certains en état de décomposition ! Symboles du temps libre avec la fameuse cocotte, des Origamis (en porcelaine ceux-là) illustrent l’attente d’un futur plus radieux. Le groupe d’artistes textiles Fiber Art Fever est représenté par trois de ses membres. Anne-Valérie Dupond rend hommage aux pin-up des années 1950, éternellement pulpeuses, mais désormais usées et ravaudées. La scénographe-plasticienne Virginie Rochetti, spécialiste de la broderie numérique, dénonce consommation et publicité en empruntant à l’imagerie médiévale, en écho à la Tapisserie de Bagnolet. Enfin, Paty Vilo, prosélyte de la «  Slow Attitude  » et connue pour ses installations au crochet, propose des tapis-flaques de couleur, ponctués d’éléments en peluche. Une invitation à délaisser l’hypertechnologie pour revenir à la simplicité.

Jusqu’au 14 septembre.

Eric Hibelot
Bidons-Bidons, Eric Hibelot

Il était une fois, le Sound System

Cet été, la Gaîté Lyrique « montre » le son, pour mettre en lumière une facette méconnue de l’underground musical, social et artistique : le Sound System. L’apparition de cette drôle de boîte à musique portative remonte (déjà !) à six décennies. L’exposition se propose de suivre un fil d’Ariane qui conduit des ghettos de la Jamaïque à l’art contemporain, en passant en revue les multiples apports du phénomène à la culture contemporaine (DJ, MC, remix…). L’exposition, foisonnante et originale, décline installations, photos, vidéos, expériences sonores et concerts inédits. Un constat  : le Sound System a été et reste encore aujourd’hui un formidable haut-parleur artistique, musical et, parfois, politique. Préalable indispensable, l’exposition propose une plongée sonore et visuelle dans la culture underground, de la musique du club berlinois Berghain aux posters dancehall du Jamaïcain Denzil « Sassa » Naar et aux flyers du pionnier du rap, Buddy Esquire. Tandis que les photos de la Canadienne Beth Lesser illustrent avec force le foisonnement sonore des bas-fonds de Kingston au début des années 1980, l’exposition rend un hommage inédit à un artiste jusqu’ici peu connu en Europe, Wilfred Limonious, décédé en 1999. Puis vinrent le Bronx (et l’invention du rap par un certain Kool Herc, Jamaïcain émigré à New York) et les block-parties, berceaux du mouvement hip hop… Le dernier espace, celui des expérimentations sonores et visuelles, amène son lot de surprises avec, notamment, le concept du «  son  » utilisé comme arme. Pendant toute la durée de Say Watt ?, de nombreuses animations (projets des étudiants des Gobelins, concerts, conférences, thés dancehall) sont au programme.

Jusqu’au 25 août.Retrouvez cet article et quelque 300 événements estivaux d’art contemporain, sélectionnés par notre rédaction en France et en Europe, dans le numéro spécial Eté 2013 de l’e-magazine pour tablettes numériques ArtsHebdo|Médias. Téléchargez à cet effet gratuitement notre application sur l’Appstore ou sur Google Play.

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