Jephan de Villiers à Paris – Heureuses retrouvailles

Jephan de Villiers, courtesy galerie Béatrice Soulié

Après une trop longue absence, Jephan de Villiers est de retour à Paris  ! A l’occasion du festival Art Saint-Germain-des-Prés – qui s’est tenu du 28 au 31 mai –, le petit peuple de l’Arbonie a retrouvé pour quelques semaines les cimaises de la galerie Béatrice Soulié. Voyage au pays des hommes qui poussent comme des fleurs.

Jephan de Villiers était un enfant solitaire. En ce début des années 1950, il vit chez sa grand-mère au Chesnay, non loin du bois des Fonds-Maréchaux, où il découvre la compagnie des livres et des arbres. «  Je n’avais pour amis que les marronniers du jardin à qui je faisais des signes. Ils me répondaient quand il y avait du vent.  »* Le garçon n’aura pas «  une vie comme les autres  ». Il le sait déjà. Après quelques pérégrinations qui le mènent des études de philosophie à un engagement militaire de vingt-huit mois, Jephan de Villiers découvre son appétit pour la sculpture. Un projet conforté par la reconstitution de l’atelier de Constantin Brancusi au Musée d’art moderne de la Ville de Paris. Le jeune artiste privilégie alors le plâtre, n’ayant «  pas les moyens de faire couler des œuvres en bronze.  »

Après une escale londonienne qui dure plusieurs années, c’est à quelques kilomètres au sud-est de Bruxelles que sa démarche artistique prend un tournant décisif. Jephan de Villiers découvre la forêt de Soignes, ramasse quelques bouts de bois, prémisses d’une civilisation imaginaire qui ne tarde pas à voir le jour. Entre le plasticien et la forêt qui l’entoure, l’histoire d’amour peut continuer. « Il ne s’agit pas de faire ma collecte, mais d’être disponible à ce qui passe, à ce qui tombe, précise-t-il. Les arbres me donnent tout, la terre me donne tout. Si j’ouvre la porte, des objets entrent, poussés par le vent. J’aime ces instants invraisemblables qu’il faut saisir.  » La forêt, il s’y installe et, très vite, les bouts de bois deviennent des bois-corps, une étrange tribu sans racines. L’Arbonie ne dit rien. Elle est. «  Une œuvre d’art c’est cela, ça ne raconte pas une histoire et ça n’illustre pas. C’est un objet posé dans l’espace réel qui laisse sans voix, bouscule quelque chose en nous, au moment de la rencontre. Et pour laisser une chance à cette chose d’arriver, il faut éviter cette dimension narrative ou littéraire. Pendant toutes ces années, Jephan de Villiers est sans doute un des seuls de sa génération et de ces univers singuliers à avoir réussi à préserver l’œuvre de toute histoire  », explique l’historienne de l’art Charlotte Waligòra.

* Citation extraite d’un entretien accordé par l’artiste à ArtsHebdo|Médias en 2009.

Jephan de Villiers, courtesy galerie Béatrice Soulié
Voyage en Arbonie, Jephan de Villiers
Jephan de Villiers, courtesy galerie Béatrice Soulié
Assemblage signé Jephan de Villiers, Jephan de Villiers

Tout un monde donc, hors du temps et se déployant dans l’espace. «  Ces personnages sont comme une écriture propre, précise Béatrice Soulié qui représente l’artiste depuis plus de vingt ans. Leurs formes évoluent constamment, leur présentation aussi. On les retrouve sortant de terre, installés dans des boîtes, parfois entourés de champignons. Il leur arrive même d’être un peu abstraits.  » La galeriste ne considère pas le travail de son artiste fétiche en tant que sculpture, mais préfère parler d’assemblage. «  La sculpture est un modelé, qui en général ne me touche pas beaucoup. L’assemblage, c’est autre chose. C’est récupérer des matériaux, se pencher sur un objet, le prendre dans sa main. On décide ensuite s’il est possible de l’intégrer à une œuvre, c’est à ce moment-là qu’on l’acquiert.  »

Question technique, le processus de création paraît simple. L’artiste rassemble ses bois-corps et les coiffe d’une tête conçue à partir d’un mélange de résine et de terre blanche. Les yeux prennent forme grâce à un petit couteau et le nez est sculpté par les doigts de Jephan de Villiers. Certains élus ont même des plumes cachées derrière le dos  ; des anges… peut-être  ! Les ours qui les accompagnent depuis quelques années sont quant à eux issus d’un mélange de terre et bois. Depuis que le plasticien dispose d’un atelier à Mirambeau en Charente-Maritime, des capsules de raie ont envahi certaines pièces. Passerelle jetée entre mer et forêt. Pour cette exposition, comme pour les précédentes, l’accrochage est quasiment instinctif. «  L’émotion est mon seul critère, avoue Béatrice Soulié. Je ne me pose qu’une seule question  : ai-je envie d’accrocher cette œuvre chez moi  ? C’est valable pour tous mes artistes.  »

Jephan de Villiers, courtesy galerie Béatrice Soulié
Assemblage signé Jephan de Villiers

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