Eudes Menichetti – Sans humour, point de salut !

La galerie Maïa Muller accueille jusqu’au 28 octobre, à Paris, les nouveaux dessins d’Eudes Menichetti. De séduisants Fantômes baroques.

«  Je reprends la natation, c’est bon pour les genoux.  » Sur la page d’accueil de son site Internet, Eudes Menichetti apparaît en costume, tête délibérément disproportionnée au regard de ses minuscules pieds enfermés dans des chaussures de ville noires. Visage sévère et doigt pointé vers le ciel, il énonce quelques constats et certitudes, de bonnes résolutions aussi. «  Demain, je me rase  », nous annonce-t-il. Ça tombe bien, dans 24 heures, il inaugure une nouvelle exposition à la galerie Maïa Muller. C’est au milieu d’amis qu’on le retrouve en train de plaisanter. Sourire de mise et visage imberbe, il a tenu parole  ! Impossible d’attendre de lui qu’il se prenne au sérieux. Ce «  défaitiste désabusé  » utilise sans compter humour et dérision contre la bêtise du monde et la trop grande curiosité d’autrui. A l’écouter, rien de spécial. Juste quelques coups de crayon supplémentaires. Trois fois rien. Au mur, c’est une autre histoire. L’œil encore habité par les reflets séduisants des tableaux métalliques, pièces privilégiées par l’artiste ces deux dernières années, s’abandonne à la contemplation des Fantômes baroques, titre de l’événement. Si les dessins à l’encre de Chine nous replongent avec joie et frissons dans l’iconographie originale d’Eudes Menichetti, emplie de personnages inquiétants, écorchés et hybrides à la fois, ceux à la pierre grasse, poétiques à souhait, évoquent l’univers onirique de contes fantastiques. Tête d’homme qui laisse échapper rêves et cauchemars, esprit de la forêt qui se matérialise au creux d’un arbre mort, Dark 1 et 3 libèrent l’imaginaire à l’instar d’un songe. L’utilisation de la pyrogravure sur le papier donne un subtil relief aux compositions. En majesté, un personnage tout droit sorti du panthéon de l’artiste focalise l’attention. Avec une extrême minutie et force patience, ce dernier a réalisé sur bois un spectaculaire Janus sautant par dessus la corde du temps. La jeunesse des traits du premier visage se heurte à la maturité de ceux du second. Dans cette atmosphère Renaissance, le fond de l’œuvre vient rappeler que même les questions les plus existentielles doivent être modérées. L’artiste y a camouflé des visages, icônes de son œuvre, comme ceux du Che ou de James Bond. Toujours facétieux  !

Eudes Menichetti
Corde, Eudes Menichetti, 2011

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