Priscilla Bracks – Mosaïste numérique

Le décor est rose bonbon, d’un jaune éblouissant ou d’un bleu céleste. Au premier plan évolue une jolie poupée mannequin à la plastique aussi célèbre que parfaite, qui nous replongerait dans nos souvenirs d’enfance si elle n’était harnachée de cartouchières abondamment remplies ou occupée, le sourire figé aux lèvres, à déclencher une quelconque explosion… Ces images extraites de la série Making the Empire Cross (2002) sont caractéristiques du travail de Priscilla Bracks. Empruntant au Pop art comme à l’univers de la BD et du jouet, l’artiste australienne a façonné au fil des ans un univers singulier, faussement naïf et résolument inscrit dans notre actualité sociale et politique. Entremêlant avec aisance photographie, illustration et multimédia, elle s’approprie l’imagerie et les croyances populaires pour revisiter et réinterpréter l’histoire à sa guise et avec force humour. Cherry Wang, clone blond aux yeux bleus de l’une des poupées les plus vendues au monde, fait partie de ses personnages récurrents. Campés sur des fonds illustrés aux couleurs vives et déroutantes, évoquant tour à tour des références mythologiques, religieuses, littéraires ou issues de l’univers du divertissement, ils se jouent de notre imaginaire et sèment le trouble dans notre appréhension des sujets graves de notre époque. Chacun est un héros, surgi de sa bulle pour rejoindre le fil d’une histoire commune à l’issue encore incertaine et découpée en multiples scénettes à la manière d’une bande dessinée.

Priscilla Bracks s’est tournée vers une carrière d’artiste – elle est titulaire d’un diplôme de photographe – après avoir suivi des études de droit. Elle se penche principalement sur l’observation des interactions entre la nature humaine, la justice sociale, les médias et les grandes thématiques politiques et environnementales. Ses images acidulées et provocatrices illustrent ses analyses parfois acerbes, souvent ironiques. Dans ses œuvres récentes, l’artiste passe de la figuration à l’abstraction et reprend des recherches initiées à ses débuts sur les motifs géométriques, qui s’appuient sur les effets d’optique engendrés par la superposition de deux prises de vue. « J’ai toujours été intriguée par le fait que l’art sacré, dans nombre de cultures différentes, utilise les dessins géométriques. Motifs récurrents du Tibet au Moyen-Orient, que l’on retrouve même en Irlande  ! » De ses voyages, elle ramène de nouvelles figures et des objets, aussi, qu’elle associe ensuite en un joyeux ballet avant de laisser la magie de l’image et du numérique opérer. Parmi les matières utilisées, le verre retient plus particulièrement ses faveurs, notamment celui ramassé en bord de mer. Léché par les vagues et travaillé par le sel, il constitue un élément clé de ses travaux. «  Quelques-unes de mes œuvres contiennent des morceaux trouvés sur une plage de l’Ile de Vancouver, il y a plus de dix ans  ». De «  véritables petits trésors  » dont elle utilise couleurs et formes en un savant jeu de miroirs, s’inspirant des effets du kaléidoscope qui la fascinent : «  Chaque tour produit une image nouvelle. Même magnifique, elle est rapidement oubliée tant la suivante est encore plus éblouissante  !  »

Parmi ses multiples projets, Priscilla Bracks signale son déplacement prochain au 17e International Symposium of Electronic Art, un festival international des arts numériques et électroniques, qui se tient cette année du 14 au 21 septembre à Istanbul, en Turquie. Elle compte bien y assouvir sa passion pour les nouvelles technologies tout en s’imprégnant des motifs typiques et ancestraux des céramistes locaux.

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