Palais Lumière d’Evian – L’échappée belle de l’eau

Courtesy Fondazione Sandretto Re Rebaudengo

Avec l’exposition H2O au Palais Lumière, la ville d’Evian nous invite à une balade au fil de l’eau. Vingt-deux artistes issus de la collection d’art contemporain de la Fondation italienne Sandretto Re Rebaudengo nous embarquent pour une croisière ludique où l’élément eau tout de sérénité le dispute à sa capacité de nuisance. A travers différents médias (sculpture, installation, vidéo, photographie, peinture), l’eau court, s’échappe et se transforme à sa guise  : vapeur et glace, gouttes et vagues, mouvement et inertie, surface et abysse, calme et tempête. C’est avec l’œuvre interactive de Stefano Arienti que nous entrons en contact avec l’élément  : dans le petit espace vert en face du Palais Lumière, on tire gaîment sur la chaîne qui libère l’eau provenant d’une douche réalisée avec des vaporisateurs pour l’irrigation et des robinets à boutons poussoirs. A l’intérieur de l’ancien établissement thermal – joyau de l’architecture des villes d’eaux du début du XXe siècle, sa façade exceptionnelle, fleuron du patrimoine, alterne pierre blanche et faïence jaune paille – l’eau fait l’objet de multiples interprétations et représentations. Les cils du bébé baleine donnent à la sculpture de Carsten Höller un aspect humain saisissant et embarquent notre imaginaire dans une histoire déroutante. Plus loin, Nobuko Tsuchiya transforme une table remplie d’objets étranges en un moyen de transport sous-marin digne d’un Pinocchio du XXIe siècle.
Courtesy Fondazione Sandretto Re Rebaudengo
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Mais les visions artistiques prennent parfois des accents plus dramatiques. Flavio Favelli met la mer en vitrine en exposant des coquillages d’espèces protégées  : une dénonciation de l’action destructrice de l’homme sur son environnement naturel. Les montages d’images de magazines, inquiétantes et poétiques, de Fiona Tan font monter, quant à elles, la tension  : la narration mène du calme à la tempête, du panorama à la dévastation et interroge sur la façon dont les médias façonnent notre conscience de la réalité. Plus romantiques, oniriques et apaisantes sont les photographies nocturnes d’Andrea Abati où, du littoral italien, il observe l’éternel va-et-vient de la mer et témoigne de la force de la nature dans des couleurs proches de paradis artificiels. Enfin, le clin d’œil de l’exposition tient à l’installation de Douglas Gordon  : un câble d’acier, suspendu à une hauteur raisonnable, avec en arrière-plan, une photographie des chutes du Niagara, nous rappelle le caractère fougueux et magique de l’eau – l’œuvre n’est d’ailleurs pas sans rappeler la comédie Niagara Falls de Douglas Gordon, homonyme de l’artiste… Au bord de ce précipice fictif et ambivalent, l’eau devient certes source de nos angoisses, mais rappelle, à l’image de cette exposition, l’ambiguïté de sa nature tantôt destructrice, tantôt source de vie, maudite ou bénie. Eau de Jouvence ou eau dormante où Narcisse se découvrit, du ruisseau à l’océan, l’eau ne nous raconte-t-elle pas l’infini  ?

Courtesy Fondazione Sandretto Re Rebaudengo
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