DeWain Valentine à Paris – Pièges à lumière

Superbe découverte au cœur du Marais parisien  : une exposition aux accents de rétrospective consacrée à DeWain Valentine. Pour la première fois en solo à l’Almine Rech gallery, l’artiste américain propose des sculptures aux formes géométriques et à la matière translucide. Les meilleures photos ne sauraient leur rendre hommage. Allez-y  !

Murs blancs, plafonds blancs, néons blancs. L’Almine Rech gallery est immaculée. A même le sol ou installées sur des socles, les sculptures de DeWain Valentine irradient. Triangle, rectangle, cercle, les formes utilisées par l’artiste sont géométriques et pleines. Ces extraordinaires figures de l’histoire millénaire de l’art surgissent sans laisser la moindre chance à nos yeux de se détourner. Comme aimantés par elles, ils parcourent lignes et courbes. Il n’est pas ici question de satisfaire à une stricte exigence mathématique, mais de faire naître des sensations. Loin de toute conscience, une irrésistible envie de s’approcher, de toucher, s’empare de l’extrémité de chacun de vos doigts. Les pièces sont lisses et translucides. En résine de polyester moulée, en plastique renforcé à la fibre de verre ou autre, peu importe. Elles agissent comme de merveilleux pièges à lumière. DeWain Valentine est un artiste américain né en 1936. Il expose pour la première fois en solo à la galerie et la seconde fois en Europe. Avec Robert Irwin, James Turrell et John McCracken, pour ne citer qu’eux, il compte parmi les représentants du mouvement artistique Light and Space, né en Californie, plus précisément à Los Angeles, dans les années 1960. «  Leur travail fut influencé par les caractéristiques du paysage atmosphérique de Los Angeles, évoqué par Clarence Thomas Urmy, un poète californien de la fin du XIXe siècle – “La mesure du temps et de l’espace/La profondeur des mers les plus profondes/La distance à l’étoile la plus éloignée”. Célèbres pour leurs surfaces éthérées, lumineuses, brillantes, leurs œuvres n’évoquent pas seulement les qualités “angelenas” de la lumière du soleil, filtrée par de vastes cieux brumeux, mais explorent également sans relâche la perception du spectateur et les propriétés des matières synthétiques industrielles non traditionnelles, qui devinrent disponibles à cette époque grâce au boom des industries aérospatiale et manufacturière dans l’après-guerre  », explique l’historien de l’art et commissaire de l’exposition Joachim Pissarro. Les visiteurs, impressionnés par cette beauté hiératique, entament une danse. D’une pièce à l’autre, un rituel se dessine jusqu’au rêve. L’espace se redéfinit et le temps se dilate. Lumière rime toujours avec mystère. Dans la salle principale, les sculptures sont accompagnées de deux peintures récentes. «  Bien qu’elles évoquent un langage minimaliste empreint de sensualité, elles sont néanmoins, elles aussi, illusionnistes dans la manière dont elles suggèrent une surface atmosphérique peinte et une ligne d’horizon rougeoyante, élaborées à partir de résine polymère acrylique. Le penchant de Valentine pour jouer avec de nouveaux matériaux synthétiques, lui permet de décliner une vaste gamme de phénomènes visuels et optiques, et de modifier ainsi, à son gré, la perception du spectateur  », précise encore Joachim Pissarro. Ce double horizon qui barre les nuages les fixe aussi sur le tableau. Ce phénomène rectiligne scotche d’un geste l’apparition céleste. « Si j’avais une scie magique, je découperais de gros morceaux de l’océan et du ciel et je dirais  : “Voici”  », a dit un jour DeWain Valentine. Difficile de ne pas croire qu’il a fini par l’obtenir.

DeWain Valentine, photo Rebecca Fanuele, courtesy of the Artist and Almine Rech Gallery, Paris/Brussels
Diamond Column, DeWain Valentine, 1975
DeWain Valentine, photo Rebecca Fanuele, courtesy of the Artist and Almine Rech Gallery, Paris/Brussels
Diamond Column, DeWain Valentine, 1975

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