François Réau – Saisir l’infinité de l’œuvre

François Reau

Entremêlant dessin, peinture et installation, François Réau puise son inspiration dans la nature et l’expérience du paysage, comme dans les processus de transformation qu’elle offre au quotidien. Il en résulte une œuvre qui témoigne, entre figuration et abstraction, d’un entre-deux subtil qui se déploie aux confins du visible et de l’invisible, convoquant tour à tour les thèmes de l’équilibre et du chaos, du permanent et de l’éphémère, de l’abandon et de l’avenir. L’artiste, qui vit et travaille à Paris, a été désigné Coup de cœur de l’édition 2016 du Salon DDessin, qui se tiendra du 1er au 3 avril prochain à l’Atelier Richelieu, dans le IIe arrondissement parisien. Il y déploiera une œuvre immersive spécifiquement conçue pour l’occasion, qui alliera dessin et installation. En avant-propos, ArtsHebdoMédias vous propose de suivre le fil de sa pensée au rythme d’un Jeu des mots.

Enfance

« Le travail artistique, c’est en quelque sorte la recherche des racines, de l’origine, de l’existence. Mes idées, mes atmosphères en sont la genèse ; elles s’inspirent aussi de l’enfance, que l’on cherche toujours à revoir, d’une certaine façon. Il y a peut-être aussi la nostalgie d’une grande liberté, qui serait celle d’une enfance perdue. En référence à un monde disparu. Quand j’étais petit, je sentais bien que je faisais partie de ce monde silencieux. En Aveyron, où j’allais enfant, c’était très fort comme sentiment ; je passais beaucoup de temps dehors. Plus tard, j’ai eu la sensation qu’il me manquait quelque chose qui n’appartenait pas au quotidien. Ce monde du silence, c’est dans la nature et dans l’atelier que je le retrouve le mieux. A travers la nature, les paysages et tous ces espaces, je cherche aussi à retrouver un contact extrêmement riche avec l’inconnu, comme c’est le cas lorsqu’on est enfant. »

Paysage

FRANCOIS REAU
François Réau, lors du Festival VRRRR au Musée d’art de Toulon en novembre 2015.

« Je note que le paysage est toujours, d’une certaine manière, l’expression du manque, car l’espace du paysage, c’est l’espace même de notre propre désir. Il est comme un système d’échos qui renvoie des émotions. Je prends par ailleurs comme source d’inspiration et de réflexion l’expérience du paysage, et ses processus de transformation, de façon à questionner des thèmes éternels, comme la conquête ou la fragilité humaine. J’ai toujours été très intéressé par les questions qui y sont liées. Il y a là une référence directe à l’espace, dans la mesure où le paysage est la projection d’un rêve intérieur. S’y intéresser permet aussi de mêler les échelles du corps à celles du monde. Cela induit plusieurs questions, la notion d’espace entre les hommes ou encore celle de la distance entre les choses et nous. Comment créer des liens ou, au contraire, de l’éloignement ? Il y a aussi quelque chose qui renvoie au mystère de l’espace : très vite, l’espace est inconnu et son immensité peut nous effrayer. Les évolutions scientifiques tendent sans doute à prouver que l’homme maîtrise de mieux en mieux l’espace, pourtant, l’expérience personnelle que chacun de nous peut en avoir reste ouverte à une forme d’inquiétude : nous sommes profondément vulnérable ; et l’expérience spatiale du paysage nous le rappelle. Enfin, le paysage pose la question de notre corps et de la manière dont il se place. On fait corps avec la terre. Il y a un enracinement, une manière de se poser sur le sol qui est importante. On s’enfouit, on disparaît, d’une certaine façon, quand on est devant un paysage, car nous sommes au bord du champ visuel et non pas à l’intérieur. C’est donc une manière de devenir intégralement le regard que l’on essaye d’être. »

Matière

FRANCOIS REAU
Installation présentée lors de Lille Renaissance, au Musée du château de Flers, François Réau, 2015.

« La matière comme support d’information est une question qu’on peut se poser. Et le papier en est un, qui diffuse et stocke de l’information. Dans mes dessins à la mine ou au graphite, j’inscris quelque chose, une matérialité dans le papier, à l’intérieur des fibres. Le contraste lumineux, la mathématique des sensations avec les dimensions du format du papier, la taille des suspensions au sol, tout cela enveloppe le spectateur qui est acteur d’une expérience sensorielle et psychique, d’un dessin devenu champ mental. A toute surface, on rêve de profondeur. »

Installation

« Il s’agit souvent d’un projet global, qui mêle différents médiums dans une scénographie adaptable au lieu d’exposition. Une installation place chacun d’entre nous au centre d’une expérience sensorielle (physique et visuelle) ; de par sa place centrale dans l’espace d’exposition, elle sert à la fois de véhicule conscient et inconscient et de ligne directrice à la circulation dans l’espace. Lorsque je crée une installation, je cherche à ce qu’elle agisse comme un repère visuel et qu’elle interroge l’orientation et le temps. Afin de donner à ce dernier une consistance et une matérialité inaccessible autrement. Cela devient ainsi le théâtre d’une scène mentale, que je vais (re)construire en m’inspirant de ma propre perception des éléments. Le dispositif plastique tisse alors des liens entre rêve et réalité ; le paysage, comme souvent j’ai pu le travailler, n’en est plus vraiment le sujet. J’espère ainsi que l’ensemble devienne l’instrument d’une métaphore poétique, offrant au regard un potentiel réenchantement. »

Visage

« Le visage est un miroir. Cela m’évoque Narcisse. Comme creuser quelque chose à travers le visage, creuser quelque chose dans le monde. Réciproquement, le paysage est un visage, une sorte de personnage principal. On peut se perdre dans un visage, comme on se perd dans un paysage. Enfin, il peut se vivre aussi comme une méditation sur le paysage. »

Dessin

FRANCOIS REAU
Untitled II, François Réau, 2014.

« C’est un moyen très simple que tout le monde peut identifier. Il y a un lien direct avec cette pratique, car tout le monde a dessiné dans son enfance ; c’est quelque chose qui relie, d’une certaine façon, l’humanité. Pour moi, c’est de la pensée en mouvement, avec la particularité d’être en perpétuel devenir. “Faire, défaire, refaire” était la définition que donnait Giacometti du dessin au travail. Cela fait également écho à cette idée de l’œuvre infinie, ce qui lui confère la possibilité d’être un espace et un temps d’expérience de pensée visuelle, en transformation constante. Actuellement, toute une partie de mon travail explore cette pratique, jusqu’à en pousser les limites ; en termes de format, notamment, pour proposer des pièces de très grandes dimensions, qui deviennent immersives. Il s’agit par ailleurs de questionner les limites des matériaux que je vais employer. Je dessine ainsi parfois avec un scalpel – ce fut le cas pour l’installation Untitled en 2014 –, avec des fils de laine et de soie suspendus dans l’espace, ou encore avec des néons. »

Verticalité

FRANCOIS REAU
Eclipse, François Réau.

« La nature nous offre déjà une structure environnante ; elle est notre premier langage, car l’on se réverbère dedans. Lorsqu’on est devant une surface plane, tel l’océan, ce ne sont pas les mêmes choses qui résonnent en nous que face à une montagne et à sa verticalité. C’est la part de vide qui est en nous qui nous met en mouvement. Dans mon travail, je cherche souvent à intégrer cette notion de verticalité ; on la retrouve par exemple dans Eclipse : dans ce chaos, ce paysage où les arbres cherchent d’une certaine façon à rejoindre le ciel. Elle est également présente dans l’installation Renaissance, avec ses milliers de cierges. »

Temps

« Pour repenser le monde, il faut inventer de nouvelles formes. C’est aussi en repensant le monde que l’on peut se projeter dans l’avenir. J’aborde la nature, une partie de ses procédés de formation, pour traiter des questions qui lui sont indissociables, telles celles du permanent et de l’éphémère, de l’abandon et de l’avenir. J’aime réaliser des pièces qui sont comme des sortes de memento mori et convoquent des thèmes essentiels, comme la dissolution et ses questions liées à la renaissance et au temps cyclique. »

Lumière

FRANCOIS REAU
Sans titre (apparition), François Réau, 2013.

« La lumière renvoie à la caverne, à l’origine, à Platon. Le noir est la couleur qui induit un degré d’abstraction supérieur à toutes les autres couleurs dans la nature. Avec le noir de la mine de plomb, je crée des brillances qui vont, pour ainsi dire, fabriquer des dessins de lumière. C’est elle encore qui décompose, anime la surface du papier et du dessin en créant des valeurs différentes. Une lumière transformée, transmutée. »

Liberté

« Lorsque l’on se pose la question de la liberté, il faut aussi aborder celle du retour sur soi et de la croyance en soi-même. De ce pouvoir, qui nous appartient, de créer du sens. Par exemple, le Mont Blanc ne constitue pas un obstacle si je n’ai pas l’intention d’en faire l’ascension ; il est alors un objet de contemplation, ou indifférent. Autrement dit, c’est moi qui donne une signification aux objets. Il faut connaître notre pouvoir de liberté et de libération. »

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