Nora Douady – Les lumières de l’invisible

Nora Douady courtesy galerie Felli

La galerie Felli présente actuellement une exposition de paysages récents (2007-2010) de Nora Douady, peintre née en 1964 à Paris, qui acheva sa formation aux Beaux-Arts sous l’égide de Pierre Carron, Leonardo Cremonini et Henri Cueco. Le travail pictural de Nora Douady est époustouflant. Observé de près, il résulte de toutes les façons d’appliquer et d’utiliser la peinture sur un même champ  : projections, travail au pinceau, coulées, transparences, «  tachisme  » délicat. De ses fonds, aux apparences aquarellées, jaillissent ses lumières issues d’une application subtile de couleurs vives, attractives, réparties aux abords des zones de ciel qui traversent le tableau pour illuminer et modeler les végétaux. L’artiste nous confiait  : «  Je travaille sur la répulsion de l’huile et de l’eau qui créent naturellement des matières vivantes. Ces matières, on ne peut pas les produire au pinceau. Quand on laisse la peinture se répandre au hasard, elle peut reproduire d’elle-même, par exemple, un lichen qu’il serait impossible de rendre aussi vraisemblable avec un pinceau.  » Elle crée en peinture par effet de transparences, par le hasard de ces coulées «  maîtrisées  », la substance même de ce qui est alors l’objet de son choix  ; l’eau de Splach (2007), ou par une matière plus dense, la dureté de la pierre de Roches (2009). Alchimie qui la situe sur une quête d’équilibre à atteindre particulièrement sensible.

Nora Douady courtesy galerie Felli
La Forêt enchantée, (30 X 57 cm)., Nora Douady, Année

Elle travaille souvent au sol, à l’intérieur ou à l’extérieur. Certaines œuvres sont ainsi réalisées d’après nature, d’autres sont imaginaires. Lorsqu’elle travaille à l’extérieur, Nora Douady désire «  capter la lumière  ». Le point de rencontre entre ces lumières qui jaillissent des arrière-plans et le regard du spectateur, c’est le tableau  : premier plan qui ne cesse de s’étendre et de fonder l’espace. Ses paysages virtuoses se concentrent sur des «  détails  » naturels  : feuillages (Lumière et vent dans les feuilles, 2008) reproduits tels qu’ils sont vus à échelle humaine  : d’en bas. Autrement et vus de face, de près ou de loin  : des arbres et fragments de troncs, le cœur silencieux et profond de forêts où les entrelacs des branches et des racines, la présence à peine perceptible d’un papillon, rappellent d’autres formes de vies.

Lorsqu’elle imagine le paysage, la peinture se situe à la limite d’une «  abstraction  » fantastique qui se défait simultanément, car la

vision proposée par la peintre combine deux efforts dont l’association relève d’un tour de force vertigineux  ; celui de la reproduction mimétique et celui d’un approfondissement microscopique ramené à la possibilité d’une vision à l’œil nu. Partant de ce que l’on voit naturellement – ses cadrages seraient ceux de notre propre vue – elle ramène l’invisible et ce qui est de l’ordre de l’imperceptible, au visible. Tout, dans son travail, concourt à densifier comme une finalité poétique, et le sujet et la peinture. C’est ainsi qu’en l’espace d’une toile, la nature prend corps et s’éveille, animée par des vents, quelques souffles qu’elle a le don de rendre palpables.

En 2007, Leonardo Cremonini avait défini la démarche de Nora Douady  : «  La quête du visible, aussi intense que celle du hasard et de ses tâches, lui permet de rendre de plus en plus émerveillée notre perception du monde dans l’interrogation irrationnelle plutôt que dans sa mémoire.  » Le texte est en exergue du catalogue édité à cette occasion. Jean-Marie Felli expliquait, le soir du vernissage, à propos de l’artiste  : «  On voit qu’elle s’«  amuse  ». Peindre est une vraie jouissance ou plutôt réjouissance pour elle. Dans sa peinture, ça virevolte. A travers ses matières, on voit qu’il y a un réel plaisir de peindre.  » En écho, et sans le savoir, l’artiste venait d’indiquer, pour répondre à la constatation de cette extraordinaire diversité qu’offre à voir chacune de ses compositions  : «  Il faut aussi, ne pas s’ennuyer quand on peint.  » On imagine fort bien que l’acte de peindre lui réserve toujours, œuvre par œuvre, autant de surprises que d’enchantements, et c’est ce plaisir que transmettra aux regardeurs et visiteurs de la galerie, la peinture de Nora Douady.

Nora Douady courtesy galerie Felli
Lumière & vent dans les feuilles, (130 X 130 cm), 2008

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