Jan Fabre – La fontaine mythique de Vénus

Dans le cadre du partenariat renouvelé avec la quatrième édition du Salon du dessin contemporain « Paris, capitale du dessin 2010 », la Fondation Rustin et la galerie 24 Beaubourg présentent un ensemble de quarante et un dessins à l’encre de chine sur papier de l’artiste belge Jan Fabre datés de 1979. Le dessin a toujours précédé les créations/fabrications de l’artiste flamand. La série The fountain of the world sera présentée ici pour la première fois en France dans son intégralité. Jan Fabre s’y présente tel qu’il n’a cessé de l’être : « Je ne veux pas pleurer comme tu pleures. Je n’ai pas besoin de mère. J’ai une épouse et mon épouse, c’est la vie. » Voilà, peut-être, ce qu’il faut retenir et entendre pour parcourir, découvrir enfin l’œuvre de cet époux vorace de l’existence.

Ces dessins, formant une œuvre originelle à part entière – Jan Fabre avait 21 ans –, furent publiés en 1999. Soit vingt ans après leur création. Et c’est avant tout la violence de Jan Fabre brute et sans relâche, qui émergeait alors – déjà – du papier, à une époque où l’artiste débutait. Cette violence est restée intacte. Les dessins nous renvoient à ces hurlements sans retour. La violence de Fabre se fait œuvre d’art. Elle insiste sur la conscience d’être une vie qui s’affirme par l’écoulement des liquides organiques. Jan Fabre écrivait dans L’histoire des larmes  : « Mon corps en pleurs est mon interlocuteur le plus puissant et le plus fidèle. »

The fountain of the world révèle aussi la « visitation » par Jan Fabre d’un motif – le sexe féminin – qui depuis L’Origine du monde de Gustave Courbet a ponctuellement été représenté dans l’art occidental contemporain (Egon Schiele, Hans Bellmer et Jean Rustin). Mais de Courbet à Fabre, en passant par Rustin, nous sommes invités à passer de la « belle endormie » à un éveil prodigieux, ponctué de textes en flamand, de clowns surgissant, de masques et de rires inscrits. « Rirais-je un jour ? » écrit-il encore… « Je suis le chevalier du désespoir. Je ne sors pas d’un ventre, je sors de l’imagination. Et l’imagination est un lien privilégié entre l’âme et le corps. »

Mythification de l’alcôve de Vénus ? – car c’est Elle qui mène la danse – L’« homo Faber », insistait dès 1979 sur les fluides en jaillissement qui n’ont eu de cesse de s’écouler lorsqu’il s’agit d’appréhender le corps dans son œuvre qualifiée de « polymorphe » ; Dessins aux larmes (2007), et plus récemment encore gouttes et flots de sang débordant de ses propres icônes revisitées (Louvre, 2008). Au théâtre, Fabre titre ses créations L’histoire des larmes et Je suis sang.Jan Fabre

L’inutilement controversé Jan Fabre réapparaît ici en « guerrier de la beauté » et la série The fountain of the world donne à revoir 30 ans après sa création, les insistances de l’artiste qui, à travers la chorégraphie, le théâtre, la performance, la sculpture et les installations, n’a eu de cesse d’explorer, de sonder et d’interroger, voire de bousculer le Vivant « hurlé » par la permanence des fluides.

Entomologiste de notre espèce aussi, l’artiste ne s’est jamais satisfait de la plus stricte « représentation de »… Henry de Montherlant avait avoué avoir « tremblé de l’envie de détruire… car ce qu’on fait juter d’un homme est de l’humeur et non du sang ». L’affirmation est là car Fabre poétise, transfigure, arrache au visible et à la vie organique féminine ses sensations les plus secrètes et indicibles. La mise en relation et la proximité de la série The fountain of the world de Jan Fabre avec l’œuvre de Jean Rustin, chez qui le sexe féminin a toujours été la partie charnelle la plus vivante, permettent de redécouvrir un ensemble grivoisement chargé de fabrioles où l’artiste anversois livre à la plume ce qui dans son œuvre est resté crucial, impérieux. Et ce qui pour l’homme, peut-être, redevient primal.

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