« OnArchitecture » à Paris – La spatialité du silence

Pour sa deuxième exposition, la Solo Galerie poursuit son exploration du domaine architectural en présentant quinze vidéos estampillées OnArchitecture. Cette importante plateforme numérique, créée par les architectes chiliens Felipe de Ferrari et Diego Grass en 2007, offre un panorama mondial des problématiques liées à l’architecture contemporaine. Quelque 150 interviews, filmées d’architectes, d’artistes et de curateurs, ainsi que 300 « portraits » de bâtiments sont actuellement accessibles par abonnement. Pour vous faire une idée de ce travail titanesque et éclairant, un petit tour par le IIIe arrondissement de Paris s’impose.

OnArchitecture, photo MLD courtesy Solo Galerie
Vidéo consacrée à Jesko Fezer, OnArchitecture.

Sur les très stylés téléviseurs SERIF, imaginés par les frères Bouroullec, des vidéos diffusées en boucle livrent une vision à la fois factuelle et esthétique de récents projets architecturaux, en France et à l’étranger. La Solo Galerie présente, jusqu’au 27 février, une sélection de quinze films appartenant à OnArchitecture, site Web qui s’attache à explorer les problématiques et les enjeux actuels de la discipline. La scénographie propose une thématique par salle : « culture », « travail », « habitat », « loisir ». Dans chacune d’elle, trois chaises font face à trois écrans. Minimaliste et efficace.

L’exposition débute par les entretiens de quatre architectes – l’Allemand Jesko Fezer et les Italiens Martino Tattara (DOGMA, Belgique), Pier Paolo Tamburelli & Andrea Zanderigo (Baukuh/San Rocco, Italie) – interrogés sur leur métier. Plan fixe sur les interviewés. Pas de questions posées, mais des thèmes qui s’affichent. Chaque décor instruit sur la personnalité de l’archi qui, au fil du temps, dévoile les ressorts de sa pratique. Vient ensuite la découverte de douze vidéos d’environ cinq minutes, qui révèlent par leurs cadrages, plans, séquençages et bandes son, le tout dénué de commentaires, l’univers et l’esprit des architectures sélectionnées. Filmée dans son contexte urbain et géographique, mais aussi à travers les utilisations qui en sont faites, chaque réalisation est une réponse singulière aux différents questionnements soulevés par le projet initial.

La thématique « Architectures culturelles » est abordée à travers le Centre de recherche de Caen de l’agence Bruther, le Frac de Dunkerque de Lacaton & Vassal et le Centre national des arts du cirque, à Châlons-en-Champagne, de NP2F & Caractère spécial. Ces réalisations résolument contemporaines ont été conçues pour permettre aux usagers une réelle appropriation des lieux, mais également une évolution des bâtiments, dans un souci d’économie de moyens et de recyclage architectural. D’immenses baies vitrées donnant sur la mer et un horizon d’écume, un bureau en mezzanine, un hangar immense privilégiant des verticalités étourdissantes, un couloir circulaire et vitré à l’extérieur… « L’art est simplement la preuve d’une vie pleinement vécue » affiche la façade du Frac Nord-Pas de Calais.

OnArchitecture, photo MLD courtesy Solo Galerie
Vue de l’exposition OnArchitecture.

L’espace consacré aux « Architectures du travail » présente les projets de KGDVS à Courtrai en Belgique, de TNA à Kurashiki au Japon et de SANAA pour l’usine Vitra en Allemagne. Répondant avec subtilité aux besoins et fonctionnements des activités de bureau, de fabrication et de logistique, les réalisations nous transportent dans des univers pratiques ponctués par des couleurs. Ici, le gris règne en maître, là, le orange et le jaune attirent l’œil. On perçoit alors comment l’architecture sait à la fois être affirmée et discrète, voire silencieuse.

Celle présentée dans la salle consacrée à l’habitat est plus libre et plus audacieuse. Qu’il s’agisse du projet de Cecilia Puga au Chili, de ceux d’Andra Matin en Indonésie et d’Arno Brandlhube en Allemagne, leur point commun, outre le béton banché brut, est la volonté d’un prolongement subtil de l’extérieur à l’intérieur. La matière répond à la minéralité des paysages, des percées dans les murs offrent des vues au cadrage très précis, la lumière envahit l’espace ou, au contraire, est tenue à l’écart, le vent modèle les volumes intérieurs en jouant avec des parois en rideau. Autant d’exemples qui rendent toutes ces architectures ouvertes sur le monde qui les entoure.

La quatrième thématique, celle des loisirs, est la plus hétéroclite du fait de la disparité des sites dans lesquels s’inscrivent les projets et de leurs qualifications. Ces derniers s’intéressent à des lieux de rencontre, d’activité ou de détente. A Conaripe au Chili, le projet « Geometric hot spring » permet de relier différentes sources d’eau chaude par des passerelles peintes en rouge et ponctuées de « cabanes ». L’intervention architecturale dans le site naturel est un cheminement, une liaison entre les différents points d’accès aux bassins. A Tokyo, au Japon, l’agence Bow Wow a réorganisé le parc Miyashita entre les immeubles et les voies ferrées. L’architecture propose cependant la possibilité d’une pause au cœur d’une vie urbaine dense et trépidante. Pour sa part, le complexe sportif et culturel « Sesc Pompeia » à São Paulo, au Brésil, paraît en comparaison démesuré. L’ancienne usine de plusieurs étages, réhabilitée par Lina Bo Bardi, concentre de multiples activités de loisir : natation, gymnastique, badminton, foot en salle… mais également lecture ! Comme quoi, même une citadelle de béton dédiée à l’effervescence n’oublie pas de laisser s’exprimer le silence.

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