Car Culture à Karlsruhe – Voyage dans l’espace

Le développement des technologies du XXe siècle à nos jours a facilité l’émergence de nouvelles formes d’autonomie géographique. Le ZKM à Karlsruhe présente Car Culture et sa composante Médias de la mobilité pour mieux appréhender le concept de mobilité à travers le mouvement matériel des corps et des machines ainsi que celui, immatériel, des signaux.

Pavel Schmidt, courtesy ZKM
Mobil immobil, Pavel Schmidt, 1997-2001
Der Käfer – Ein deutsches Wunder, littéralement  : La Coccinelle – Un miracle allemand. Face à la gare de Karlsruhe, enfermée dans un parallélépipède rectangle constitué de tiges de métal, la plus célèbre Volkswagen du monde est fixée à un mètre au-dessus du sol (Georg Seibert, 2007-2008). Plus loin, devant l’entrée du ZKM, de drôles d’acrobates peaufinent leur numéro. Plaque d’immatriculation contre plaque d’immatriculation, les Coccinelles se tiennent en équilibre comme de véritables artistes de cirque. Jeu de forces et de couleurs, Car Building 1960/2011 de l’Autrichien Hans Hollein annonce en fanfare Car Culture. Médias de la mobilité. Objet culte du XXe siècle, symbole d’autonomie, signe extérieur de richesse ou d’appartenance sociale, la voiture est la star de cette exposition qui voit en elle le «  vecteur de la mobilité par excellence  » et profite de l’occasion pour étendre sa réflexion à la capacité de l’homme moderne à se manifester là où son corps est absent. Du voyage dans l’espace physique à l’émission de signaux, du véhicule à l’Internet, le visiteur passe de la matérialité à l’immatérialité, toutes deux génératrices de mouvement. Il y a 125 ans à Karlsruhe, Carl Benz assemblait sa première automobile et Heinrich Hertz démontrait l’existence d’ondes électromagnétiques. Si le XXe siècle a été marqué par le développement spectaculaire des moyens de transport et des voies de circulation, le XXIe se présente, quant à lui, sous le signe du déplacement virtuel.

Au rez-de-chaussée du musée des Médias est rassemblée une spectaculaire sélection de véhicules. Au sol, des bandes jaunes matérialisent des emplacements comme elles le feraient dans un parking. Installées sur ces derniers  : Fat Car Convertible d’Erwin Wurm, Disgrace d’Elmgreen & Dragset, Wasserwagen de Fabrizio Plessi ou Mobil Immobil de Pavel Schmidt. Chaque œuvre est une histoire. Rouge Ferrari et formes arrondies, couverte de goudron et de plumes à l’instar des tricheurs du Far West, surmontée de statues comme autrefois les temples étrusques, accrochée sous un portique à l’instar d’une balançoire, entièrement en bois ou envahie de plantes, chacune de ces voitures s’inscrit dans une réflexion sur le rapport de l’homme à cette machine roulante, symbole d’individualisme, de vantardise et de pollution, mais aussi de distances abolies, de liberté et d’indépendance.

Courtesy ZKM, photo MLD
Vue d’expo
Pieter Hugo, courtesy Stevenson, Kapstadt/Johannesburg und Yossi Milo, New York
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Au milieu des automobiles, un médiateur veille à la distribution d’iPad. – Il convient à ce moment-là du compte-rendu d’expliquer que la présence de ce dernier lève un doute exprimé il y a plusieurs mois dans un article consacré à Celebrity – The One & The Many de Elmgreen et Dragset. A l’époque, l’auteur de ces lignes n’avait pas su si le «  garçon en tenue  » figé dans la salle de bal était un acteur ou une sculpture… C’est à présent chose faite. Il était bien de chair et de sang  ! Et distribue désormais des tablettes numériques avec force explications et sourires. – Chacun peut en échange d’une pièce d’identité s’emparer de l’appareil et s’évader du ZKM pour rejoindre un autre musée, à des kilomètres de là, qui présente, lui aussi des véhicules, mais cette fois des temps anciens. Superbe technologie qui permet à chacun de découvrir l’ensemble d’une pièce d’exposition en effectuant un tour sur lui même les yeux braqués sur l’écran de l’appareil. Une expérience de réalité augmentée qui sert de transition vers la suite de Car Culture, à l’étage.

Là, le visiteur est invité à découvrir la séparation entre le messager et le message, le passage de la mobilité physique à la mobilité virtuelle. Si la seconde est le prolongement de la première, elle peut aussi la remplacer totalement. Il n’est désormais plus nécessaire de se rencontrer pour échanger des informations, travailler ensemble, se parler ou même se voir. Ce volet de l’exposition expose les progrès technologiques qui ont permis la mobilité de l’information. Il retrace le chemin parcouru entre le télégraphe et l’Internet en passant par la télévision, la radio ou le téléphone. Itinéraire qui démontre l’importance des réseaux dans le monde d’aujourd’hui. A signaler au même étage, la présence de nombreuses œuvres interactives et d’une salle consacrée à des vidéos-interviews d’artistes, proposées en trois langues (allemand, anglais et français), sur la conservation des œuvres numériques. Passionnant.

Art contemporain et mondialisation

De quelle manière la mondialisation marque-t-elle l’art  ? Sous quelle forme devient-elle une condition et un thème de production artistique  ? Comment peut-on la présenter dans une exposition  ? The Global Contemporary. Mondes artistiques après 1989, élaborée dans le cadre d’un projet de recherche au ZKM, a pour objectif de montrer les pratiques mondiales qui ont engendré la transformation de l’art contemporain. «  Avec la mondialisation, nous assistons à une réécriture de l’art moderne dans une nouvelle ère  », explique Peter Weibel, co-commissaire de l’exposition avec Andrea Buddensieg. Sept thématiques sont développées  : «  Temps universel. Le monde comme zone de transit  », «  Mondes réels et mondes d’images  », «  Mondes artistiques. Le cabinet de curiosité à partir d’une perspective post-coloniale  », «  Frontière. Le concept artistique de la modernité  », «  Réseaux et systèmes. La mondialisation comme thème  », «  L’art comme marchandise. La nouvelles économie et le marché de l’art  » et «  Lost in Translation. Nouvelles biographies d’artistes  ». Une remarquable exposition fleuve.

The Global Contemporary. Mondes artistiques après 1989, au ZKMjusqu’au 5 février 2012.

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