Salons à Paris – En marge de Paris Photo

Jasmin Brutus courtesy galerie Duplex

L’automne de tous les salons pourrait-on dire  ! Après la Fiac et sa kyrielle d’outsiders, la capitale a accueilli Paris Photo, du 10 au 13 novembre. Ce rendez-vous des amateurs d’images d’art s’est tenu pour la première fois sous la verrière du Grand Palais. Plus de 50 000 visiteurs ont pu y admirer les sélections de 117 galeries et de 15 éditeurs venus de 22 pays. Après le Japon, le Moyen-Orient et l’Europe centrale, l’Afrique sub-saharienne était à l’honneur. Face à la quinzième édition de cette manifestation, étape très prisée du marché de l’art, deux petites foires, nofound_photofair et Fotofever, ont décidé de jouer les poils à gratter  !

Dès l’angle de la rue de Turenne et de la rue Saint-Claude, l’observateur avisé repère des allées et venues inhabituelles en cette fin de semaine. Là où longtemps les voitures s’engouffraient, des jeunes gens à l’allure branchée défilent. Dans cet ancien garage du Marais s’est installée pour quelques jours une toute nouvelle foire consacrée à la photographie contemporaine  : nofound_photofair. A l’entrée, un petit panneau prévient  : certaines images peuvent choquer un jeune public. En effet, à quelques mètres de là, des clichés très «  sexe  » attendent l’amateur. La sélection ne s’arrête heureusement pas à ce thème même si, à l’étage, d’autres images «  choc  » sont présentées. Aux antipodes de la photo «  sensation  », celles de l’espace investi par les galeries Duplex et 10 m2 de Sarajevo témoignent de la Bosnie-Herzégovine d’aujourd’hui ou de son histoire au sein de l’ex-Yougoslavie. Pierre Courtin, fondateur et responsable des deux lieux, y défend ardemment depuis sept ans l’art contemporain et les jeunes artistes bosniens, même si ces derniers n’ont pas toujours l’exclusivité. Soutenu par Reporters sans frontières, il est venu à Paris avec, notamment, les clichés de Jasmin Brutus, sur la communauté rom de Bosnie, ignorée, mal considérée voire malmenée. Composition, couleurs et qualité de l’image sont impeccables. Chaque scène est un tableau qui nous plonge au-delà de la réalité capturée, dans des vies d’exclus qui montrent le chemin d’un partage possible. Celui d’un sourire, d’un moment, d’une complicité, par-delà l’appareil, par-delà les frontières. Restent également dans l’œil les saisissantes et poétiques photos en noir et blanc de Dženat Drekovi ?. Dos au cimetière, l’homme ploie sous le fardeau de la tristesse, peut-être aussi sous l’effet d’une prière. Les collines vallonnées qui entourent Sarajevo n’ont pas toujours été qu’un élément du décor. Pendant de longs mois entre avril 1992 et février 1996, elles ont servi aux forces paramilitaires serbes pour pilonner la ville, tuant des milliers de civils.

Au pied de la rampe d’accès à l’étage supérieur, une camionnette d’un vert très punchy se présente comme la Galerie ambulante. Si elle sillonne habituellement les routes du sud de la France, elle ne dédaigne pas de temps en temps une halte parisienne pour faire découvrir ses artistes. Pour nofound_photofair, elle a invité Thierry Lagalla. L’exposition débute par une vidéo placée à l’extérieur du véhicule et se poursuit dans l’habitacle. Après encouragement, le visiteur hésitant s’y glisse avec amusement. L’œuvre Sau… What  ? (E…Alora  ?) est une devinette à l’instar de celles inscrites à l’intérieur des papiers d’emballage de Carambar, revisitées par l’artiste et proposées à la lecture serties d’un cadre blanc. Une fausse pomme de terre trône sur un socle de même couleur et cache en son cœur un projecteur qui éclaire une vraie boule de caramel accrochée au plafond comme un lustre  ! Une réflexion sur les apparences proposée par l’association ART’ccessible, installée à Marseille.

A l’étage, les photos bénéficient de la lumière du jour dispensée par une immense verrière. Bienfait dont profite sans compter la belle sélection d’Acte2 galerie. A noter en particulier la série Space project de Vincent Fournier et celle intitulée The New Gypsies d’Iain Mckell. A quelques mètres de là, on retrouve Philippe Soussan et Christophe Gratadou de la galerie Intuiti. Ils ont décidé d’accueillir ensemble les amateurs. Comme à Cutlog, les clichés de l’artiste séduisent tant par leur esthétique que par la réflexion qu’ils imposent. Depuis plusieurs années déjà, il poursuit un travail qui interroge la photographie à l’heure du numérique. Une fois encore, la vraie chaise recouverte par un tirage jet d’encre de sa propre photo, le tout immortalisé par l’appareil, emporte l’adhésion. «  C’est une des meilleures images de la foire  », glisse discrètement un exposant du rez-de-chaussée alors qu’une galeriste voisine est venue lui acheter un de ses clichés. nofound_photofair, une foire de pro bien sympathiques.

Photo MLD
Philippe Soussan@à nofound_photofair
Thierry Lagalla
Sau… What ? (E…Alora ?), Thierry Lagalla
A quelques pas des ors du Grand Palais, l’espace Pierre Cardin accueille pour sa part la toute jeune Fotofever, manifestation qui s’affiche comme rendez-vous exploratoire de la diversité de la photographie actuelle. Quarante galeries françaises et étrangères y présentent quelque 126 artistes de 26 nationalités. A peine l’entrée dépassée, le visiteur se laisse séduire par la magie des images d’Alain Longeaud, passé maître dans l’art d’emprunter au quotidien ses scènes et paysages dont il estompe le réel pour en révéler les détails esthétiques, poétiques voire féériques qui, bien souvent, nous échappent. Un sentiment familier, de déjà-vu, monte, mêlé à l’impression amusée de découvrir un décor imaginaire (galerie François Giraudeau). Un peu plus loin, l’œil est attiré par de curieux points bleus dispersés sur de grands fonds blancs. Il ne s’agit point d’un montage numérique mais de clichés réalisés par Jean de Pomereu lors d’une collaboration avec la plasticienne américaine Lita Albuquerque, qui mène un travail conjuguant les notions d’espace et de temps rapportés à l’échelle humaine. Les images présentées ici sont le fruit d’un projet mené en 2006 sur la banquise de Ross, en Antarctique. L’artiste y avait disposé 99 sphères de couleur bleue, l’emplacement de chacune étant défini par celui de l’une des 99 étoiles visibles à cet endroit précis du globe. Stellar Axis est à découvrir jusqu’au 12 janvier à la A. galerie, à Paris.

Les artistes espagnols Javier Almale et Jesus Bondia développent, eux aussi, un langage visuel s’appuyant sur notre rapport à la nature. In situ est une série qui a pour décor les forêts pyrénéennes au cœur desquelles ils créent des installations faites de cadres de bois et de miroirs. Réalité et reflets s’entremêlent, brouillant les pistes et notre perception jusqu’à faire naître un paysage dont seul notre imagination a les clés (galerie Astarté, Madrid). Multicolores et non dépourvus d’humour, les hauts portraits en pied d’Hassan Hajjaj, intriguent tant par leurs silhouettes aux allures kitsch – celles des chanteuses tunisienne Amina Amabi et marocaine Zahra Hindi – que par leurs encadrements formés d’emballages, soigneusement alignés, de produits de consommation courante. Né au Maroc, l’artiste est parti vivre à Londres avec sa famille à l’âge de l’adolescence. C’est fort de cette double identité culturelle qu’il s’attache à débusquer les stéréotypes tout en se jouant avec espièglerie des codes et des usages (galerie 127, Marrakech).

Béton, caoutchouc, résine, plexiglas, papier bulle, Miryan Klein expérimente la matière comme le vivant. Elle revisite le thème des 4 saisons, fait part également de son inquiétude face aux dérives de notre société de consommation à travers Violon d’Ingres, un hommage à Man Ray qui prend pour modèle un corps féminin d’une maigreur effrayante, allusion évidente à celle de certains mannequins qui font rêver les jeunes filles (galerie Heine). Plus léger et onirique, l’univers en noir et blanc du Néerlandais Philip Provily interpelle le regard de son ton décalé et rieur : ici, une paire de jambes semblent avancer d’un pas déterminé dans le vide depuis une chaise posée sur une table ; là, un genou paraît décidé à s’immiscer dans la nature morte que constituent la bouteille, l’assiette et le haut de la table dont il dépasse… Un régal (galerie Pennings, Eindhoven, Pays-Bas). Séduit, le visiteur entend bien revenir l’année prochaine. Une bonne raison de faire un saut jusqu’à Bruxelles, hôte annoncé de l’édition 2012.

Lita Albuquerque et Jean de Pomereu
Stellar Axis, banquise de Ross, Antarctique, Lita Albuquerque et Jean de Pomereu, 2006

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