YIA Art Fair 2015 – Le nec plus émergent de la création

Photo courtesy YIA Art Fair

Fondé en marge de la Fiac, il y a cinq ans, le salon d’art contemporain dédié à la scène internationale émergente – Young international artists’ fair – prend ses marques au Carreau du Temple, où il s’installe pour la deuxième année consécutive du 23 au 25 octobre, conviant quelque 65 galeries et 200 artistes. Un parcours Hors-Les-Murs est par ailleurs proposé dès le mois de septembre et jusqu’en février  ; une manière de confirmer l’engagement initié avec les galeries et les institutions du Marais. Président de l’agence LFDAC – La Française des Arts Contemporains – et fondateur du salon YIA, Romain Tichit revient pour ArtsHebdoMédias sur les spécificités et les alliances qui font la force de la manifestation.

ArtsHebdoMédias. – Comment est né le YIA  ?

Romain Tichit. – En 2010, suite à l’exposition Dynasty au Palais de Tokyo et au Musée d’art moderne de la Ville de Paris, j’ai pris le pari un peu fou d’organiser pendant la Foire internationale d’art contemporain un nouveau salon, ayant pour concept l’invitation exclusive d’artistes émergents représentés par des galeries françaises qui participaient en même temps à la Fiac au Grand Palais  : cette première édition a notamment accueilli les artistes Vincent Ganivet (galerie Yvon Lambert), Kolkoz (galerie Perrotin), Michael Roy (galerie Alain Gutharc), Hsia Fei Chang (galerie Laurent Godin), Elisa Pône (galerie Michel Rein), Luna Picoli-Truffaut (galerie Agnès b.), Lionel Sabatté (galerie Patricia Dorfmann) ou encore Guillaume Cabantous (galerie Odile Ouizeman).

Le décloisonnement des lieux et le solo show font-ils toujours partie du concept  ?

Initialement, il s’agissait de décloisonner les stands et de présenter les œuvres dans le cadre d’expositions personnelles dans des lieux historiques et industriels  ; toujours sous verrière. Notre ambition étant de promouvoir et de diffuser la jeune scène, le solo show a toujours été pour nous une évidence  : il offre à chacun des artistes un vrai terrain d’expression, et au public une meilleure compréhension de l’œuvre. L’éclatement des lieux n’était pas prédéfini. Nous avons fait ce choix en 2013, afin d’orchestrer la participation d’une cinquantaine de galeries et d’autant d’artistes, alors qu’en 2012, seuls 25 statements (NDLR  : comprendre autant de propositions d’artistes que de galeries) étaient réunis au Bastille Design Center.

Photo Micky Clément
Romain Tichit, au premier plan, entouré de l’équipe@historique du YIA

Cette idée de statement évoque l’affirmation d’un message, une forme d’engagement. Comment s’opère le choix des artistes et des galeries  ?

Le point commun, entre toutes les galeries présentées, demeure leur engagement en faveur de la jeune scène contemporaine. L’idée de statement, que nous empruntée au salon Unlimited qui se tient pendant Art Basel, définit en tout point le concept du YIA, à savoir une proposition d’artiste, en solo show, dans des espaces décloisonnés permettant le dialogue entre les œuvres. Nous avons débuté avec 15 statement d’artistes et 15 galeries invitées en 2010  ; nous proposons cette année 200 statement d’artistes et invitons 65 galeries. Nous convions également des artistes qui n’ont pas encore de galerie afin de les promouvoir. Ils étaient une dizaine en 2014  ; nous réitérons la proposition sur cette même base en 2015. Par ailleurs, le salon s’ouvre de plus en plus à l’international  : les galeries invitées cette année viennent de 16 pays différents*. Je veille à repérer avec un très grand soin, en France comme à l’étranger, l’ensemble des galeries présentes  ; à ce qu’elles soient représentatives d’une certaine tendance, également. La sélection s’opère généralement par affinité.

Quelle tendance voyez-vous émerger cette année  ?

Un retour à la peinture  ; ce qui est intéressant. Sur le salon, nous avons de superbes propositions, notamment de la part de la galerie Olivier Robert avec Valentin Dommanget  ; me vient aussi à l’esprit la sélection des galeries parisiennes Dukan et Patricia Dorfmann.

Que pensez-vous de la scène artistique française  ?

Elle a toujours été dynamique, même si elle est bien concurrencée par la scène internationale, principalement américaine. Cependant, je suis heureux de redécouvrir en France une scène émergente tournée vers l’étranger et réceptive à l’évolution de la société  ; notamment depuis l’arrivée des nouveaux médias. Son accompagnement par les galeries – vers les centres d’art ou à travers les foires – est une vraie nécessité qui doit s’avérer dans la durée.

Quels sont les temps forts du salon YIA 2015  ?

Le premier temps fort sera la performance de l’artiste Benjamin Mecz à la Bibliothèque Historique de la Ville de Paris le mercredi 21 octobre. Le deuxième sera l’ouverture du salon – aux professionnels – le lendemain, permettant la découverte de l’ensemble des propositions. A noter la place essentielle octroyée à la performance, notamment dans le cadre d’un nouveau cycle développé cette année et orchestré au Carreau du Temple, mais aussi au sein du programme Hors-Les-Murs mis en place avec Marais Culture +, ce dès la fin du mois de septembre.* France, Allemagne, Roumanie, Etats-Unis, Japon, Chine, Suisse, Belgique, Italie, Royaume-Uni, Géorgie, Slovaquie, République Tchèque, Lituanie, Israël, Pays-Bas.

Daniel Pitin, courtesy galerie Dukan
Kings bad, acrylique et huile sur toile, Daniel Pitin@(galerie Dukan)
Vincent Olinet, courtesy galerie Laurent Godin
Installation signée Vincent Olinet@(galerie Laurent Godin), parcours Hors-Les-Murs@(Musée des arts et métiers)
Pourquoi cet attachement particulier au quartier du Marais  ?

Depuis l’ouverture de la galerie Yvon Lambert, rue du Grenier Saint-Lazare, le Marais a toujours été le quartier des galeries d’art contemporain à Paris. Et si la plupart des foires se situent dans le Triangle d’or, le YIA préfère rester fidèle à ce secteur chargé d’histoire. Nous y proposons un parcours reliant des institutions, des lieux de cultes et des musées, où sont présentées des œuvres contemporaines.

Quel est l’intérêt pour une foire de générer un tel parcours  ?

Ce programme Hors-Les-Murs, réitéré depuis 2013 en partenariat avec Marais Culture +, suscite un nouveau regard entre les œuvres exposées dans le cadre de leur programmation permanente et notre sélection temporaire. Le parcours, que nous finançons et qui met en lumière notre patrimoine culturel en cette semaine de l’art contemporain à Paris, est une réelle opportunité pour les artistes émergents d’exposer en institution, même s’il s’agit bien d’une exposition et non d’acquisitions pour les musées. Les œuvres peuvent cependant être vendues par la suite, à des collectionneurs ou à d’autres institutions. Cette année, nous investissons plus de 15 lieux historiques et avons pour cela travaillé avec plusieurs commissaires  : David Rosenberg, Pascal Picque, Caroline Ha Thuc, Isabelle Chatout – qui coordonne le parcours – et moi-même. Les festivités commencent dès la fin septembre pour un déroulé qui s’étend jusqu’à la première semaine de février  : tout le programme est sur le site  !

Quels sont vos partenaires historiques  ?

Les partenaires ne sont arrivés qu’en 2012, lors de la deuxième édition. Issu du monde publicitaire, j’avais l’habitude d’organiser, depuis les années 2000, des expositions à Paris. La presse nous a soutenu et, cette année, nous avons la chance d’avoir K-Way comme partenaire  : la marque, associée au Prix Artissima à Turin, s’engage en 2015 sur le Prix YIA Art Fair pour l’art contemporain, qui sera décerné à un artiste exposé lors du salon. En 2014, la lauréate était Sara Favriau (galerie Maubert) ; cette année, le nom du gagnant sera annoncé le 22 octobre, lors du vernissage.

Quel regard portez-vous cinq ans plus tard sur ce «  pari  » initial  ?

Positionner le YIA sur le circuit des foires a été une très belle aventure, que j’entends faire perdurer ; c’est un chemin parcouru dont je garde en tête de grands moments de partage.

Valentin Dommanget, courtesy galerie Olivier Robert
Vue d’exposition@à la galerie Olivier Robert, Valentin Dommanget

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