Salon de Montrouge – Tous les espoirs sont permis

Ivana Adaime-Makac

La 55e édition du salon d’art contemporain de Montrouge a ouvert ses portes, pour la deuxième année consécutive, de Stéphane Corréard, son commissaire. En 2009, il s’agissait de rompre avec les années passées, de délaisser les accrochages classiques et la salle des fêtes pour prendre l’air avec une jeune génération d’artistes fraîchement diplômée, ouvrir la sélection à toutes les disciplines et s’installer dans les 5 000 m2 de l’espace industriel La Fabrique. Deux mots d’ordre : audace et indépendance. Le succès fut à la hauteur des efforts consentis : les critiques furent unanimes quant à la qualité des artistes exposés, la ville de Montrouge put renouer avec son image d’acteur indépendant et essentiel de la scène des artistes émergents français, et l’événement fut même estampillé « A voir prochainement au Palais de Tokyo », puisque trois artistes lauréats ont bénéficié d’une exposition personnelle dans les Modules du lieu de création parisien. C’est donc avec curiosité que l’on découvre l’édition 2010, dont la scénographie et la signalétique ont été confiées au talent de matali crasset. La designer insiste ici particulièrement sur la visibilité donnée aux noms des artistes par la mise en place de grandes pastilles de couleur, qui nous évitent avec bonheur d’écarquiller les yeux à la recherche de cartels. L’espace bien réparti facilite la circulation et la mise en valeur des œuvres présentées par 84 artistes. Une scénographie qui n’oublie pas de prendre en compte la spécificité des médiums – certaines vidéos, sculptures ou photographies s’épanouissent dans des pièces spécifiques. Concernant la sélection d’artistes pour créer « une plate-forme de découverte de l’art contemporain en France » répondant à « une sélection rigoureuse des productions les plus intéressantes » voulue par Stéphane Corréard et le collège critique du salon, l’affaire est moins entendue. Certes, faire cohabiter une centaine d’œuvres tout en prenant soin d’éviter la saturation n’est pas chose aisée, mais l’étonnement et la surprise, voire l’enchantement, ne sont guère au rendez-vous.

Bernard Dupuy.
Les objets records, le cadenas (1/28 ème), Sylvain Bourget, 2009

Cela étant, certaines œuvres sortent du lot et donnent un sens à la visite. Les huiles de petits formats sur papier marouflé d’Aurore Pallet ravissent par leur composition qui joue avec les rapports d’échelle pour créer des espaces clos, insolites et fantastiques. L’enclos suspendu de longues baguettes en verre de Stéphane Perraud attire par une féerie de fragilité et de jeux de lumière, tandis que la renversante table sculptée de François Mazabraud dissimule un ensemble de gratte-ciel sans dessus dessous. Ivana Adaime-Makac confirme l’élan naturaliste du salon également présent dans le travail de Julien Salaud – prix du conseil général des Hauts-de-Seine. En s’inspirant des sciences naturelles et des études comportementales des animaux, l’artiste imagine des sculptures pleines de vie où criquets pèlerin et verres à soie façonnent des ornements végétaux. Kirill Ukolov a, lui, choisi la matière plastique pour créer des sculptures étonnantes et légères, issues du moulage d’un buste du XVIIIe siècle provenant de la collection de l’Ecole des beaux-arts de Toulouse. En photographie, Agnès Godard expose une suite de petits tableaux aux plans très serrés et à l’image légèrement floue, qui distillent un zeste d’angoisse propice à l’imaginaire. Nous avons aussi participé avec intérêt à l’œuvre de Wang Taoran et Wu Wenwen en actionnant le mécanisme d’une boîte à musique relié à l’image projetée d’une femme dans une bibliothèque : chacun à son rythme fait danser le personnage et évoque avec lui sa part d’aliénation, ses rapports à l’addiction et le potentiel subversif de certaines situations. Un second degré partagé aussi par Sylvain Bourget et ses personnages minuscules confrontés à l’absurdité du monde – l’artiste s’inspire par exemple de la réalisation record par un Chinois d’un téléphone portable de 2, 50 m de haut ! Une touche d’humour qui s’ajoute à la maturité des œuvres évoquées, et qui confirme, malgré une sélection à deux vitesses, le tonus de la manifestation.

DR
Œuvre signée Kirill Ukolov

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