DDessin à Paris – Comme une promenade

Photo DDEvents

Pour sa deuxième édition, DDessin investit de nouveau l’Atelier Richelieu, à Paris, lieu de caractère et de lumière. Exclusivement consacré au dessin, l’événement accueillera du 28 au 30 mars une sélection exigeante de quelque vingt galeries françaises et étrangères. A noter, la présence d’artistes-performers, le dimanche, qui dessineront en direct dans plusieurs espaces du salon.

DDevents
Eve de Medeiros.

Il fait beau ce jour-là sur Paris. Non loin du métro Sablons, le « QG » d’Eve de Medeiros commence à se vider. Passé l’heure du coup de feu, cette brasserie traditionnelle offre un cadre sympathique pour des conversations débridées, mais néanmoins sérieuses. Dans quelques jours maintenant, les portes de la deuxième édition de DDessin vont s’ouvrir. Pour l’occasion, la fondatrice du salon a accepté de s’adonner au Jeu des mots.

Continent

« Mon père était béninois avec des ancêtres brésiliens, ma mère bretonne. Ils ont fait connaissance à Paris. Lui faisait des études d’ingénieur, elle participait à un concours de beauté. A partir du jour de leur rencontre, ils ne se sont plus quittés. Papa a décidé de rester vivre en France et ils se sont mariés, malgré les réticences avouées de leurs deux familles. Quand nous étions enfants avec mes sœurs, nous allions aussi bien en vacances à Roudouallec qu’à Ouidah. Ces origines m’ont beaucoup marquée et expliquent mon intérêt pour différents continents, l’Afrique notamment. »

Mahé Boissel, courtesy galerie Elizabeth Couturier
Sans titre, huile sur papier, Mahé Boissel, 2013.

Parcours

« Malgré une fibre artistique très prononcée, j’ai fait des études de droit tout en travaillant dans une galerie de mobilier ancien. Son responsable me poussait pour que j’entre à l’Ecole Boulle, mais je n’ai pas osé. A l’époque, j’étais relativement timide et je n’ai pas su saisir les opportunités qui se présentaient. Finalement, j’ai travaillé dans un cabinet d’avocat puis pour différentes sociétés avant d’entrer dans un groupe français du secteur de l’informatique. Carrière juridique que j’ai quittée en 2004 pour reprendre des études, tant j’étais convaincue de ne pas pouvoir poursuivre sur ce terrain. J’ai donc suivi un troisième cycle « Marché de l’art », spécialité peinture, à l’IESA – Institut d’études supérieures des arts –, à Paris. Un choix qui a marqué le début de ma seconde vie professionnelle. »

Dessin

« Dès l’enfance, le dessin m’attirait. Je dessinais très bien et mon intérêt n’a fait que grandir au fil des années. Quand j’étais à l’IESA, j’ai eu l’opportunité de travailler pour l’Adiaf – Association pour la diffusion internationale de l’art français – sur le prix Marcel Duchamp. C’est là que j’ai rencontré Florence et Daniel Guerlain, qui m’ont par la suite confié la présentation des nominés du prix de la Fondation Guerlain pour le dessin contemporain dans le cadre d’ArtParis dans un premier temps puis du salon du dessin de la Bourse ensuite. Un excellent moyen d’explorer ce milieu. De 2007 à 2010, je me suis occupée des deux prix dont nous venons de parler et j’ai développé une activité de commissaire d’expositions et d’agent d’artistes – dessinateurs et photographes. En 2013, j’ai créé avec une associée DDessin. Difficile d’aller plus loin dans l’engagement pour cette discipline. »

Photographie

« La photographie est une autre passion. Depuis le début de mon activité dans le monde de l’art, je représente des photographes. Ma première expo en tant que commissaire était photographique. Elle a eu lieu à Paris sur le thème des maisons afro-brésiliennes du Bénin. Je suis très attirée par tous les sujets de société et donc par le photojournalisme. J’ai d’ailleurs, voici quelques années, organisé une exposition sur le thème des favelas à Rio. A l’époque, peu de gens en France s’y intéressaient. J’aime attirer l’attention sur des sujets importants qui ne sont pas forcément au cœur des préoccupations françaises. »

Frédéric Couraillon, courtesy galerie LWS
Sans titre, technique mixte sur papier, Frédéric Couraillon, 2012.

DDessin

« Avec DDessin, nous souhaitons renouveler le concept du salon d’artistes en proposant une manifestation à l’esprit contemporain, ancrée dans le XXIe siècle, et s’adressant à un large public d’amateurs, de professionnels et de collectionneurs. Nous avons opté pour un positionnement décalé par rapport à d’autres foires. D’une part, en affichant une sélection composée essentiellement de galeries récentes œuvrant pour la reconnaissance de jeunes artistes et, d’autre part, en choisissant un format intime présentant une vingtaine d’établissements seulement. Nous misons sur la génération montante, tant pour les galeristes que pour les créateurs, même si le visiteur pourra également faire la connaissance de professionnels aguerris. Les 700 m2 sous verrière de l’Atelier Richelieu ne seront pas cloisonnés pour permettre au public et à la lumière de circuler librement. Regarder des dessins demande une réelle attention, il est donc important de pouvoir s’arrêter, réfléchir, sans gêner les autres, comme lors d’une promenade. La Belgique, la France, l’Iran, l’Italie, le Japon et le Mexique seront représentés. »

Une installation de Julie Brusley

Sur une proposition d’Andréric Berthonneau, fondateur de la NoMuseuM contemporary art gallery, à Bordeaux, les visiteurs de DDessin pourront découvrir une installation de l’artiste Julie Brusley. Composée de bois, de peinture ainsi que de dessins sur papier, Disegno lux jouera sur les notions de dessin, dessein et lumière. L’œuvre de grand format viendra réaffirmer à quel point la pratique du dessin est un élément essentiel de la production artistique actuelle.

Carte blanche

« Nous avons donné une carte blanche aux collectionneurs Evelyne et Jacques Deret. Ils présenteront dans un espace spécifique un ensemble de dessins contemporains issus de leur collection. Evelyne a choisi des œuvres de Frédérique Loutz, Marie Boralevi – lauréate du prix Pierre Cardin 2013 de l’Académie des beaux-arts (section gravure) –, Iris Levasseur, Françoise Pétrovitch, Pat Andrea et Djamel Tatah. Jacques montrera, quant à lui, des dessins de Damien Marchal, Claire Chesnier et Dan Shaw-Town. C’est la première fois que cette partie de leur collection sera exposée. »

Céline Lebovitch, courtesy Bab’s galerie
Apprenti mouton, techniques mixtes, Céline Lebovitch, 2013.
Marie Boralevi, courtesy Collection Evelyne Deret
Sans titre, collage, eau-forte, vernis mou, aquatinte et pointe sèche sur papier Japon, Marie Boralevi, 2010.

Conférences

« Deux conférences auront lieu au cours de DDessin 2014. La première sera donnée, le vendredi, par le philosophe Arafat Sadallah. A travers des œuvres d’artistes arabes contemporains, il abordera la question du trait dans tout dispositif de représentation et celle de sa suprématie sur la figure. La seconde aura lieu le samedi et sera menée par la critique d’art Estelle Bories. Cette intervention sera consacrée à la place des arts graphiques dans la Chine d’aujourd’hui. Son objectif est de donner des repères sur l’évolution des arts graphiques chinois et de présenter un certain nombre d’artistes. »

Prix

« DDessin a aussi son prix ! Associé à l’Institut français de Tanger, nous le remettrons au cours d’une réception organisée le samedi matin. Notre lauréat de l’an dernier, l’artiste iranien Nima Zaare Nahandi, primé pour une œuvre extraite de la série Perma, est parti le mois dernier en résidence de création à la galerie Delacroix, à Tanger. La même récompense sera attribuée à l’artiste choisi cette année. Je travaille actuellement à mettre en place une résidence au Brésil. Ce sera peut-être pour l’édition 2015 ! »

Collection

« J’ai toujours acheté des œuvres dessinées ou photographiques, notamment celles des artistes que je représente. C’est indispensable, quand on y croit ! J’ai aussi des dessins de Thomas Müller et de Daniel Dezeuze, par exemple. Actuellement, je concentre mes recherches sur les artistes d’Afrique de l’Ouest. J’espère me rendre à la biennale de Dakar cette année et faire des découvertes. Les choses bougent. De nombreuses galeries européennes s’intéressent désormais à ce continent et c’est tant mieux. »

Coup de projecteur sur l’illustration

L’édition 2014 de DDessin innove en invitant quatre illustrateurs. « Nous avons souhaité faire découvrir le dessin d’illustration en lui consacrant un espace d’exposition particulier. Comme il fallait lui trouver un nom, nous l’avons baptisé “Corner Illustrateurs”. Les visiteurs pourront ainsi faire connaissance avec trois types de travail illustratif destinés à la mode, à la presse et au livre », précise Eve de Medeiros. Dessinatrice de presse franco-brésilienne, Johanna Thomé de Souza présentera pour l’occasion un ensemble de 27 aquarelles réalisées à Rio de Janeiro entre 2012 et 2013, intitulé Si Rio m’était conté. Isabelle Oziol de Pignol, styliste de mode, plongera le visiteur dans une galerie de personnages dont elle analyse les comportements vestimentaires sur un ton mordant et tendre à la fois. L’Italien Francesco Lo Iacono proposera, quant à lui, une série de dessins inspirés de défilés de mode des plus surprenants. Pour finir, Octavia Monaco, illustratrice de livres, dévoilera une sélection d’œuvres de son projet Tessiture, mêlant les imageries de la sagesse orientale et de l’alchimie.

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