En 2017, demeurer l’esprit, les yeux et le cœur grands ouverts

525 600 minutes… moins 1, moins 2, moins 3… pour faire de 2017 une chouette année !
sarajevo-zimi...Ce matin, j’ai reçu les bons vœux de l’hôtel Halvat, accompagnés de cette photo offerte ici en partage. Microscopique missive dans l’immensité des souhaits numériques. Pourquoi elle ? Pourquoi choisir de mettre en avant un tel cliché de la période hivernale ? C’est que cette « carte postale » a pour sujet Sarajevo dont le siège, d’avril 1992 à février 1996, a marqué les journalistes de ma génération. Après les événements de la place Tiananmen, la chute du mur de Berlin, la mort de Khomeini, le déclenchement de la première guerre du Golfe, nous avons été sidérés par la guerre de Bosnie. A l’époque, je travaillais dans un quotidien. Grâce aux écrits des envoyés spéciaux, je m’étais forgé une idée de la ville, de sa topographie, de son architecture, de ses habitants… Et aussi une solide envie de m’y rendre. Pourtant, le voyage n’aura lieu que dix ans plus tard, en 2007. L’amie bosniaque, qui m’accompagnait, travaillait, à l’époque du conflit, pour un journal et avait pris une balle de sniper en s’y rendant. Alors que je découvrais la ville, les collines l’encerclant, l’ancien stade des Jeux olympiques d’hiver de 1984 transformé en cimetière, les artistes qui avaient supporté et continué de créer… Alors qu’Amira égrainait ses souvenirs (« Je t’en parlerai aujourd’hui et puis plus jamais »)… J’ai enfin compris ceux de ma grand-mère. Ceux-là mêmes qui racontaient les gens jetés sur les routes une valise à la main, les privations de toutes sortes, les bombardements de 1944, la Normandie occupée puis en ruines… Tout ce qui m’avait été conté prenait enfin pied dans la réalité. J’ai eu honte de mon manque de conscience. J’ai évité de pleurer. J’ai été édifiée. Toutes les guerres ne sont qu’une. Si chacun le sait depuis son plus jeune âge, je ne l’ai compris vraiment qu’en foulant le sol de Sarajevo, en plongeant mon regard dans chacune des cicatrices engendrées par les balles. Je n’ai jamais oublié la leçon. Chaque témoignage de guerre est à la fois un fait singulier et le récit renouvelé d’une horreur universelle.
Alors en ce début 2017, je nous souhaite de toujours demeurer l’esprit, les yeux, le cœur et les bras grands ouverts. Qu’artistes et journalistes continuent de nous y aider. En 2016, nombre d’entre eux ont de par le monde subi des pressions, ont été assignés à résidence, emprisonnés ou éliminés. Il faut sans cesse le rappeler et s’en souvenir.
S’il est essentiel de sourire à cette nouvelle année, il apparaît également nécessaire de vouloir en tirer le meilleur. A ce propos, il paraît que nous allons voter ! Si les candidats rivalisent de propositions au sujet de la sécurité, de l’emploi et du pouvoir d’achat des Français, ils sont pour le moins très discrets quant à la liberté d’expression, le droit à l’information, l’indépendance de la presse, la culture, la culture, la culture… Et donc la démocratie. Quelle politique pour quel projet de société ? En voilà bien une exigeante question ! Gageons qu’il nous faudra probablement une bonne dose de sagesse et d’humour pour écouter jour après jour les candidats nous parler de bien d’autres choses. Espérons malgré tout qu’ils n’épuiseront pas toutes nos réserves, à défaut d’avoir une vision pour l’avenir de notre pays.
L’ensemble de la rédaction d’ArtsHebdoMédias vous présente ses meilleurs vœux pour 2017. Que cette année cultive beauté et équilibre. Que l’art soit une réjouissance, un refuge et un moyen exemplaire d’expression.

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