Trois expos chez Claire Corcia – Secrète échappée des corps

Corps à fleur de peau, des mots qui affleurent d’un vélin charnel au grain soyeux  ; que disent-ils ces mots que la peau magnifiée de sensualité n’avoue  ? Sabrina Biancuzzi et Louise Narbo – qui superpose à ses photos ses propres textes – captent une lumière qui estompe plus qu’elle ne révèle  : corps à corps avec l’évanescence d’une pensée écrite à même la peau. Le clair-obscur ne laisse qu’entrevoir ou pressentir ce qui est partage entre rêve ou mémoire et la fusion de l’être avec cet intime qui toujours lui échappe  ; la peau devient vivant palimpseste qui garde enfouies tant de secrètes émotions à jamais dérobées au regard.

Trois artistes, trois visions, trois ombres portées sur des Etres diaphanes, des corps qui ne se laissent saisir qu’en apparence mais qui nous rappellent que le chemin de chacun s’avère unique, singulier. L’une convoque ses rêves qui à l’aube se livrent à une escapade aux confins de la mémoire, et le flou de l’image révèle alors l’ultime effort pour tenter d’aborder les rives escarpées des visions nocturnes rescapées. En quête de l’invisible, elle s’aventure dans une Capture de rêves d’où surgit une douce mélancolie dont la partition exalte le mystère ambiant. Visage entrevu, regard qu’un voile semble vouloir protéger d’on ne sait quelle trop vive lumière, ou tourné vers un monde intérieur inaccessible, soigneusement préservé. L’autre rêve d’un voyage imaginaire ou imagine un rêve où elle s’aventurerait au loin. Surgissent des images insolites, rassurantes ou inquiétantes, intenses ou légères, tout dépend du regard, peut-être, alors qu’une poétique de la rêverie se tisse, de l’une à l’autre, en quête du plus intime, du plus insaisissable, du plus captivant.

Louise Narbo
Diptyque, Louise Narbo, 2010

Avec Migre Vincent Descotils nous entraîne sur les chemins troubles de l’exil, images parfois quasi subliminales du déracinement, de l’ailleurs, dans les pas de ces anonymes couleur de passe-muraille en rupture de ban, ombres parmi les ombres, saute-ruisseau de l’errance cherchant obstinément le passage par où s’engouffrer pour effacer des traces, cicatriser blessures, humiliations, retrouver la vie. La photo, frappée d’une aube blafarde – à moins que ce ne soient lueurs crépusculaires – semble froissée, griffée, rayée, prise sur le vif  ; image dérobée de ces sans feu ni lieu d’un XXIsiècle aux frontières jamais abolies, et que l’on ne saurait voir… Sans visage, se faufilant au milieu d’une nature décharnée sur fond de clarté glacée, et parfois aussi, épuisés par cette course sisyphienne, chutant en chemin.

Et puis, on ne peut que s’attarder devant ces troublants portraits de femmes, presque fondus dans la pénombre, effacés, à l’unisson d’autres ombres  ; un drap ou encore le clair-obscur pour protéger la pudeur des corps, sinon la tendre complicité de la nuit. Le noir est omniprésent, intense  ; il nous dit combien toute représentation est une gageure, une recherche sans fin, que le vivant est insaisissable, alors que l’ombre silencieuse nous murmure à demi-mot combien l’instant propice peut devenir moment de grâce.

Vincent Descotils
Migre, Vincent Descotils, 2010

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