Salon des Réalités Nouvelles 2015 – Une pure fiction signée Martinache

Cette année, le salon des Réalités Nouvelles, qui se tient jusqu’au 25 octobre au Parc Floral de Paris, a invité ArtsHebdoMédias à primer une œuvre de son choix. Les Nuits martiennes de J. Kepler (photo ci-dessus) de Christian Martinache est celle qui a retenu notre attention. Pour la poésie et l’esthétique qu’elle engendre, l’intérêt que suscite la pratique du chimigramme, la discrétion bienveillante et heureuse de ce subtil travail.

Christian Martinache
Christian Martinache.

Insérés dans leurs boîtiers d’origine, une douzaine de Polaroids forment une étonnante ligne d’horizon. Parmi les quelque 400 œuvres exposées au salon des Réalités Nouvelles, majoritairement des peintures, la série de Christian Martinache est unique. Installée seule sur la moitié supérieure d’un panneau blanc, elle aiguise d’emblée la curiosité. A la fois ample et mince, elle s’impose élégamment tout en sollicitant une attention particulière. Alors que nombre de toiles rivalisent de puissances colorées, de traits emphatiques et d’imposants formats, Les Nuits martiennes de J. Kepler aimantent le regard et ouvrent en douceur l’imaginaire du regardeur. Chaque image est le seuil d’un vaste monde de couleurs mystérieuses et chatoyantes dont les formes évoquent les représentations des confins d’une galaxie ignorée. Elles pénètrent par la pupille et irriguent l’esprit de voyages extraordinaires. L’artiste raconte avoir laissé, en 2007, un Polaroid traîner sur son bureau. Entrepris par la lumière du jour, ce dernier a laissé naître à sa surface une composition des plus intéressantes. L’envie de reproduire ce phénomène fit entrer les chimigrammes dans la pratique artistique de Christian Martinache. « Pour moi, chaque œuvre n’a d’autre raison d’être que son aventure singulière – capter un instantané de l’infini, fixer le chaos de l’univers. Elle n’existe qu’achevée, rien ne peut la prédire, elle est l’imprévu », écrit-il.

ArtsHebdoMédias. – Quel a été l’idée maîtresse, l’impulsion de ces abstractions avant de décider d’en faire une série de Polaroids ?

Christian Martinache
Le premier Polaroid, Christian Martinache.

Christian Martinache. – Que ce soit la peinture, le dessin ou la photographie, je ne prémédite pas l’idée. J’ai retrouvé cette même liberté de faire avec cette technique photographique en détournant l’épreuve de son concept initial. Par hasard, j’ai laissé traîner un Polaroid sur mon bureau et, avec le temps, il s’est solarisé à la lumière du jour. Le résultat m’a plu et j’ai entrepris de reproduire ce phénomène aléatoire.

Quels sont les matériaux que vous avez utilisés ? Y a-t-il, par ailleurs, un ordre précis dans la disposition des Polaroids ?

Mes séries de Polaroids sont réalisées sans prise de vue, seulement par le biais de triturations et d’effets chimiques sur la gélatine. J’utilise délibérément le hasard afin de réaliser une œuvre sans référence au réel, uniquement à l’imaginaire abstrait. Ce qui la différencie d’une photo. Il y a bien un ordre dans mes séries, dans la mesure où la première image créée donnera l’impulsion aux suivantes. Chaque série est exécutée dans la foulée.

Qu’est-ce qui vous relie à Kepler ?

J’ai appelé cette série Les Nuits martiennes de J. Kepler parce que l’atmosphère irréelle dégagée par ces Polaroids est cosmique et renvoie à un astre désertique en pleine fusion. J’y vois également un lien avec l’auteur de science-fiction Philippe K. Dick. Ces Polaroids sont pour moi une pure fiction.

Sur votre page Facebook, vous postez de nombreux dessins très travaillés qui utilisent des techniques mixtes – dont un faisant référence à la fois à la guerre et aux avancées techniques. Dans quel état êtes-vous quand vous travaillez ce champ là plutôt que l’abstraction ?

Christian Martinache
Dessin signé Christian Martinache.

Il y a très peu de mes peintures, expressionnistes abstraites, sur cette page car je trouve qu’elles passent très mal à l’écran. Il y a surtout des dessins à l’encre de Chine et à l’aquarelle ainsi que des collages. Le collage me permet d’avoir une activité poétique, de dénoncer notre siècle à l’aide de la métaphore. Je ne veux pas être obsédé par un seul medium. Je pense que l’artiste doit exprimer ce qui le tourmente ; mais il doit également rendre visible ce qui est universel (à l’image de Duchamp, Picabia, Ubac, etc.).

La série de Polaroids semble être associée à un recueil de poésie, Les coulisses du plomb. Pouvez-vous nous dire quelques mots sur ce projet ?

Ce n’est plus un projet, mais un livre abouti. C’est la quatrième fois que je participe à l’illustration d’un ouvrage de poésie. J’ai proposé à Guy Girard, qui pratique l’automatisme en écriture, ces « pola » qui nous permettaient une rupture avec les illustrations habituelles (dessins, gravures, etc.). Mais mon travail de recherche sur les Polaroids est antérieur au texte de Guy. La préface écrite par Jean-Pierre Lassalle résume parfaitement notre coopération, comme en témoigne cet extrait : « Le hasard n’est pas une vague rencontre contingente faite pour émerveiller les imbéciles, mais un affleurement rigoureux d’une cristallisation réussie de l’instant créatif. »

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