Ernest Pignon-Ernest – L’art d’invoquer l’âme des lieux

« Au début il y a un lieu, un lieu de vie sur lequel je souhaite travailler. J’essaie d’en comprendre, d’en saisir à la fois tout ce qui s’y voit : l’espace, la lumière, les couleurs… et, dans le même mouvement, ce qui ne se voit pas, ne se voit plus : l’histoire, les souvenirs enfouis, la charge symbolique… Dans ce lieu réel, saisi ainsi dans sa complexité, je viens inscrire un élément de fiction, une image. » De Santiago du Chili à Paris, de Brest à Naples ou de Soweto à Alger, Ernest Pignon-Ernest a fait de la ville et de ses murs, porteurs de traces, de souvenances et de mémoire, ses espaces d’expression favoris.

L’artiste niçois affectionne la sérigraphie, qui s’appuie sur le papier, l’affiche, et dont il aime la « fragilité » et la « fin annoncée ». C’est cette technique qu’il emploie depuis près de 40 ans maintenant pour évoquer à même la brique, le béton, la pierre ou la terre, les drames, les luttes et les souffrances des hommes, s’inspirant de leur destin, puisant dans leurs mythes et affrontements, leurs légendes et religions.

Ernest Pignon-Ernest et Galerie Lelong
Verdi, Concert baroque (1982), estampe numérique pigmentaire, tirage 40 exemplaires (80 x 60 cm), Ernest Pignon-Ernest, 2009

Ses œuvres témoignent de son engagement politique et social pour les causes de son époque, mais toujours dans le respect du lieu choisi ou imposé. Chaque fois, Ernest Pignon-Ernest prend en compte la réalité physique d’un endroit, s’en imprègne pour en révéler, en exacerber, le potentiel plastique, poétique et symbolique, voire archéologique, tout en participant à son histoire future puisque le lieu, révélé autrement par son action créatrice, change le regard de celui qui le traverse. « L’opération doit découvrir les strates de mémoire enfouies sous la pierre. Souvent le sens dans mon travail découle de ce que l’on ne voit pas » a-t-il tenu à préciser. Les murs sont pour lui source intarissable d’échange et de rencontre, « un face à face important » dans sa démarche.

Ernest Pignon-Ernest et Galerie Lelong
Stravinsky, Concert baroque (1982), estampe numérique pigmentaire, 40 exemplaires (80 x 60 cm), Ernest Pignon-Ernest, 2009

Pour autant, ses derniers travaux se sont détachés des murs pour une série d’estampes numériques offrant un éclairage inédit sur le processus si particulier qui détermine sa création. Il y a d’abord le trait, subtil et d’une émouvante précision, qui donne chair à des personnages anonymes ou vient réincarner poètes, écrivains ou musiciens. Suivent la sérigraphie et le collage, qui voit le papier épouser fidèlement les reliefs et anfractuosités de la paroi choisie. Dans ses récentes estampes, l’artiste mêle, superpose et invite au dialogue le fusain et la pierre noire de ses dessins préparatoires avec la photographie de l’œuvre in situ, et permet ainsi au public d’appréhender pleinement l’évolution de son travail, polysémique, au fil des dernières décennies.

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