Au Mrac de Sérignan – Un été pluriel

Francisco Tropa, photo Jean-Christophe Lett

Le Musée régional d’art contemporain du Languedoc-Roussillon, situé à Sérignan, accueille cet été deux expositions monographiques respectivement dédiées au Portugais Francisco Tropa et à la Mexicaine Mariana Castillo Deball, ainsi que deux propositions conçues par le Marocain Hicham Berrada et par le Suisse Reto Pulfer. Témoins d’univers très divers, leurs travaux sont à découvrir jusqu’au 30 août. En voici un avant-goût.

Exploration archéologique avec Francisco Tropa. Déjà reconnu sur la scène internationale – il a notamment représenté le Portugal lors de la 54e Biennale de Venise en 2011 –, Francisco Tropa présente à Sérignan le dernier volet d’un projet qui s’est enrichi au fil de plusieurs années et embarque le visiteur dans une expédition archéologique fictive intitulée TSAE (Trésors Submergés de l’Ancienne Egypte). Son point de départ est constitué de quatre tableaux livrant, par le biais de tracés géométriques épurés, différents cadrages et vues d’un même lieu fictif  : un morceau de côte abritant un mystérieux trésor enseveli par la roche et l’eau. Un jeu de cache-cache qui trouve écho dans les Antipodes, série de 12 sculptures aux formes basiques telles des cubes et des boules qui viennent témoigner de la fascination de l’artiste pour des éléments qu’a priori tout oppose mais dont il dévoile les liens cachés. Les paradigmes des civilisations antiques sont revisité  : Le songe de Scipion est une installation comportant un cube bleu, représentant la Terre, et deux sphères, pour la Lune et le Soleil. Son titre fait référence à De Republica de Cicéron, ouvrage dans lequel l’organisation cosmique du monde est révélée par le rêve. Quant aux sérigraphies intitulées Puits, elles explorent les notions de temporalité et d’évolution  : ce à partir d’une image en négatif – qui évoque une percée au milieu d’un paysage végétal – reproduite à 12 reprises et diminuée à chaque fois d’une teinte. L’ensemble compose un univers architectural foisonnant qui laisse une large place à l’imagination et à l’interprétation du visiteur.

L’hommage aux Aztèques de Mariana Castillo Deball. Exploitant des supports très différents, Mariana Castillo Deball entremêle, pour Cronotopo, reconstitution historique et approche conceptuelle. Œuvre monumentale recouvrant le sol de la première pièce, Nuremberg Map of Tenochtitlan est la reproduction d’une carte de Mexico datant de 1521, soit aux prémices de la colonisation du monde aztèque par les Espagnols. Réalisée à partir de planches de bois gravées, elle est accompagnée de deux photographies accrochées au mur. Issues de la série Umriss (2014), elles représentent deux grands masques de bois coloré, sorte d’allégorie des secrets historiques selon l’artiste. Dans la seconde pièce, sont réunies quatre sculptures en céramique (Who will measure the space, who will tell me the time ? – Qui mesurera l’espace, qui me dira le temps ?). Il s’agit de colonnes réalisées à partir de figures archéologiques et d’éléments clés de la culture aztèque disparue – citons le maïs, aliment sacré, et le serpent, représenté en spirale, image de la vision cyclique du temps  –, mêlés à des pièces d’engrenages, des noix ou encore des jouets. Elles ont été fabriquées en collaboration avec un atelier de céramiques traditionnelles, le Taller Coatlicue, et l’ONG Innovando la tradición A.C.. A travers cette proposition, l’artiste mexicaine entend comme à son habitude générer débat et discussion. Interrogeant les notions d’authenticité et d’origine, Mariana Castillo Deball met en exergue l’habileté avec laquelle l’homme a de tout temps su s’emparer, voire cannibaliser, d’autres cultures dans un instinct universel de survie.

Mariana Castillo Deball, photo Jean-Christophe Lett
Who will measure the space, who will tell me the time ?, Mariana Castillo Deball, 2015
Hicham Berrada, l’apprenti démiurge. Mariant l’art à la science, le processus de création d’Hicham Berrada n’est pas commun. «  Je mène, à mon échelle, de petites recherches scientifiques, confiait-il à ArtsHebdoMédias en 2013. On fait un test, on regarde, on note  ; puis on recommence en changeant les conditions, une par une, pour comprendre au mieux ce qui se passe. Le dénominateur commun de mes travaux est un questionnement de notre rapport à la nature.  » Au Mrac, deux vidéos sont présentées  ; elles ont été filmées chez lui dans le cadre de la série Présage. Originaire de Casablanca, au Maroc, l’artiste installé à Paris a choisi pour théâtre de sa série un aquarium, dans lequel les réactions chimiques provoquées aboutissent à une représentation poétique de la nature morte. La température, la lumière, le magnétisme sont autant d’éléments sur lesquels Hicham Berrada joue pour donner vie à un univers mobile et multicolore en perpétuel changement. «  Au départ, je définis une loi entre le protocole scientifique et les règles d’un jeu d’enfant, précise-t-il encore. Ensuite, je joue, j’apprends, (…) j’essaie de maîtriser les phénomènes que je mobilise comme un peintre maîtrise ses pigments et pinceaux.  »

Hicham Berrada, photo Jean-Christophe Lett
Présage (série vidéo), Hicham Berrada, 2007-2015
Reto Pulfer dans tous ses états. «  Un état est complet en lui-même, mais il n’est stable que pendant une durée limitée.  » Par ces quelques mots, Reto Pulfer résume l’esprit de ses Chambres des états, imaginées dans le cadre d’une réflexion autour des notions de dessin et de rituel. Itinérante et en évolution permanente depuis 2011, l’exposition compte cette fois-ci cinq «  chambres  », soit une de plus qu’auparavant puisque la dernière étape du parcours a été spécialement conçue pour Sérignan. Travaillant notamment à partir de tissus, d’objets parfois trouvés et de pièces en deux dimensions choisis et/ou conçus pour leurs couleurs, leur fonction ou encore leur histoire, l’artiste suisse décrit dans chaque espace un état précis, physique ou psychique, évoquant tour à tour les matériaux primaires, la langue, l’expression, la concentration et l’héritage. Chacune des « chambres » est vouée à être investie, habitée par le visiteur. Reto Pulfer a l’habitude de s’appuyer sur l’architecture existante pour installer ses environnements. C’est aussi le cas à Sérignan où, s’il n’est pas possible de dédier une pièce à chacune des chambres, la scénographie n’en offre pas moins une expérience immersive des plus réussies.

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