Joana Vasconcelos à Paris – La refusée au 104

Joana Vasconcelos

La Mariée devait passer l’été au château de Versailles dans le cadre de l’exposition consacrée à l’artiste portugaise, mais, à y regarder de plus près, le matériau utilisé pour sa confection lui a interdit de séjourner chez Louis XIV. Plus audacieux, le 104 n’a pas eu peur de 25 000 tampons hygiéniques  !

Ligne 2, la rame file vers la porte Dauphine. Quatre touristes anglais discutent. Leurs ponchos jaunes et bleus donnent un aperçu du temps qu’il fait dehors. Mais toute l’eau du ciel ne saurait étancher la soif de découverte  ! Un changement à Stalingrad et déjà la station Riquet se profile. Quand on décide de se rendre au Centquatre mieux vaut descendre là, plutôt qu’à Max Dormoy. Le bâtiment qui longe les voies ferrées de la gare de l’Est abrite depuis quelques jours une nouvelle locataire  : La Mariée qui devait trôner tout l’été au château de Versailles dans le cadre de l’exposition consacrée à Joana Vasconcelos. Mais les ors de Louis XIV ne sauraient se satisfaire d’un lustre réalisé en tampons hygiéniques. Fussent-ils d’un blanc immaculé et encore enserrés dans leur fine pellicule de plastique. Le joyau national, qui reçut sans broncher les fantaisies de Jeff Koons ou de Takashi Murakami, a donc refusé d’accueillir cette œuvre par trop féminine, peut-être. Au 104, la lumière matinale vient doucement se refléter dans les cascades des milliers de pièces de la magistrale suspension. Dans la galerie des Glaces, parmi ses homologues de cristal, elle aurait fait sensation, à n’en pas douter. Un peu comme en 2005 à la Biennale de Venise, où elle marqua l’entrée de Joana Vasconcelos dans le cercle restreint des artistes prisés par les collectionneurs d’art contemporain. Engagée dans son époque, la plasticienne portugaise déploie un univers fait d’un savant mélange de tradition et de modernité, d’inventivité et de références au passé, de symboles et d’objets du quotidien  : sèche-cheveux, ustensiles de cuisine, tissus, napperons au crochet, bouteilles… sont détournés. L’artiste questionne notre société de l’hyperconsommation et en livre une interprétation féminine sans être trop féministe. Une réflexion qui s’incarne dans des œuvres souvent monumentales et toujours accessibles. Elle «  dénonce les tabous liés au corps féminin en répétant une formule qui lui est familière  : matériaux pauvres et objets de luxe  », explique-t-on au 104. Une formule qui n’a pas eu l’heur de plaire à Versailles.

Joana Vasconcelos
La Mariée, Joana Vasconcelos, 2001-2005 (détail)

GALERIE

Contact
Crédits photos