Vladimir Velickovic – La prophétie sans fin

« Je deviens de plus en plus critique vis-à-vis de moi-même. C’est peut-être ça la maturité, il y a beaucoup de choses que j’ai laissées sortir de l’atelier auparavant et qui ne me satisfont pas pleinement.  » C’est de cette confidence de Vladimir Velickovic, faite à la journaliste Françoise Monnin en 2010, qu’est née Collectors. Une exposition où rien n’est à vendre : telle est la démarche pour le moins étonnante de la galerie marseillaise Anna-Tschopp. « Les rétrospectives ne sont pas l’apanage des musées, explique Yves Gnaegy, propriétaire des lieux. Le but de cette exposition est certes d’encourager les futurs collectionneurs de Vladimir Velickovic, mais aussi de montrer certaines de ses œuvres devenues rares. » Rares en effet et pour cause : la totalité des œuvres présentées ici sont issues de collections privées. Le galeriste a retrouvé leur trace avec l’aide de l’artiste.

Vladimir Velickovic fait partie de ces créateurs que l’on ne peut oublier après avoir été confronté à leur œuvre. Né à Belgrade en 1935, il est aux premières loges pour assister aux atrocités commises par les nazis. De cette blessure originelle, il développe un alphabet, qui, de cycle en cycle, décline fureur, peur et violence. L’exposition de la galerie Anna-Tschopp offre au public une occasion unique d’en appréhender l’alpha et l’omega.

Si ses lévriers et ses hommes saisis en pleine course lui ont offert une grande renommée, Vladimir Velickovic ne s’est jamais laissé aller à un quelconque adoucissement ou compromis. Un vent de panique souffle sur les champs de bataille et attise le feu des terres désertées. Sur ces paysages de désolation veille la figure torturée du Christ de Grünewald*, que l’artiste interprète librement depuis 1994. Même le rédempteur n’échappe pas au vol sinistre des corbeaux, ombre noire, allégorie du malheur.

La peinture de Vladimir Velickovic convoque dans un temps sans commencement ni fin, où seule subsiste la force mauvaise tapie au cœur de l’homme. L’artiste fait œuvre de prophète. L’histoire lui a malheureusement donné raison.

* Artiste allemand et auteur des panneaux peints du retable réalisé au début du XVIe siècle pour le couvent des Antonins à Issenheim, aujourd’hui exposé à Colmar.<BR>

Vladimir Velickovic
1996, Soleil noir, Velickovic-1563_-_Soleil_noir_II_0.jpg

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