Water Walk – L’inspiration au fil du Lot

Cédric Jolivet

Si Water Walk – marcher sur l’eau – relève de l’utopie, ou d’un tout nouveau sport, c’est aussi le titre d’une pièce musicale présentée en 1960, sur un plateau de télévision, par le compositeur et plasticien américain John Cage. Cette performance au cours de laquelle l’artiste improvise en « jouant » d’innombrables objets : un piano, une baignoire remplie, une bouilloire en activité, un robot électrique ou encore un arrosoir avec lequel il arrose un bouquet de fleurs immergé dans ladite baignoire, nous entraîne dans cette sarabande sur fond de musique espiègle et surréaliste où sifflements, ronronnements, chuintements ou chutes provoquées d’objets réenchantés et récusés mènent la danse. Car « la musique c’est d’abord des sons » nous rappelle John Cage. Une ambiance impertinente, drôle et abracadabrante dans laquelle se sont reconnus, jusqu’à en adopter le titre, les sept artistes chargés d’animer la 7e édition du Parcours d’art contemporain en vallée du Lot et d’explorer les affinités électives entre architecture et paysage. Le fruit de leurs réflexions et recherches s’anime entre utopie et réalité, mais en écho à leur environnement et à son histoire, tout au long du circuit dessiné par les méandres du Lot, entre les Maisons Daura de Saint-Cirq-Lapopie – où cinq d’entre eux ont été invités en résidence au printemps 2010 – et le centre d’art contemporain de Cajarc, coordinateur de l’événement.

Si Jagna Ciuchta explore les notions de temps, de limite, elle travaille aussi sur les ambivalences de la réalité, du langage et du sens. En puisant dans les ressources offertes par la photographie, la vidéo, ou encore de la peinture et de la sculpture, ses installations proposent une approche constamment renouvelée du visible comme de l’invisible. David Coste interroge lui aussi les frontières entre réel et imaginaire, entre possible et utopie, jouant sur les volumes et formes du paysage et des espaces urbains, inscrits dans notre mémoire collective, incitant avec subtilité le public à devenir acteur de ses installations où vidéo, dessin et photographie règnent en maître.

David Coste, coproduction avec Image/Imatge-Orthez
Nowhere, nulle part n’existe pas 1 et 2, installation, sculpture lumineuse et photographie, David Coste, 2010

De son côté, Cédric Jolivet s’attache à prendre « en considération l’espace et le contexte » dans lesquels il se trouve et, à partir de là, questionne les notions d’habitat, de mouvement et de flux, pour livrer une œuvre d’une grande diversité, souriante et poétique, au sein de laquelle la nature se pose en incontournable cimaise.

Julien Pastor explique pour sa part concilier « regard critique et volonté de transformation du monde » pour tenter « à travers ma pratique artistique, de produire des formes qui conduisent à s’interroger sur la nature des relations que nous entretenons avec notre environnement » et, plus largement, sur ce qui caractérise nos conditions de vie. France Valliccioni allie, quant à elle, le langage des mots, des formes et de l’objet pour animer un jeu sensoriel qui vient troubler, voire bouleverser, à travers dessins, performances et installations, les significations habituellement admises et insuffler une compréhension du monde plus fragmentée et multiple qu’on ne la perçoit le plus souvent.

Jagna Cuichta, photo Samir Ramdani
When you see me again it won’t be me, installation, sculpture, photographie, projection de diapositive, Jagna Cuichta, 2010

Les installations de Clotilde Viannay sont à percevoir « comme un récit, une narration » et sont le fruit de tout un travail expérimental et analytique mêlant art et science. « Comme John Cage, explique-t-elle par ailleurs, je considère les objets et la nature comme des participants au jeu humain extrêmement vivants.<sp> »

Enfin, Maria Nordman – qui développe, en lien étroit avec la nature et depuis plus de 40 ans, une forme d’art conceptuel lié à la phénoménologie de la perception – mène pour l’occasion une série d’interventions ponctuelles, tout au long du mois de juillet, déterminées par des rencontres particulières en quelques lieux donnés à Cajarc et Saint-Cirq-Lapopie.

Un circuit passionnant qui se tiendra du 5 juillet au 12 septembre 2010, balisé par des œuvres nées de réflexions à la fois contemporaines et respectueuses de leur territoire d’accueil, de son histoire, son mode de vie et de ses traditions qui offre un regard inédit sur un paysage en constant devenir.

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