Sophie Rocco – L’étincelle de l’âme

Silhouettes fantomatiques échappées des strates de la mémoire, corps hiératiques en attente de délivrance, nul ne sait, au fond, de l’avant ou de l’après. Nimbés d’une subtile lumière qui semble consumer les chairs et les irradie, où les ocres flamboient en paillettes d’or, quel suaire les enveloppe de sa matière minérale, chrysalides proches de la délivrance ou souffle retenu en souffrance d’aveu ? Une porte se dérobe, mais ne se ferme ; la lumière transfigure ; image de rédemption. Les figures évanescentes, sur fond noir face à un mur blanc, que caresse avec la douceur qui sied à ces « gisants » debout la lumière ténue des projecteurs, sublime ces visages dont la présence hante l’invisible, gardiens d’un secret longtemps tu. Une mémoire enfouie s’extirpe d’une gangue protectrice et laisse échapper un chant profond qui libère l’émotion. La matière ici se fait chair, cicatrices de blessures anciennes, entailles de la vie, tout simplement empreintes de luttes à corps perdu face à la faillite inexorable des enveloppes charnelles échappées ici aux puissances chtoniennes. Mais au jeu de qui perd gagne, une reconquête a lieu, le corps ne s’efface que par discrète élégance, et l’esprit traverse d’un trait fulgurant l’oubli qui semblait à jamais inscrit. Dans cette lutte engagée contre les ténèbres dont le corps demeure la pierre de touche, la victoire n’est jamais acquise, elle s’accorde seulement un répit, au mieux, mais l’enjeu dans ce combat singulier toujours recommencé vibre de « cet ardent sanglot qui roule d’âge en âge » et transcende la nuit des Temps.

S. Rocco, courtesy Univer
Peintures sur bâche, Sophie Rocco

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