Patrick Soladie à Port-Vendres – Le souffle et la forme

Patrick Soladie, photo Victor Simal

Patrick Soladie est peintre. Si vous avez l’imprudence de le qualifier d’artiste, il laisse échapper soupirs et commentaires sans appel. Inutile de tenter de contrer l’averse, l’homme habituellement peu bavard manie très bien la rhétorique à ses heures. Peintre, en revanche, il l’admet volontiers. Protégé par un possible malentendu. Longtemps, la peinture surgissait au cœur de la nuit, sans que personne, ou presque, n’en sut rien. S’il maniait truelle et ciment le jour, pinceaux et peinture prenaient leur «  revanche  » une fois le soleil disparu à l’horizon. De ces heures subtilisées au sommeil naissaient tantôt des abstractions, tantôt des motifs floraux, toujours réalisés à l’instinct. De son métier de maçon, il a gardé un appétit pour les matériaux de construction et de récupération, un geste précis et le goût du travail bien exécuté. Depuis qu’il n’est plus question d’aligner pierre sur pierre, ses habitudes n’ont pas changé. Son atelier demeure éphémère. Installé dans la salle à manger à l’heure où tout le monde aspire à rejoindre Morphée, il disparaît avant l’heure du petit-déjeuner. Sur les murs, la plupart des œuvres sont signées par d’autres. Les siennes, il les stocke à l’étage dans une grande chambre remplie comme un œuf. Patrick Soladie peint sur ce qu’il a  : du bois, des bâches, des cartons, des toiles… Peu importe. Le motif naît de l’imagination provoquée par le support. Rien n’est prémédité, mais tout est réfléchi comme aime à dire celui qui n’a pas peur de la couleur. Rouge, jaune, vert, noir… L’expression passe par elles. Sur un aplat uni, les formes se dessinent, s’entrelacent, s’imbriquent les unes aux autres. Des chemins de matière les contournent, reviennent sur leurs «  pas  », matérialisent des espaces plus ou moins grands, plus ou moins tordus. Le mouvement est au cœur de la toile. L’énergie circule et parfois prend la tangente par des passages plus directs  : artères rouges verticales, filets blancs en diagonal. Aucune voie n’est sans issue. Il faut que le souffle passe. Invité à exposer tout le mois de décembre à l’atelier Les 3 Maquereaux – nouveau lieu dédié à la création artistique et design créé par Julie Van Hove à Port-Vendres, dans les Pyrénées-Orientales –, le peintre y présente une sélection de bois et de cartons peints. Que des œuvres récentes.

Patrick Soladie, photo Julie Van Hove
Fragment de carton, Patrick Soladie, 2014
Patrick Soladie, photo Julie Van Hove
Cartons, Patrick Soladie, 2014
Patrick Soladie, photo Julie Van Hove
Fragment de carton, Patrick Soladie, 2014

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