Peter Greenaway – De Vinci s’immerge dans le numérique

Peter Greenaway, photo James Ewing courtesy Park Avenue Armory

Mû par son enthousiasme pour l’art pictural et une curiosité insatiable pour les nouvelles technologies, le réalisateur et plasticien Peter Greenaway a entrepris, il y a cinq ans, une ambitieuse série d’installations intitulée Dix peintures classiques revisitées. Son intention : initier, puis entretenir, un véritable dialogue « entre 8 000 ans d’art et 112 ans de cinéma ». Après La Ronde de nuit de Rembrandt, mise en scène aux Pays-Bas en 2006, à l’occasion du 400e anniversaire du peintre, le Britannique a conçu deux installations respectivement dédiées à La Cène de De Vinci et aux Noces de Cana de Véronèse. Ce sont ces deux créations multimédia qui occupent actuellement l’immense espace d’exposition new-yorkais du Park Avenue Armory.

Exploitant pleinement les volumes de l’ancienne armurerie, l’artiste offre une lecture renouvelée et pour le moins originale de ces deux chefs-d’œuvre de la peinture classique. Il leur dédie un univers plastique et numérique foisonnant, à travers lequel le visiteur est invité à déambuler, les sens constamment maintenus en éveil.

Après avoir été numérisée avec une précision extrême – par le biais de techniques empruntées aux restaurateurs d’œuvres anciennes –, la fresque de De Vinci a d’abord été reproduite grandeur nature (8, 8 m sur 4, 6 m) sur un mur de plâtre, rappelant celui du réfectoire du couvent milanais qui abrite la peinture a tempera originale. En contrebas, une longue table a été dressée suivant son modèle en deux dimensions. Sur une vingtaine d’écrans, disposés tout autour, défilent des plans rapprochés de visages ou de mains, des zooms éclairant toute une partie ou un simple détail du tableau. Peter Greenaway explore l’œuvre dans ses moindres recoins, décortique et déconstruit comme pour mieux la réassembler et l’appréhender dans son intégralité, offrant au public une approche et des interprétation inédites pour chacune des deux œuvres qu’il présente ici. « La révolution numérique nous a enseigné l’extrême importance de l’image », soutient celui qui aime évoquer ses films comme il analyserait des toiles, et n’hésite pas, d’ailleurs, à asséner « très sincèrement » que le cinéma est mort : « Il a pu satisfaire nos pères et nos grands-pères, mais la génération actuelle ne veut plus être passive lorsqu’elle est divertie. Le cinéma doit changer de comportement et d’attitude », déclarait-il à l’hebdomadaire The New York Observer il y a quelques semaines.

Fort de ce constat, Peter Greenaway se fait alors l’inventeur d’un nouveau langage, d’un monde parallèle animé de mouvements d’ombre et de lumière, d’illusions d’optique et de jeux de contrastes, de variations musicales et d’effets sonores. Un univers dans lequel les personnages ne sont plus immuablement immobiles, mais s’animent, interpellent, devisent ou conversent. Le vocabulaire employé emprunte à la fois à la peinture, au cinéma, à la poésie et à la musique ; le plasticien nous en livre les codes et nous convie ainsi à participer à l’échange passionnant qu’il instaure entre les arts visuels anciens et contemporains. Passionné d’histoire de l’art, Peter Greenaway n’envisage une œuvre qu’en la replaçant dans le tout dont elle est issue, tel l’élément d’une chaîne infinie déroulant ses maillons : « Il ne pourrait y avoir Warhol sans Van Gogh, Van Gogh sans Vermeer, Vermeer sans de Vinci, énonce-t-il avec simplicité. (…) Je voudrais que le public vienne regarder et regarder encore. Je souhaite qu’il sorte enrichi de cette expérience, qu’il comprenne l’importance de ces œuvres et que nous sommes tous concernés par l’héritage laissé par les grands maîtres. J’aimerais que les gens se disent “ceci est pour nous”. »

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