Paris-Shanghai-Venise – Cris et chuchotements de Julian Schnabel

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Auteur prolifique d’une œuvre éclectique, Julian Schnabel est l’invité d’honneur du Museo Correr de Venise, qui lui consacre une rétrospective – organisée en parallèle à la 54e biennale – offrant au public l’occasion de parcourir quelque 40 années de création picturale et sculpturale. La galerie Magda Danysz présente pour sa part le pan photographique du travail de l’artiste américain, mis en lumière lors de deux expositions proposées simultanément à Paris et à Shanghai.

Postée telle une sentinelle à l’entrée du Museo Correr, abritée sous l’une des hautes voûtes bordant la place Saint-Marc de Venise, Queequeg – qui tient son nom de celui d’un personnage du Moby-Dick de Melville – est la dernière-née d’une série de sculptures entamée par Julian Schnabel il y a vingt ans. Sa silhouette de bronze, haute, massive et recouverte d’une patine blanchâtre, annonce tout de go la grande liberté toujours prise par l’artiste tant avec la matière qu’avec le format. De fait, le visiteur monte ensuite les marches d’un somptueux escalier aux murs ornés de deux imposants tableaux – plus de six mètres de haut chacun –, sur lesquels un surfeur taquine la vague. Painting for Malik Joyeux and Bernardo (2006) est le titre de ce diptyque en noir et blanc. Le premier nom renvoie à un champion français de surf disparu, le second au cinéaste italien Bernardo Bertolucci ; l’ensemble vient rappeler la passion nourrie par Julian Schnabel depuis sa jeunesse pour ce sport comme pour le cinéma.

Julian Schnabel, photo S. Deman
Queequeg, the Maybach sculpture, Julian Schnabel, 2010.

L’escalier s’ouvre sur une ancienne salle de bal, dans laquelle trois autres toiles abstraites et monumentales – El Espontaneo, Catherine Marie Ange et Anno Domini (1990) – s’élèvent sans complexe jusqu’aux ors des plafonds néo-classiques. Une quarantaine d’œuvres au total permettent d’appréhender l’éclectisme de cet artiste révélé dès la fin des années 1970 par ses Plate paintings, peintures réalisées à partir de morceaux de vaisselle en céramique. Alors que la scène artistique new-yorkaise, sur laquelle il évolue alors, est encore influencée par l’art conceptuel et minimaliste, Julian Schnabel s’évertue, aux côtés des néo-expressionistes, à démontrer la survivance de la peinture. Admirateur des travaux de Jackson Pollock et de Cy Twombly, comme de la maîtrise des grands maîtres tels El Greco ou Le Tintoret, il peint comme il respire, selon ses dires : c’est sa « manière d’être en communication avec le monde ».

Son inspiration, il la puise dans son quotidien – en témoignent les représentations de proches réalisées au fil des ans – et, plus généralement, dans l’observation de la vie. Si nombre de références littéraires, historiques ou musicales parsèment ses œuvres, lui affirme cependant préférer que le public les aborde muni du moins d’informations possible, pour laisser l’imagination de chacun livrer sa propre interprétation. A tout juste 60 ans, l’artiste américain est l’auteur d’un travail d’une grande diversité stylistique. « Parfois, lorsqu’on parle, on éprouve le besoin de chuchoter, d’autres fois de crier ou de chanter. Il y a plusieurs façons de traiter le son et il en va de même pour la peinture », explique-t-il simplement.

Julian Schnabel, collection Olatz Schnabel
Portrait d’Olatz, Julian Schnabel, 1993.

Pour preuve, cette rétrospective de Venise qui offre à lire les différents chapitres de sa quête artistique, chacun dévolu à une recherche esthétique particulière. Enduit, cire, encre, émail ou résine côtoient ainsi l’huile et l’acrylique sur la toile, le bois, le velours, la bâche de plastique ou la voile, tour à tour choisis comme supports par le peintre, qui est aussi sculpteur, musicien, photographe et cinéaste*.

Moins connue du grand public, la partie photographique de son œuvre fait, par ailleurs, l’objet d’une double exposition organisée par Magda Danysz dans ses galeries de Paris et de Shanghai. Toujours inspiré par son environnement proche, Julian Schnabel présente des portraits de sa famille, de ses amis – parmi lesquels Placido Domingo, Lou Reed et Mickey Rourke –, l’intérieur de son appartement ou de son atelier new-yorkais. En couleurs ou en noir et blanc, les clichés sont tous des polaroïds tirés sur grand format. Certains portent les traces d’une intervention picturale, autre caractéristique de sa démarche que l’on observe également dans la série Salivars (2009), présentée au Museo Correr. Sur ces immenses reproductions photographiques de paysages ou de scènes de vie des années 1950, l’artiste vient apposer des touches de couleurs ou mettre en exergue des taches formées sur le cliché par les caprices du temps. Le passage d’un média à l’autre s’est toujours fait avec aisance, s’imposant à lui comme une évidence.  » C’est quelque chose de très naturel, confirmait-il lors du vernissage de son exposition vénitienne en juin dernier. Il me serait bien plus difficile d’essayer de faire la même chose tout le temps. « 

* Julian Schnabel a notamment réalisé Basquiat (1996), Avant la nuit (2000), Le scaphandre et le papillon (2006) et Miral (2010).

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