Guérineau et Podbielski – Œuvres parallèles

Pascal Guérineau

Guérineau/Podbielski, l’exposition est intitulée simplement du nom des artistes qui se partagent la galerie Cécile Charon. Sans prénom pas de distribution a priori des rôles : gouge et burin étant plus souvent imaginés dans des mains d’homme plutôt que dans celles d’une femme. A moins qu’elle ne se prénomme Camille. De la rue, les baies vitrées laissent le passant libre de plonger dans l’univers de couleurs et de peinture de Pascal Guérineau ou dans celui plus sobre de pierre et de métal d’Anne Poedbielski. A gauche, des formes rondes ou anguleuses taillées directement dans le marbre ou coulées dans le bronze, à droite des chatoiements de jaune, de bleu, de mauve… en hommage au plus célèbre des cris, celui de Munch. Ils ont choisi de ne pas mélanger leurs œuvres pour permettre au visiteur de s’immerger plus facilement dans le monde de l’autre. Amis complices, ils préfèrent le respect au mélange, le risque à la séduction de circonstance. Dans la première pièce, Anne Podbielski a disposé une douzaine de sculptures très différentes tant par le matériau que par le sujet. Chacune d’elles représente un moment de sa vie d’artiste, instant de grâce ou de doute, période avec atelier ou sans, froideur de l’abstraction, sensualité des corps retrouvés. Les oiseaux de marbre nervuré observent des couples enlacés aux courbes incertaines. Si les premiers nous tiennent à distance, les seconds nous semblent familiers, ils nous ressemblent. Posée à l’extrémité d’une tige d’acier, une tête à la réminiscence antique garde le seuil de l’autre pièce. Réalisée spécialement pour cette exposition, elle ouvre grand la bouche en un cri qui annonce ceux de la peinture maintenant toute proche.

Anne Podbielski
Oiseau

Ce qui attire d’abord le regard, c’est le déploiement de couleurs, puis, si le sujet s’impose, une chose assez inhabituelle se produit : l’envie de toucher la toile. Dans la salle d’à côté, la main a caressé le marbre, glissé le long du bronze, sans vergogne. Rien de plus normal que cet élan du troisième sens. Mais là, devant cette peinture, le geste sacrilège reste suspendu de peur de se faire prendre. Du pinceau de Guérineau sort une peinture de velours. Les cris résonnent et les mains frissonnent. Cette variation sur un même thème permet de suivre l’artiste dans ses fulgurances. Adepte des performances, il aime montrer les arcanes de ses œuvres et ne craint pas d’être jugé. Il peint en public car l’âme de sa peinture ne réside pas dans un secret de fabrication mais dans une force irrépressible qui le pousse jour après jour vers la toile. L’homme est d’un bloc. Il peint sans fioritures, sans chichis, sans concessions. Il peint, comme il respire, tout simplement. Dans le silence de leur for intérieur, les œuvres de Podbielski et de Guérineau entrent en dialogue.

Anne Podbielski
The Bird, Anne Podbielski

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