Laura Poitras à New York – Une expérience viscérale

Vue de l’exposition Astro Noise, Laura Poitras.

La journaliste et réalisatrice américaine Laura Poitras est l’invitée singulière du Whitney Museum de New York.

En 2015, Laura Poitras recevait l’Academy Award du meilleur film documentaire pour Citizenfour, construit à partir de l’histoire du lanceur d’alerte Edward Snowden. Dix ans plus tôt, son film My Country, My Country – sur l’occupation américaine en Irak – lui avait valu de rejoindre la liste de surveillance des services de sécurité de son pays – un état de fait qu’elle ne découvrira qu’en 2014. Le Whitney Museum de New York présente actuellement une exposition conçue par ses soins, Astro Noise, titre inspiré à la fois du nom qu’Edward Snowden avait attribué au fichier contenant des informations classées secrètes par la NSA (National Security Agency) et par celui donné par les astrophysiciens aux faibles distorsions des radiations thermiques qui furent provoquées par le Big Bang. Pour sa première exposition muséale personnelle, Laura Poitras propose plusieurs installations immersives liées aux grands thèmes de son travail journalistique que sont, entre autres, la surveillance de masse, l’usage de la torture – notamment à Guantanamo – ou encore le programme militaire de drones américains. S’y entremêlent extraits de ses films, documents numériques ou papier originaux, avec lesquels le public peut interagir. « J’aime beaucoup l’idée de créer un espace qui stimule le spectateur, le mette au défi et lui demande de prendre des décisions, explique-t-elle. Mes films évoquent tous la question suivante : que font les gens confrontés à des choix et à des risques ? En demandant au visiteur de s’allonger et de regarder vers le haut dans Bed Down Location, par exemple, je le fais pénétrer dans un espace créateur d’empathie pour imaginer une guerre de drones. Dans une autre pièce, je joue à la fois sur la séduction opérée par des rayons lumineux et la chorégraphie des corps dans l’espace, ces derniers faisant face aux murs, ce qui provoque des associations d’idées, comme le fait de penser à un peloton d’exécution. Ce qui m’intéresse, c’est de tenter de rendre les choses difficiles à percevoir pour faire écho à l’opacité des arcanes du pouvoir. » Dans la dernière salle, des écrans révèlent que chacun a été filmé et enregistré tout au long de sa visite, tout comme le contenu de son téléphone mobile a été espionné : l’ensemble des coups de fil, SMS et autres applications installées ayant été saisis par le biais d’un système de surveillance installé au cœur des cimaises. Une « expérience viscérale », pour reprendre l’expression du commissaire de l’exposition Jay Sanders, à vivre jusqu’au 1er mai.

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