Malik Nejmi – De l’ombre portée à la lumière

Malik s’aventure là où l’invisible, l’absence, se mue en présence. Aller au-devant de l’autre, de l’enfance, passer derrière le décor, «  photographier dans la marge  », c’est le pari d’un homme qui s’expose et pose son regard sur une partie de lui-même, le «  regard d’un étranger sur une partie de son origine  », pour comprendre, entre grâce et solitude, le monde des immigrés.

«  Mon travail se situe là où nous pourrions douter de l’information. Pour montrer l’envers du visible, il faut photographier dans la marge.  » Malik Nejmi a fait de cet axiome un credo. Etudiant en lettres modernes sorti diplômé assistant réalisateur du Conservatoire libre du cinéma français de Paris, il reste fidèle à ses thèmes de prédilections  : l’enfance, les sujets sociaux et politiques contemporains, l’Afrique. L’identité, n’en parlons plus… c’est un thème dont il s’est saisi bien avant que ne surgisse et ne s’envenime le débat franco-français. L’an dernier, l’Agence nationale pour la cohésion et l’égalité des chances lui décerne une bourse de 25 000 euros  ; elle lui permet de se rendre au Laos avec une vingtaine de jeunes nés comme lui à Orléans. «  A la demande de la communauté laotienne qui souhaitait documenter ce voyage et en partenariat avec le Secours populaire, j’ai suivi l’évolution de ces vingt adolescents dans leur projet de retour au Laos  », raconte le photographe qui a essayé de «  dresser le portrait de la jeune génération laotienne née en France à travers un voyage unique et sensible, conditionné par l’espoir d’un retour aux sources… Comment photographier et retranscrire cet espoir de voir se reconstituer des liens avec un pays que les parents ont quitté il y a trente ans pour s’extraire du communisme  ?  »

Malik Nejmi

De ce voyage de trois semaines, Malik Nejmi revient avec une série émouvante – composée notamment de Polaroid réalisés par les jeunes, leur offrant ainsi l’occasion de garder une trace «  instantanée  » – que l’on peut découvrir jusqu’au 25 avril à la collégiale d’Orléans. Une exposition qui retrace les moments forts de ce périple intime au cours duquel il a dû apprendre à se situer pour ne pas gêner ce retour aux sources  : «  Il a fallu que je cerne les frontières pour ne pas violer ces moments de fortes émotions. Une des jeunes m’a dit que ma présence était de trop le jour où elle a rencontré sa grand-mère  : les silences étaient troublés par le clic de l’appareil photo…  » Il connaît ces moments délicats, il sait s’y adapter. Car pour lui, à travers l’histoire de ces jeunes franco-laotiens, se posait une nouvelle fois la question de sa propre filiation, de ses relations avec sa famille et son passé. «  Ça me renvoie forcément à mes propres interrogations liées à l’identité, à l’origine  », reconnaît-il.Quelques mois plus tôt, il présentait à la Cité de l’immigration un travail très personnel – clichés et textes – réalisé entre 2001 et 2005 au cours de ses trois «  retours au pays  »  : le Maroc de son père. Si la question identitaire est solidement enracinée dans son imaginaire artistique, pour autant le photographe ne boude pas son plaisir. Malik Nejmi, qui collabore aussi pour des organes de presse nationaux (Libération, Le Monde, l’Agence VU…) rêve de voyages, de projets, de rencontres. Il sait apprivoiser la lumière qui convient pour rendre beau ce qui peut échapper aux yeux du plus grand nombre. Il privilégie l’interrogation à l’intellectualisation et cette exigence de l’authentique confère à son œuvre une dimension universelle. Les récompenses viennent naturellement. Il reçoit le prix Kodak de la critique photographique en 2005 avant d’obtenir en septembre 2007 le prix du jury de photographie de l’Académie des beaux-arts. Sélectionné par Raymond Depardon en 2006 aux Rencontres internationales de la photographie d’Arles – auquel il participera à nouveau cette année – son travail a, entre autres, été exposé aux 6es Rencontres africaines de Bamako au Mali, et à Meknès au Maroc.Malik Nejmi

Pour son exposition à la galerie 127, à Marrakech, Mohamed VI lui adressera un courrier de félicitations et Nathalie Locatelli, propriétaire de cette première galerie de photos contemporaines du Maghreb envisage de réaliser un ouvrage sur l’histoire de la photo marocaine. Malik Nejmi y a évidemment toute sa place. En attendant, il consacre son énergie pour d’autres recherches autour de l’enfance, des tabous de l’Afrique confrontée au handicap  ; elles lui ont valu plusieurs voyages au Bénin, au Mali, au Kenya et à Madagascar. «  Ma réflexion se porte sur cette Afrique dont on a toujours perçu la douleur par l’image  ; et plus particulièrement, après mon expérience de Bamako, j’ai pris conscience, peut-être naïvement, que l’enfance est d’une fragilité familière.  » Confronté à certaines faiblesses humaines, Malik Nejmi sait capter avec une profonde tendresse le regard de celui qui s’offre à son objectif. L’art de s’effacer pour mieux être présent. Et ne pouvoir aimer qu’un pays à la fois.Malik Nejmi

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