Phil.Macquet à Miami – Voir au-delà de la peinture

A 17 ans, Phil.Macquet comptait déjà parmi les tout premiers Français à pratiquer le Street Art. Au fil du temps, ses pochoirs de carton sont devenus numériques et l’artiste a cessé d’arpenter les rues pour se concentrer sur des créations réalisées par ordinateur. Issu d’une culture artistique classique, ce peintre, qui revendique l’«  effet pixel  » dans toutes ses œuvres, se passionne pour l’innovation et les nouveaux médias. Un intérêt qui le pousse à outrepasser sans cesse les limites du cadre imposées par le support. Ces nouvelles toiles sont exposées jusqu’à la fin décembre à la galerie Markowicz Fine Art, à Miami.

En peinture, le regardeur a un rôle incontestable. S’il est en proie à de nombreuses tempêtes intellectuelles et émotionnelles, il peut aussi se sentir limité face à la toile. Certaines pratiques contemporaines, comme la performance et l’installation, l’ont sensibilisé à d’autres formes d’interactions. La peinture augmentée de Phil.Macquet comble ce vide. Equipé d’un smartphone ou d’une tablette numérique, le visiteur peut désormais aller au-delà de la peinture. Certains pochoirs révèlent une part cachée de la création, qu’elle soit visuelle ou sonore. Il s’agit pour l’artiste de développer encore le lien qu’il cherche à établir avec ceux qui regardent. Des années en arrière, il avait choisi la rue comme terrain de création pour rendre son travail accessible à tous. Aujourd’hui, il utilise une technologie populaire, entrée dans la vie de chacun. La peinture augmentée de Phil.Macquet est devenue plus proche, plus riche aussi. Elle crée de nouveaux liens avec le public. En promenant son terminal mobile à distance respectueuse de la toile, le regardeur-acteur se laisse surprendre par d’autres propositions. Derrière un pochoir actif se cache un levé de Terre. De face, l’étonnement est au rendez-vous. De profil, le «  petit théâtre  » montre l’ensemble de la «  machinerie  », les différents plans numériques nécessaires pour créer l’illusion de la Terre s’élevant dans le ciel. Ce que l’on voit change en fonction de la distance et de l’endroit où est tenu l’appareil. La main se tend, se rapproche et s’éloigne. Le regard va et vient entre la toile et l’écran. Ce que l’on trouve, comme dans une chasse au trésor, n’est pas ce à quoi l’on s’attend.Différentes temporalités superposées

Phil.Macquet utilise le principe de sérenpidité pour aiguiser l’appétit du regardeur. Jusqu’à présent, les liens unissant ce dernier à la toile relevaient essentiellement d’un processus frontal et mental déclenché par une seule interface. Désormais, l’artiste propose deux interfaces  : la toile, qui reprend à son compte les codes consacrés de la peinture – composition, couleur, cadre –, et l’écran, capable de diffuser des créations de natures différentes – images, textes, photographies, vidéos, animations. Les discours plastiques se multiplient en même temps que les possibilités de dialogue. L’utilisation du mobile, tout en augmentant le temps de présence à l’œuvre, diminue celui de la contemplation et favorise l’action. Personne ne voit ou n’expérimente la même chose au même moment. Le temps de la découverte est individuel, singulier. L’artiste crée en considérant l’importance du récepteur. L’œuvre n’existe pas en dehors du public qui exerce sa liberté d’agir ou non. Par ailleurs, elle superpose différentes temporalités  : celle dans laquelle s’inscrit l’action, celle(s) qu’énonce(nt) la toile, celle abordée par les différentes créations rendues accessibles par les pochoirs. Le temps prend de l’épaisseur, il ondule en suivant les mouvements du mobile, se fige, se dilate, crée des raccourcis et des télescopages. Au fur et à mesure que vous vous éloignez de l’œuvre, une pin-up des années 1950 se transforme en mannequin des années 2000. Les temps se superposent pour offrir un nouveau visage de la mémoire. La peinture n’est pas simplement interactive, elle est augmentée.

 

Comment lire une toile augmentée. La peinture numérique de Phil.Macquet passe par la palette graphique. L’artiste réalise des pochoirs numériques à partir de photos avant de travailler la composition. Aucun traitement automatique ni aucun filtre ne sont utilisés. Seule la couleur est appliquée avec plus ou moins de force, pour laisser jouer les transparences. Cette technique d’assemblage permet plusieurs niveaux de lecture, selon que le public se place à moyenne ou à courte distance. Les éléments sont disposés plan par plan. Pour la série des toiles augmentées, le peintre a développé une application pour mobiles (smartphones et tablettes numériques). Celle-ci est chargée de lire sur la toile certains pochoirs préalablement déterminés. Une fois l’application téléchargée, il s’agit de repérer à l’aide du terminal mobile un des pochoirs actifs en promenant le téléphone ou la tablette devant la toile. Une fois ce dernier identifié, la suite de l’œuvre apparaît sur l’écran. Une bande sonore peut également se déclencher. Pour stopper la diffusion de l’un ou l’autre de ces éléments, il suffit d’effectuer un mouvement rapide de la main vers un autre point de la toile. 

Phil.Macquet
Vue d’exposition, Phil.Macquet, 2013

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