Farrell – En mémoire d’une ballade de pendus

Malachi Farrell

Les installations mécanisées ou cinétiques du sculpteur irlandais Malachi Farrell entremêlent objets de récupération, mouvements, sons et lumières  : une chorégraphie qui use sans complexe du rabibochage comme des toutes dernières technologies pour mettre le spectateur à l’épreuve du danger. Depuis ses débuts, l’artiste, qui vit en France, n’a de cesse de dénoncer, sur un mode à la fois burlesque et grave, l’absurdité d’un monde soumis à la standardisation, à la répétition, et qui obstinément paraît vouloir programmer sa propre destruction. Une œuvre dont la verve très beckettienne pour l’absurde évoque la guerre, l’antimondialisation, l’intolérance, le racisme mais aussi l’environnement. L’exposition Strange fruit in the street, spécialement créée pour les Moulins Albigeois, fait référence au poème Strange fruit (Fruit étrange)  ; il rappelle le lynchage de deux Noirs américains dont les corps pendus aux arbres avaient eu les honneurs de la presse.

Malachi Farrell
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Ecrit au milieu des années 30 par Abel Meeropol (et publié sous son nom de plume Lewis Allen), enseignant juif du Bronx, ce dernier, un peu plus tard, le met en musique  ; il sera interprété pour la première fois par son épouse et ensuite, en 1939, par Billie Holiday. La chanson, considérée comme l’un des premiers protest songs américains, préfigure les luttes futures pour les droits civiques aux Etats-Unis dans les années 1950. Mais l’engagement de Malachi Farrell se fonde plus sur le pouvoir de l’imagination que sur l’engagement politique. Ici, l’artiste construit un parallèle entre le lynchage de l’homme noir et la destruction de l’homme actuel par la misère sociale et l’inconscience écologique. Dans une mise en scène effarante, il invite le visiteur, à parcourir une rue mal famée d’un quartier américain. A l’extérieur des bâtiments, une kyrielle de chaussures pendent à des câbles par leurs lacets  : aussi, comment ne pas songer à d’autres pendus  ?… La première salle d’exposition offre un paysage de destruction, celui perpétré par l’ouragan Katrina  ; plus loin l’installation Crack house propulse le spectateur dans un univers chaotique ou le sol jonché de détritus se retrouve au plafond, menaçant le visiteur de l’engloutir. Dans un style où s’exprime toute l’exubérance irlandaise, les installations de Malachi Farrell jouent de la caricature et de l’ironie avec frénésie et une certaine brutalité. L’œuvre se fait militante, harangue le public pour que se réveillent les consciences et que l’espoir d’un monde meilleur perdure.

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