Reza à Paris – De la réalité au rêve

Reza

Dans un contexte d’actualités qui lui font particulièrement écho, l’exposition Rêve d’humanité, orchestrée par le photographe Reza, se déploie en plein cœur de Paris, le long du quai des Tuileries (1er arrondissement). Elle prend la forme d’une fresque longue de 370 mètres, conçue «  en hommage à la famille humaine  », sur laquelle des photos signées par l’artiste côtoient celles réalisées par des enfants de réfugiés syriens rencontrés dans le camp de Kawergosk, au nord du Kurdistan Irakien, ainsi que par le photographe dubaïote Ali Bin Thalith. Une rencontre avec Reza, assortie d’une visite de l’exposition, est organisée sur place ce samedi 19 septembre* entre 18 h et 22 h – sous réserve de bonnes conditions climatiques, est-il précisé  !

La parution de la photo du jeune Aylan, trois ans, retrouvé mort sur une plage suite au naufrage du bateau qui le transportait avec sa famille et d’autres réfugiés cherchant à rejoindre l’Europe, a déclenché une vague d’émotion sans précédent. Pourtant, malgré l’amplification de ce phénomène, rien n’est nouveau. Reza peut en témoigner. Son exposition, inaugurée le 24 juillet sur les berges de Seine, aura peut-être un autre impact désormais. «  Une photo ne peut pas changer le monde, mais elle change les êtres humains qui la voient  », assure-t-il. Les années n’ont en rien affecté le magnifique optimisme du sexagénaire, pourtant témoin des conditions de vie précaires de milliers de familles croisées au Moyen-Orient et en Afrique depuis plus de 30 ans. Accessible à tous, la manifestation met en lumière un projet sur cinq ans, Exile Voices, débuté en décembre 2013. Alors en mission bénévole dans un camp de réfugiés syriens installé dans le Kurdistan irakien, il ouvre un atelier de photographie à une vingtaine d’enfants âgés de 10 à 15 ans. «  La première chose que je leur ai dite, c’est que je n’étais pas venu leur apprendre à prendre des photos, mais à utiliser un outil de langage universel leur permettant de raconter leur histoire et d’en devenir acteur.  » Le résultat parle de lui-même  ! «  Honnêtement, après toutes ces années de pratique, il m’est arrivé d’être jaloux de ce que sont capables de faire ces enfants en quelques mois de formation  », plaisante le photographe iranien. De fait, quelques-unes des plus belles images réalisées par ces photographes en herbe décrivent le quotidien des réfugiés avec une justesse touchante et délivrent un message d’espoir et de tolérance. Plusieurs clichés montrent des enfants en train de s’amuser. Certains objets, comme une poupée tenant un violon ou encore un miroir reflétant le camp, posés à même le sol dans un décor chaotique, offrent un contraste saisissant. De nombreux portraits réalisés entre eux affichent toute une gamme d’émotions, du large sourire au regard pensif, voire inquiet. Un angle différent qui décuple la portée des photographies et donne un éclairage inédit sur le quotidien d’un camp de réfugiés.* Rendez-vous est donné ce samedi 19 septembre en haut de l’emmarchement devant le Musée d’Orsay.

Maya Rostam
Extrait du projet Exile Voices@mené par Reza au campde Kawergosk,au Kurdistan irakien, Maya Rostam (13 ans)

Dans le même esprit, sept mots désignés par Reza comme les valeurs de «  la famille humaine  » – parmi lesquels «  dignité  », «  hospitalité  » ou encore «  amitié  » – sont chacun retranscrits en des dizaines de langues entre les différentes séquences de photos. Des revendications sociales donc, mais quid de l’aspect politique  ? «  J’ai très peu de relations avec ce milieu, mais chacune de nos actions est politique. Si, par exemple, les audiences des reportages sur la condition des réfugiés étaient supérieures à celles des émissions de télé réalité, cela changerait forcément la donne.  »

Au mur se déploie également une mosaïque composée de plusieurs centaines de portraits de personnes originaires de plus de 100 pays  ; la plupart regardent droit dans l’objectif. Une nouvelle illustration de la grande famille rêvée par Reza. Et celui-ci de livrer une anecdote  : «  Parmi ces portraits, certains ont une histoire particulière  : j’étais allé dans un camp comptant 12 000 enfants séparés de leurs parents. Nous les avons tous photographiés et, avec l’aide d’organisations comme l’Unicef et la Croix Rouge qui ont diffusé les clichés, 3 500 d’entre eux ont retrouvé leur famille.  » Par ses actions entremêlant l’humanitaire et l’artistique, Reza poursuit une quête d’un monde meilleur, d’un idéal nourri de ses convictions. Parmi elles, celle de l’importance à accorder à l’éducation. Il a dans cet esprit mené plusieurs ateliers photographiques dans des banlieues défavorisées de Paris, sa ville d’adoption. «  Ce qui m’attire, actuellement, c’est de former des jeunes pour développer le journalisme citoyen, pour leur faire comprendre que leurs actes servent leurs causes.  »

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