Collection Société Générale – Le parti pris de l’éclectisme

Elina Brotherus, courtesy Collection Société Générale

Début juillet, le groupe Société Générale recevait l’Oscar Jacques Rigaud du mécénat culturel décerné par Admical – association dédiée à la diffusion de la pratique du mécénat auprès des entreprises et des entrepreneurs – dans le cadre de la 29e édition des Oscars du mécénat. Une récompense qui vient saluer un engagement de plus de 25 ans auprès de la musique classique et de l’art contemporain, à travers notamment une collection initiée en 1995 et forte aujourd’hui de quelque 350 peintures, sculptures et photographies, ainsi que de 700 lithographies, éditions et sérigraphies, signées par des artistes de renoms comme des jeunes talents. Depuis 2011, deux accrochages thématiques annuels, confiés à des commissaires d’expositions indépendants et organisés dans un espace dédié situé au premier étage du siège de la Défense*, permettent aux collaborateurs du groupe d’appréhender largement, et de façon originale, le patrimoine artistique acquis au fil des vingt dernières années. En ce moment, le visiteur est convié à plusieurs Invitations au voyage – «  A la découverte de l’autre  », «  Formes et couleurs  », «  Au pays du rêve  », «  Solidarité et entreprise  » et «  Horizons lointains  » – proposées par le journaliste et critique Guy Boyer pour saluer les 150 ans de Société Générale. Depuis quelques semaines, l’espace d’exposition est aussi accessible au grand public – sur simple inscription par le biais du site Internet de la Collection. A l’occasion de cette riche actualité, Aurélie Deplus, responsable du mécénat artistique du groupe, revient sur l’histoire et les ambitions de cette collection étonnante.

Artshebdo|Médias. – Quel rôle l’art joue-t-il au sein d’une entreprise ?

Aurélie Deplus. – Dès le départ, la collection d’art contemporain Société Générale a été conçue pour les collaborateurs de l’entreprise, puisqu’elle est née en 1995, au moment de l’emménagement dans le nouveau siège de la Défense. L’ambition était de mettre en résonance le monde de l’art avec celui de l’entreprise et de donner d’emblée un supplément d’âme à l’espace professionnel. Nous avons souhaité rapprocher artistes et collaborateurs autour des valeurs communes d’innovation et de créativité  ; c’est pourquoi la Collection propose un vrai dialogue entre les collaborateurs et les œuvres ponctuant les couloirs, paliers, restaurants et salles de conférence. L’art fait depuis plusieurs années son apparition dans des lieux où, pendant longtemps, sa présence n’était pas naturelle  ; les passerelles se multiplient avec le monde scientifique, celui de l’éducation et de l’entreprise. En contribuant à bouleverser les frontières entre sphère privée et sphère professionnelle, l’art ouvre un espace de partage des savoirs et des expériences au sein de l’entreprise. Il contribue à développer le sentiment d’appartenance et la cohésion des équipes. L’implication des collaborateurs de Société Générale dans nos actions de mécénat artistique, mais aussi musical, en est une démonstration vivante.

Quels sont les grands traits de votre politique d’acquisition  ?

Structurée autour de trois axes – peinture, sculpture, photographie –, la collection de Société Générale conjugue des œuvres d’artistes à la renommée confirmée avec celles de nouveaux créateurs, souvent issus de scènes émergentes, en écho à l’implantation internationale du groupe. La collection compte ainsi plus de la moitié d’artistes étrangers. Depuis l’origine, le parti pris est celui de l’éclectisme. Peu importe le style ou l’école, est privilégiée la diversité des formes, des artistes et des thèmes de création. Plusieurs tendances se sont cependant dessinées  : peinture abstraite, paysage urbain et humain dans la photographie, la couleur… Les acquisitions récentes font la part belle aux jeunes talents comme à des artistes déjà bien établis, qu’ils soient français à l’image de Mélanie Vincent, Benjamin Sabatier, Laurent Grasso ou encore Georges Tony Stoll, ou étrangers, tels par exemple le Chinois Liu Bolin, la Coréenne Ji-Yeon Sung, l’Israélienne Sigalit Landau, le Suisse Olaf Breuning, le Britannique Jonathan Monk ou le Vénézuelien Raul Illarramendi. En 2013, nous avons notamment passé commande à Jean-Michel Othoniel d’une œuvre spécialement réalisée pour notre nouvelle tour Basalte à la Défense (2). Dans nos acquisitions 2014, nous avons souhaité privilégier la peinture et la sculpture, en écho à l’énergie et à la créativité que l’on retrouve actuellement dans ces deux domaines.* Les Tours Alicante et Chassagne, à La Défense, abritent le siège du groupe Société Générale.

Aurélie Deplus, courtesy Société Générale
Aurélie Deplus
Jiri Georg Dokoupil, courtesy Collection Société Générale
Blaue Blasen auf Türkis, acrylique et bulles de savon sur toile@(139 x 203 cm), Jiri Georg Dokoupil, 2007
Un artiste entrant dans la collection fait-il l’objet d’un suivi particulier ?

Nous suivons toute l’actualité de nos artistes et nous la relayons régulièrement sur le site Internet, les comptes Facebook et Twitter de la Collection ainsi qu’auprès des Amis de la Collection, 1 200 personnes. Nous impliquons les artistes également dans les projets que nous organisons ou soutenons, en leur proposant, par exemple, d’intervenir dans nos conférences. En mai dernier, nous avons organisé une conférence à Sciences Po Paris, école partenaire de la Collection depuis 2011, qui a permis aux étudiants d’échanger avec trois de «  nos  » artistes – Denis Darzacq et les Sœurs Chevalme – sur le sujet « Art, jeunesse et diversité  ». Nous renouvellerons cette initiative dès la rentrée prochaine, dans d’autres lieux d’art parisiens et sur des thématiques en écho à notre politique de mécénat artistique.

Comment est née la volonté d’ouvrir votre collection au grand public ?

Le partage s’est d’abord fait avec les collaborateurs, puis avec les enfants des collaborateurs, les groupes d’Amis de musées… Petit à petit, le souhait de partager notre passion avec le plus grand nombre a vu le jour. Les visites se sont progressivement développées avec des groupes d’étudiants, d’enfants, de professionnels du monde de l’art – 3 000 visiteurs en 2013 et déjà plus de 2 600 cette année à la fin juin. Devant leur succès, Société Générale a décidé en juin dernier d’intensifier l’ouverture au grand public et de lui permettre de vivre une expérience unique de l’art au cœur de l’entreprise. Des visites en petits groupes sont désormais proposées sur simple réservation via le site Internet.

A quelle fréquence l’accrochage de la collection est-il renouvelé ?

Nous renouvelons l’accrochage de la Collection en moyenne deux fois par an et à chaque fois, depuis le lancement de cette initiative en 2011, nous faisons appel à un commissaire d’exposition indépendant à qui nous proposons de poser son regard sur la Collection et d’en donner une interprétation personnelle en fonction des thématiques qu’il souhaite mettre en lumière. Cette année, c’est un peu particulier car nous célébrons les 150 ans du groupe et l’accrochage plus «  historique  » réalisé à cette occasion par Guy Boyer, conseiller de la Collection depuis 1995, restera en place tout au long de l’année.

A qui sera confiée la charge de concevoir le prochain ?

Nous ne le savons pas encore. Nous essayons à chaque fois de proposer une lecture originale de la Collection, correspondant à la personnalité et au parcours du commissaire choisi, mais aussi, dans la mesure du possible, en phase avec l’actualité, comme ce fut le cas l’an dernier avec l’accrochage réalisé par Jean-François Chougnet à l’occasion de Marseille-Provence 2013. L’année 2015 marquera les 20 ans de la création de la Collection et nous avons envie de proposer un accrochage emblématique. A suivre…

La Collection est également amenée à «  vivre  » à l’extérieur du groupe. De quelle manière cela s’est-il concrétisé cette année  ?

Parmi les grands projets menés en 2014, nous avons organisé une exposition au Musée d’Art Multimédia de Moscou en mai dernier et poursuivi notre engagement aux côtés du Musée Passager. A venir  : le dévoilement, à la rentrée, de l’œuvre commandée à Jean-Michel Othoniel pour le hall de l’immeuble Basalte, à La Défense  ; une exposition au LAAC de Dunkerque en novembre prochain, un prêt d’œuvres pour l’exposition consacrée au Maroc à l’Institut du Monde Arabe ou encore un projet d’exposition de photographies et une conférence au Palais de Tokyo en septembre prochain.

Takashi Naraha, courtesy Collection Société Générale
Structure cercle, diabase suédoise (130 x 125 x 30 cm), Takashi Naraha, 1993

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